La Guerre au Mali va-t-elle déstabiliser tout le Sahel?

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Des combattants du groupe islamiste Ansar Dine dans le nord du Mali, le 7 août 2012

Trois semaines après le début de l’intervention Serval au Mali,François Hollande est sur place. Il profite de ce voyage pour saluer et soutenir ses troupes sur le terrain. Des troupes qui ont réussi à remonter jusqu’au nord du Mali, qui était devenu le bastion de plusieurs cellules islamistes, sans rencontrer une grande résistance. Si cette absence de combat a permis une reconquête éclair de la région, elle pose toutefois une question. Où sont passés les membres de ces différents groupuscules?

Interrogé sur France Inter le 31 janvier, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a affirmé que les jihadistes avaient “subis de lourdes pertes” et s’étaient “dispersés, parce que certains étaient venus là pour vivre un moment d’aventure militaire et sont rentrés chez eux. Ou alors, ils essayent de passer les frontières, ce qui leur sera de plus en plus difficile”. Difficile, peut-être, mais certainement pas impossible vu l’étendue des frontières en question qui sont difficiles à surveiller. De ce fait, l’intervention au Mali a un impact sur toute la région. La premier qui vient à l’esprit est la prise d’otages sur le site gazier d’In Amenas en Algérie.

Les autres pays limitrophes du Mali craignent d’ailleurs des infiltrations sur leurs territoires et montrent des signes d’inquiétude. “Il y aura un avant et un après Mali”, explique Kader Abderrahim, maître de conférences à Science Po Paris. “Aujourd’hui, plus aucun État de la région ne peut dire qu’il est à l’abri”. Le HuffPost fait le point pays par pays.

 

ALGÉRIE

 

L’État algérien est le premier à avoir fait les frais des conséquences régionales de la guerre au Mali. Le 16 janvier dernier, un groupe de terroristes armés venus de Libye, a pris en otages les travailleurs algériens et occidentaux du site gazier d’In Amenas. L’attaque a été revendiquée par Moktar Belmoktar, ancien membre d’Aqmi, qui avait également demandé la fin des bombardements au Mali.

Les événements d’In Amenas ont eu lieux justement au moment où Alger se voyait reprocher une attitude ambiguë vis-à-vis du conflit malien. Notamment parce que le pays préconisait un dénouement politique et diplomatique au conflit. Une position mal acceptée par la communauté internationale qui se demandait pourquoi un pays qui a les moyens militaires et financiers d’intervenir ne le fait pas.

Des accusations de “double jeu” infondées selon Kader Abderrahim. “Depuis la guerre en Libye, l’Algérie n’a cessé de mettre en garde les occidentaux des conséquences d’interventions militaires sur la région. Et la conséquence directe de la chute de Kadhafi a été l’éparpillement de groupes d’hommes bien entraînés et surarmés.”

Toutefois, depuis la tragédie d’In Amenas, la position de l’Algérie a évolué puisqu’elle a été impliquée de fait dans ce conflit. Si elle a clairement affiché son mode d’action, c’est-à-dire aucune négociation avec les terroristes, Kader Abderrahim estime que “d’un point de vue sécuritaire, cette guerre contraint surtout les Algériens à resserrer les rangs pour tenter de rendre leurs frontières moins poreuses.”

Toutefois, même si l’Algérie en a les moyens, “elle n’a certainement pas vocation à devenir le gendarme de la région”, notamment afin de préserver la stabilité de son propre régime.

NIGER

La position du Niger est délicate. Le pays est en effet bordé par trois frontières problématiques : le sud de la Libye, le Mali et le nord du Nigeria. Ce qui en fait le pays “incontestablement le plus fragilisé”, selon Mathieu Pellerin, gérant du CISCA (Centre d’Intelligence Stratégique sur le Continent Africain) et chercheur à l’IFRI. Si des troupes françaises et américaines sont venus soutenir les militaires nigériens à la frontière malienne, “en dépit de toutes ces précautions, la frontière demeure incontrôlable”, ce qui rend “les infiltrations inéluctables”. Le risque principal est que “le nord du Niger et le sud libyen soient des destinations refuges pour les groupes terroristes basés au nord Mali”.

Et au-delà de ses frontières fragiles, le Niger devra également être attentif à ses enjeux nationaux. “Le Niger doit veiller à préserver le fragile équilibre interne qui prévaut dans ses régions au nord, avec des ex-rebelles Touareg très attentifs à l’évolution de la situation au Mali et qui voient d’un mauvais œil la remontée de l’armée malienne et le déploiement de la Cédéao”, analyse Mathieu Pellerin qui explique qu’il existe “des continuités familiales, tribales et idéologiques entre le nord du Mali et le nord du Niger”.

