Entretien avec le styliste modéliste Nigerien Seidnaly Sidhamed dit Alphadi : ” La valorisation de la mode africaine doit commencer par nos chefs d’Etats … “

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A plus de trente ans de création, Alphadi s’est imposé comme un ambassadeur incontournable de la mode africaine. Surnommé ” Le Magicien du Désert “, Seidnaly Sidhamed de son vrai nom a inventé un style résolument moderne, mêlant lignes épurées, couleurs éclatantes et inspiration cosmopolite. Depuis 1998, il rassemble dans son pays, le Niger, la fine fleur de la mode africaine et occidentale au Festival international de la mode africaine (FIMA). Il nous a accordé une interview lors de son passage au Mali, ou il nous parle de ses activités et sa préoccupation face au manque de volonté des dirigeants africains quant à la valorisation de leur propre produit. Pour lui, la valorisation de la mode africaine doit commencer par les dirigeants africains dont la plupart ne porte que des tenues d’ailleurs.

Alphadi

L’Indépendant weekend : Bonjour Alphadi et merci de vous présenter à nos lecteurs.

Je suis l’un des précurseurs de la mode africaine. Christ Seydou,  (Paix à son âme) en était un aussi. C’est  un de nos ainés, il a très bien travaillé, dommage qu’il soit parti tôt au paradis.

Je suis docteur en tourisme avant de m’investir dans la mode, pour mieux  aider mon continent. Mon combat, c’est la lutte contre la pauvreté, en créant des emplois et donner une bonne image à l’Afrique c’est  mon combat depuis 30 ans, mais, qui malheureusement est incompris. J’ai créé en 1998 le Fima, pour faire comprendre que les stylistes africains sont aussi capables d’être avec les plus grands du monde.

Je suis un Ambassadeur  depuis 20ans, Président de la fédération africaine des créateurs de mode.  Je suis un africain dans l’âme, mes origines sont du Mali et Niger.

Qu’est ce qui fait votre actualité ?

Mon actualité, c’est la paix au Mali.  Je suis né à Tombouctou. Je me bats actuellement pour que le Mali retrouve sa paix d’antan.  Et pour cela j ai organisé un téléthon pour aider les réfugiés maliens au Niger. J’ai pu collecter  plus de 100 000 dollars, qui nous ont permis de faire des dons en mil, maïs, riz,  vêtements, que nous avons remis au Hcr du Niger, pour en assurer la distribution.  Je continue de faire des défilés pour la paix au Mali.

Quels sont vos projets?

C’est l’ouverture des galeries Alphadi à Paris et à New York. Il y a aussi la caravane d’Alphadi qui se prépare dans beaucoup de pays d’Afrique Inchallah. Cette caravane a pour but de préparer un Fima spécial, de la paix par l’art et la mode dans le sahel.

Un an après l’incendie d’une partie de votre boutique au Niger, avez vous eu des informations par rapport à l’origine de cet incendie ?

Nous remettons tout entre les mains de Dieu.  Dieu est grand, et tant qu’il y a  la vie, il y a espoir.

Vous êtes le promoteur du Fima. Le constat est que le Mali contrairement aux autres pays de la sous-région n’est pas fortement représenté. Pourquoi ?

Le Mali  a été à l’honneur plusieurs années. Ce sont les dirigeants maliens, qui  n’accordent pas suffisamment d’intérêt à la mode. Sinon j’offre beaucoup de possibilité au Mali à travers le Fima pour la promotion de leurs  produits, mais ils ne fournissent pas d’effort au niveau de la médiatisation ou de la communication. Même lors de la dernière édition,  le Mali était à l’honneur, à travers l’ancienne première dame qui était invitée personnelle.

Vous avez des origines maliennes à moins que je ne me trompe. A quand l’organisation d’un grand évènement de mode au Mali par Alphadi ?

J’ai toujours rêvé d’organiser des grands évènements au Mali. Le hic est que  les ministères en charge et les partenaires font des promesses sans suite. Et moi je ne peux pas tout seul. Il faut que les dirigeants maliens comprennent que la culture et le tourisme sont d’une valeur incroyable et pour mieux vendre cela il faut des évènements, il faut valoriser ces produits, le coton, le cuir, etc…   Franchement, le Mali a tout à travers sa culture et son tourisme, mais il faut valoriser et ce sont les dirigeants qui doivent s’y mettre et nous aider.

Vous en tant que l’un des piliers de la mode africaine, pouvez-vous nous dire ce qui empêche l’émergence de la mode africaine à l’extérieur ?

Nous rencontrons des barrières de plusieurs types. D’abord le manque de financement, qui est un obstacle évident, mais aussi le manque de reconnaissance de notre travail de la part des Africains eux-mêmes. Chez nous, créateurs et artistes se battent en solitaire, car les gouvernements ne donnent pas assez de budget aux ministères en charge pour que ceux-ci puissent soutenir la création locale. On se trouve aussi en face d’Européens qui viennent piller notre savoir faire sans jamais nous verser de royalties.

C’est le cas dans le milieu de la mode et du design, mais les artisans, les bijoutiers et les peintres africains en souffrent aussi. Les chefs d’Etat africains par exemple peuvent valoriser les produits africains à travers leur tenue vestimentaire. Mais combien le font? Nous partons de chez nous pour vendre nos produits vers l’occident parce qu’on crache sur nous, sur notre continent. On ne nous considère pas et comme on le dit, nul n’est prophète chez soi. Mais je continue de valoriser et je me bats pour que la mode africaine vive toujours, partout dans le monde entier.

Comment pourrait-on développer les connexions entre les créateurs africains et occidentaux ?

Il faut soutenir des initiatives comme le Festival international de la mode africaine (FIMA), que j’organise depuis 1998, et qui réunit des créateurs d’horizon divers. Grâce à ce festival, les mannequins africains trouvent des nouveaux contrats et les créateurs des nouveaux clients. C’est très positif et mérite d’être soutenu. La formation de nos techniciens de la mode est un autre domaine de collaboration qu’il faudrait renforcer pour que, à terme, il puisse se produire un échange Nord-Sud équitable.

Que faites vous pour préparer la relève ?

La relève sera bien assurée Inchallah. L’Afrique a beaucoup de  jeunes talents et il faut leur donner toutes les chances possibles. Je suis en train de créer la plus grande école de mode au Niger pour assurer leur formation.  Beaucoup de difficulté, mais ça avance.

Le Mali traverse la période la plus difficile de la vie d’une nation. Quelles sont vos impressions? Avez-vous des propositions pour une sortie de crise ?

Je suis très déçu par tout ce qui se passe actuellement au Mali. Je ne fais pas de la politique, mais pour moi le Mali est indivisible. La solution passe forcément par l’organisation des élections crédibles, il faut un président légitimement élu.  Les hommes en tenue doivent également jouer pleinement leur rôle, en retournant dans les casernes, en protégeant les populations.

Pour bouter les rebelles hors du Mali il y a un choix entre faire la guerre ou faire le dialogue. Êtes-vous pour où contre la guerre dans le Nord Mali?

Le nord doit être libéré rapidement. Dialogue ou combat il faut le faire je suis pour un Mali uni, prospère et laïc.

Un mot de la fin?

Que règne l’amour et la solidarité entre les maliens. Ceux du Sud doivent beaucoup supporter et accepter ceux du Nord et vice versa.

 

Clarisse NJIKAM

cnjikam2007@yahoo.fr

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