Famille, euthanasie, prostitution, cannabis : ce qu’en pense Manuel Valls

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Par ses discours économique et sécuritaire, Manuel Valls se situe à l’aile droite du Parti socialiste. Mais où se situe le nouveau Premier ministre sur les sujets de société ? Dans quel sens ses arbitrages risquent-ils de pencher en cas de désaccord entre deux de ses ministres ? Même si le président Hollande a pris des engagements, la sensibilité du chef de gouvernement va peser.

 

Manuel Valls
Le profil gauche de Manuel Valls, Ă  Matignon, le 1er avril 2014 (VILLARD/WITT/SIPA)

 

On a donc fait le compte. En bon libéral, Manuel Valls souhaite accorder plus de droits aux citoyens afin de les émanciper et les responsabiliser. En même temps, chez lui, « l’ordre républicain » semble compter plus que tout. Du coup, sur de nombreux sujets sociétaux, il apparaît moins progressiste et plus interventionniste.

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Dans la sphère intime

 

Le « mariage pour tous » : très favorable

Quand il était à l’Intérieur, Manuel Valls, aussi chargé des Cultes, a eu à défendre le projet de légalisation du mariage homo devant le Vatican. Selon ses mots de l’époque, les Français étaient « mûrs » pour « cette évolution majeure ». Il l’a d’ailleurs soutenue très tôt au sein du PS, quand ça ne faisait pas l’unanimité.

Lors des manifestations contre le mariage gay, Manuel Valls a accusé les opposants d’avoir « libéré la parole homophobe » et dénoncé l’émergence d’un « Tea party » à la française.

Dans le nouveau gouvernement, dévoilé ce mercredi, deux des ministres qui se sont le plus impliquées en faveur du « mariage pour tous », Christiane Taubira et Najat Vallaud-Belkacem, gardent des postes de premier choix sur ses questions.

Homoparentalité : très favorable

En octobre 2012, la place Beauvau a accordé le droit aux congés parentaux(congé de naissance et paternité) aux familles homoparentales de la police et de la gendarmerie.

PMA et GPA : favorable

En 2011, lorsque Manuel Valls était encore député et maire d’Evry (Essone), il avait abordé ces questions pour le magazine Têtu.

Il jugeait « tout à fait normale » l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) « à toutes les femmes », c’est-à-dire à la fois aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. Concernant la gestion pour autrui (GPA) :

« Si celle-ci est maîtrisée, elle est acceptable, et j’y suis donc favorable. Il y a possibilité d’y recourir dans les pays voisins. Je considère que cela doitconcerner toutes formes de couples, mais il faut qu’il y ait des règles précises qui encadrent la GPA, car elle soulève de nombreuses interrogations. »

A-t-il changé d’avis ? En février dernier, Manuel Valls fut celui qui annonça au lendemain de la Manif pour tous du 2 février 2014 qu’il n’y aurait « ni PMA ni GPA » et que d’éventuels amendements sur ces questions seraient rejetés. Recul tactique ou théologique ? Il a en tout cas réussi à provoquer la colère d’une partie des députés socialistes.

Euthanasie : favorable

En 2009, Valls est le rapporteur d’un texte, signé par 129 autres députés socialistes sur 188, autorisant « l’aide active à mourir ». Le député-maire d’Evry considère que la loi Leonetti de 2005 sur la fin de vie est une « avancée appréciable », mais une « démarche inaboutie ».

En juin 2011, l’élu se félicite de l’examen par le Sénat d’une proposition de loi tendant à légaliser l’aide à mourir dans la dignité. Dans un communiqué, il se dit convaincu « que ce débat marquera une nouvelle étape dans la reconnaissance d’un droit essentiel de l’individu ».

« Il ne s’agit, certes pas, de définir les critères d’une mort digne. Il s’agit juste de permettre, à chaque individu, d’en être le seul juge, lorsque les affres de la maladie dépassent un seuil intolérable. »

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Dans l’espace public

 

Prostitution : c’est « compliqué »

Manuel Valls n’a jamais donné d’avis philosophique sur la question. Il n’a parlé de la prostitution que de son point de vue de ministre de l’Intérieur.

En novembre 2013, il « ne peut pas admettre » la prostitution, mais l’interdire est pour lui « compliqué », « difficile ».

Surtout, il s’inquiète de la disparition du « délit de racolage passif », voulue par la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem. Pour lui, c’est « un outil de gestion d’ordre public indispensable », qui « permet de répondre à la demande de riverains excédés ».

Cannabis : contre la légalisation

Sur RMC, Manuel Valls a avoué avoir fumé « peut-être une fois » mais il s’oppose fermement à la légalisation de cette drogue.

Dans son livre « Sécurité, la gauche peut tout changer » (éd. du Moment, avril 2011) :

« En tant que progressiste qui n’aspire qu’à l’émancipation des individus, je ne peux me résoudre à tolérer la légalisation d’une nouvelle drogue. Toute substance qui contribue à l’aliénation des hommes est pour moi une hérésie. La légalisation serait une défaite morale et philosophique pour la gauche. »

Mais il se dit favorable aux salles de shoot.

Expression dans l’espace public : des limites

Face à Dieudonné, à ses quenelles, son discours antisémite, il obtient l’interdiction du spectacle « Le Mur ». Au nom des valeurs de la République.

Port du voile : c’est non

Manuel Valls y est opposé. En août 2013, il a souligné l’« intérêt » des propositions du Haut Conseil à l’intégration sur l’interdiction du port du voile à l’université.

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Et aussi…

 

Manuel Valls est capable de se jeter dans des cabales morales un peu opportunistes. A la rentrée littéraire 2009, Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture du gouvernement Sarkozy, publie « La Mauvaise vie » (éd. Robert Laffont, mars 2005), un récit autobiographique romancé où il est question de son homosexualité.

Une polémique éclate et Mitterrand clarifie les choses sur les passages concernant le tourisme sexuel : il assure qu’il n’est à aucun moment question de prostitution infantile – l’utilisation des mots « garçon » et « gosse » s’entendant dans le sens de jeune homme. Dans le livre, les prostitués ont 20 ans ou ils sont de « grands types ».

Mais aux côtés du Front national, plusieurs personnalités s’indignent. Sur France Info, Valls appelle Mitterrand à préciser si ses écrits relèvent du fantasme ou de la réalité et si ses goûts portent sur des mineurs ou des majeurs.

« En tous cas , il doit s’expliquer. »

Il a trouvé ces écrits « insupportables ». Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, en bonnes places dans son gouvernement, ont suivi cette même ligne sermonneuse.

Affaire DSK : ce « torrent de merde »

Mais quand Tristane Banon a porté plainte contre DSK pour tentative de viol, Valls a réagi ainsi :

« Je n’ai plus envie de commenter ce torrent de boue et, permettez-moi de le dire, ce torrent de merde qui envahit aujourd’hui les ondes et la vie politique françaises […].

La presse devrait s’intéresser davantage aux problèmes des Français. »

Avec Yohav Oremiatzki et Théo Du Couedic (rue89.com)

 

 

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