MAURITANIE

On parle très peu de ce pays, mais pour Mathieu Pellerin, également auteur de La gestion des menaces criminelles en entreprises (1), la Mauritanie “a un rôle primordial à jouer mais risque gros. Les mises en garde de l’opposition comme des islamistes réunis au sein du parti Tawassoul sont suffisamment fréquentes pour dissuader le président Mohamed Ould Abdel Aziz de se mettre en danger en s’impliquant directement dans le règlement du conflit malien.”

Une frilosité qui peut s’expliquer aussi par le fait qu’une “des katibas – groupes de combattants – d’Aqmi compte de nombreux mauritaniens qui constituent toujours une menace de première importance pour la Mauritanie”.

Cependant, le chercheur souligne que si le régime mauritanien reste en retrait, il est “un ‘bon élève’ de la région en matière de lutte contre le terrorisme. Les frontières sont contrôlées et les forces de sécurité parviennent à contrôler l’ensemble du territoire”.

NIGERIA

Les combattant de Boko Haram, la secte islamiste qui ensanglante le nord du Nigeria depuis de nombreux mois, ont-ils établi des liens avec les jihadistes qui opéraient au Nord-Mali? Dans ce contexte régional agité, la question se pose.

“Cela fait déjà de nombreux mois que l’on sait que des membres de Boko Haram sont en contact avec différents groupes présents au Nord du Mali notamment le Mujao et Aqmi”, répond Laurent de Castelli, diplômé en Défense, sécurité et gestion de crise d’IRIS Sup. “Plusieurs mois avant l’intervention française, les membres de la secte nigériane auraient suivi un entrainement auprès du Mujao dans le nord du Mali”, poursuit-il.

Et plusieurs sources le confirment : “Selon un rapport du conseil de sécurité des Nations Unies de janvier 2012, des combattants ont été arrêtés au Niger en essayant de rejoindre le Mali. Ils étaient en possession, de noms et de coordonnées de membres d’Aqmi qu’ils projetaient, semble-t-il, de rencontrer. Par ailleurs, selon le Général Carter Ham, Commandant américain de l’Africom [le Commandement des États-Unis pour l’Afrique, Ndlr), Boko Haram aurait reçu un soutien financier, probablement un entraînement ainsi que des explosifs venant d’AQMI, au cours de l’année 2012”.

Par ailleurs, selon Laurent de Castelli “Boko Haram a principalement un objectif national. Mais cela peut changer suivant l’évolution de l’intervention au Mali.” Ce qui n’est pas le cas d’Ansaru, un groupe dissident. “Ansaru affiche un objectif plus international et antioccidental. Dans un communiqué du 23 décembre 2012revendiquant l’enlèvement d’un ressortissant français, le groupe déclare avoir choisi de cibler la France en raison de son ‘rôle majeur’ dans la préparation de l’intervention ‘contre l’État islamique dans le Nord du Mali’, ainsi que ‘la position du gouvernement français et des Français vis-à-vis de l’Islam et des musulmans'”.

Enfin, le risque de scission nord-sud au Nigeria, comme cela s’est passé au Mali est peu probable. “Je ne pense pas que Boko Haram souhaite une scission du Nigeria car les richesses du pays, le pétrole, se trouvent dans le sud. À la création de Boko Haram il y a une dizaine d’années, l’un des objectifs de Mohammed Yusuf, le fondateur du mouvement, était de lutter contre la corruption des élites, ainsi que d’obtenir un meilleur partage des ressources du pays. Boko Haram n’a pas vraiment intérêt à vouloir une division du Nigeria”, détaille Laurent de Castelli qui estime qu’il est encore trop tôt pour connaître l’incidence de l’intervention au Mali sur la stabilité du Nigeria.

SÉNÉGAL

Là aussi, la stabilité du pays n’est pas encore engagée. Mais l’État sénégalais est fébrile et montre des signes d’inquiétudes. Non seulement la sécurité est renforcée aux frontières, mais la population est également mise à contribution. L’hebdomadaireJeune Afrique indique que le président Macky Sall a invité les Sénégalais “à sonner l’alerte auprès des sous-préfets, préfets et forces de sécurité, en cas ‘de présence’ suspecte d’individus”.

Un appel lancé en réaction “aux infiltrations de salafistes et wahabites dans les pays”, selon Philippe Hugon, directeur de recherche à l’IRIS, en charge de l’Afrique. “Si pendant longtemps les confréries très présentes au Sénégal, et notamment la confrérie des Mourides, ont été un rempart contre l’extrémisme religieux, leur légitimité risque d’être mise à mal par ces infiltrations.”

