Patricia Gomez Lanzaco, Première conseillère et cheffe de mission adjointe chargée des affaires culturelles à l’ambassade d’Espagne au Mali
Formation des jeunes artistes, mobilité culturelle, accompagnement des journalistes, préservation du patrimoine ou encore soutien au cinéma et à la photographie ...
l’Espagne multiplie les initiatives culturelles au Mali. Dans cet entretien, Patricia Gomez Lanzaco revient sur les ambitions de la coopération culturelle hispano-malienne et sur la place centrale de la culture dans les relations entre les deux pays.
Arc-en-ciel : Merci de nous accorder cet entretien. Vous êtes Première Conseillère et Cheffe de mission adjointe chargée des affaires culturelles à l’Ambassade d’Espagne au Mali.
Aujourd’hui, quelles sont les grandes perspectives de la coopération culturelle entre le Mali et l’Espagne, notamment en faveur de la jeunesse, de la formation et de la mobilité artistique ?
Patricia Gomez Lanzaco : Cette année, dans le cadre de la coopération culturelle espagnole, nous avons lancé une nouvelle initiative portée par Casa África. Il s’agit du programme « Vis-à-Vis », dédié à l’internationalisation de la musique africaine, notamment malienne.
Le principe est de faire venir au Mali des programmateurs et responsables de grands festivals espagnols afin qu’ils découvrent directement la nouvelle génération d’artistes maliens. A l’issue de ces rencontres, certains artistes sont sélectionnés pour participer à des tournées et festivals en Espagne.
C’est un véritable programme d’accompagnement artistique qui se déroule sur plusieurs mois sous forme de résidences, de formations et d’échanges culturels.
Arc-en-ciel : Au-delà de la musique, développez-vous d’autres programmes d’échanges culturels ?
Patricia Gomez Lanzaco : Oui, bien sûr. Nous disposons de plusieurs centres culturels en Afrique et en Amérique latine. L’objectif est de favoriser les échanges entre artistes de différents pays afin d’enrichir leurs expériences et leurs créations.
Chaque centre culturel possède une spécialisation particulière. Ainsi, un styliste malien peut partir en Colombie pour une résidence artistique, tandis qu’une danseuse venue du Venezuela peut être accueillie en Guinée équatoriale.
Cette année, parmi les artistes sélectionnés dans le cadre du programme « Vis-à-Vis », figurent notamment Ben Zabo et Virginie Dembele, qui doivent prochainement se produire en Espagne.
L’année dernière déjà, la danseuse et chorégraphe Fatoumata Coulibaly avait participé à un important festival aux Canaries. Le chorégraphe Polio avait également pris part à un festival international d’arts de rue en Espagne.
Ces initiatives existent depuis plusieurs années, bien avant mon arrivée au Mali, et témoignent d’une volonté durable de soutenir la création artistique malienne et sa visibilité à l’international.
Arc-en-ciel : Et concernant les journalistes culturels maliens, bénéficient-ils également d’un accompagnement ?
Patricia Gomez Lanzaco : Absolument. Nous n’oublions pas les journalistes culturels. Tous les deux ans, en partenariat avec le ministère espagnol des Affaires étrangères et Casa África, nous organisons les Rencontres des journalistes africains.
Selon les thématiques retenues, un ou plusieurs journalistes africains sont invités en Espagne afin d’échanger avec leurs homologues espagnols et d’autres journalistes du continent.
L’année dernière, plusieurs journalistes maliens ont participé à ces rencontres. Ils ont pu échanger autour des questions culturelles, médiatiques et musicales, mais aussi partager leurs expériences professionnelles.
L’objectif est de créer des passerelles entre les médias et de promouvoir une image plus authentique et diversifiée du Mali et de l’Afrique.
Des formations ont-elles également été organisées directement au Mali ?
Patricia Gomez Lanzaco : Oui. Nous avons organisé plusieurs formations au Mali avec l’appui d’experts venus d’Espagne.