Autre risque potentiel pour Philippe Hugon, les prises d’otages. “Il y a près de 20.000 ressortissants français au Sénégal, c’est un pays où la prise d’otage est possible”. Le site du ministère des Affaires étrangères français indique d’ailleurs que “compte tenu de l’activisme de groupes terroristes opérant dans la bande sahélienne, il importe que les Français résidant ou de passage au Sénégal fassent preuve d’une vigilance accrue, dans les endroits où ils se déplacent, à l’égard de tout comportement ou paquet suspect. Il est conseillé d’éviter les discothèques, les stades et de manière générale tous les lieux de forte concentration de public, notamment occidental.”

(1) La gestion des menaces criminelles en entreprises, co-écrit par Alain Juillet, Olivier Hassid et Mathieu Pellerin (Editions De Boeck)

huffingtonpost.fr/2013/01/31

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5 COMMENTAIRES

  1. L’essentiel est qu’ils soient d’abord destabilisés, détruits. Le reste, on verra.

    Le plus souvent, on prête plus de pouvoirs à ces fous, plus qu’ils n’en ont en fait. Il faut reconnaître que ce sont des être qui ont prétexté pour piller les autres. Ce sont en fait des viveurs et des jouisseurs tenant donc à la vie, ayant peur de mourir, contrairement aux fanatiques. Ils sont vulnérables et ne peuvent après la débandade malienne se regrouper pour faire régner la terreur nulle part d’autre.

  2. Nous disons qu’il ne faut pas chercher loin il n’y aura aucune déstabilisation de la sous région
    Nous disons ils vont s’attaquer de façon lâche comme d’habitude aux intérêts occidentaux dans les pays sous régionaux de leurs maîtres et commanditaires

    Nous disons et l’avions dit que ces « ramassis de voyous » ne sont point des foudres de guerre et qu’ils vont détaler tels des lapins si on met le feu aux fesses

    Nous disons ils faisaient du bruit car convaincus par leurs maîtres et commanditaires sous régionaux d’Europe et d’Arabie qu’il n’y aura pas d’intervention contre eux dans l’immédiat la preuve on parlait de l’après Septembre 2013
    Nous disons raison pour laquelle ils ont pris l’initiative d’attaquer les 1ers pour en finir de bon et se retrouver en position de force pour le soit disant dialogue prévu et voulu par leurs maître et commanditaires

    Nous disons il est dit « que l’Homme propose et Dieu Dispose » Ainsi Dieu Disposa autrement
    Nous disons qu’il n’y aura aucun attentat au Mali car cela n’a pas été prévu dans leur stratégie et par ailleurs au Mali dans chaque hameau village ville quartier chacun sait qui est qui donc impossible de se fondre dans la population

    Nous disons qu’ils vont chercher à repartir chez leurs maîtres et commanditaires sous régionaux Il revient dès maintenant à Dioncounda et son gouvernement de lancer des mandats d’arrêt internationaux contre ces « ramassis de voyous » d’Aqmi Ansar Edine Boko Haram MNLA Mujao et d’envoyer les militaires sécuriser les frontières et les empêcher de poursuivre leur fuite chez leurs maîtres et commanditaires

  3. Bonjour,
    La France a apporté une contribution importante au peuple Malien dans la lutte contre le terrorisme et dans la quête de sa souveraineté.

    Elle doit être félicitée et remerciée pour ce faire.

    Ce nouveau geste de son Président, Hollande, en rendant visite au Mali est plus que symbolique et est venu apporter un réconfort supplémentaire aux Maliens en les rassurant d’un accompagnement amical de la France dans toutes les phases jusqu’à la reconstruction de leur pays incluant le passage de relais à la MISMA, la concorde nationale et la réconciliation nationale.

    Merci encore à la France. Les Maliens sont reconnaissants et ont gravé à tout jamais ces moments inoubliables dans leurs mémoires.

    Bien cordialement
    Dr ANASSER AG RHISSA
    EXPERT TIC ET GOUVERNANCE
    E-mail: Webanassane@yahoo.com

  4. destabiliser le Sahel ? comment ? en freinant tous les trafics qui s’y passent ? Là oui certainement ❗ ❗ et puis certainement aussi que les islamistes doivent etre déstabilisés pour un moment :mrgreen:

  5. La CEDEAO se réunissait régulièrement depuis près d’un an. Par contre, rien n’en sortait parce que c’est une coquille vide.

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