Certaines sessions portaient sur les migrations, d’autres sur le journalisme scientifique. Nous avons également développé des formations autour du journalisme culturel et du journalisme mobile, notamment sur la manière de produire des contenus avec un téléphone portable.
Ces formations permettent de renforcer les capacités des professionnels maliens des médias tout en favorisant les échanges d’expériences entre journalistes maliens et espagnols.
La culture semble occuper une place importante dans les relations entre le Mali et l’Espagne.
Patricia Gomez Lanzaco : Tout à fait. La culture est toujours un vecteur de paix et de rapprochement entre les peuples.
Le Mali est un pays reconnu pour sa puissance culturelle. On pense souvent à la musique, mais cette richesse s’exprime aussi dans le patrimoine, le cinéma, la photographie, la littérature ou encore la danse.
L’Espagne est également un pays de diversité culturelle. C’est pourquoi la diplomatie culturelle occupe une place prioritaire dans nos relations avec le Mali.
Dans le contexte actuel, il est encore plus important de soutenir la culture, car elle permet de mieux se comprendre mutuellement et de renforcer les liens entre les sociétés.
Le patrimoine culturel fait-il également partie de cette coopération ?
Patricia Gomez Lanzaco : Bien sûr. Nous sommes liés par une histoire patrimoniale très forte. Par exemple, la mosquée de Djenné possède des liens historiques avec l’architecture andalouse.
A travers l’UNESCO, nous avons soutenu plusieurs initiatives de préservation du patrimoine malien, notamment autour des mosquées historiques.
Nous accompagnons également un projet qui encourage les photographes maliens à documenter les mosquées en danger afin de sensibiliser à leur protection. Les photographes sélectionnés bénéficient de récompenses et de formations supplémentaires.
Cette année, nous avons aussi accordé une première subvention directe au Musée national du Mali à travers notre agence de coopération. Ce partenariat vise à renforcer la préservation et la valorisation du patrimoine culturel malien.
Votre coopération touche également le domaine du cinéma et de la littérature ?
Patricia Gomez Lanzaco : Oui. Cette année, nous avons travaillé avec la Rentrée littéraire du Mali en faisant venir un écrivain espagnol ainsi que la responsable de la médiathèque de Casa África pour participer aux débats et rencontres.
Dans le domaine du cinéma, nous avons soutenu plusieurs réalisateurs maliens. Par exemple, la réalisatrice Fatoumata Coulibaly a récemment reçu un prix à Cotonou pour son film « Le Silence des origines ». Notre ambassade était présente à ses côtés lors de cette distinction.
Nous restons ouverts à toutes les propositions venant des acteurs culturels maliens. Nos moyens sont parfois modestes, mais nous essayons toujours d’accompagner les initiatives pertinentes.
L’Ambassade d’Espagne accompagne également le Festival hola. Quel regard portez-vous sur cet événement ?
Patricia Gomez Lanzaco : C’est un festival qui en est aujourd’hui à sa neuvième édition, ce qui montre qu’il est désormais bien installé dans le paysage culturel bamakois.
C’est devenu un véritable espace d’échanges culturels entre le Mali et l’Espagne. Chaque année, des groupes espagnols viennent s’y produire, mais il y a aussi des ateliers, des formations et des collaborations artistiques avec des artistes maliens.
Souvent, les artistes montent ensemble sur scène pour créer des performances communes. C’est exactement le type de coopération culturelle que nous souhaitons encourager : une transmission mutuelle des savoirs et des expériences.
Bien sûr, nos ressources restent parfois modestes, mais nous croyons qu’avec la volonté, le dialogue et la coopération culturelle, il est possible d’aller très loin. À travers ces échanges, nous pouvons renforcer les liens entre nos deux pays, faire découvrir la culture espagnole au Mali, mais surtout contribuer au rayonnement de l’immense richesse culturelle malienne à travers le Monde ».
Interview réalisée par
Mamadou Sidibé
et A. S