Transition malienne : Pourquoi une courte prorogation est rejetée ?

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Quand une transition a connu une ou des péripéties, il faut s’attendre à la voir prolongée. Histoire de donner un peu de temps aux dirigeants de travailler à faire cicatriser les éventuelles plaies ?

– maliweb.net – Après la prise des sanctions injustes contre le Mali, l’Algérie s’est proposée en médiateur pour aider à la levée de ces mesures d’embargo. Mais, il semble que d’autres initiatives sont en cours pour faciliter cette désescalade.

C’est ainsi que le président togolais, Faure Gnassingbé s’est investi, ces derniers jours, pour s’entretenir avec le président de la Transition, le Colonel Assimi Goïta, puis avec le président sénégalais pour désamorcer cette crise.

En effet, après s’être entretenu pendant au moins deux heures à Bamako avec le chef de l’Etat malien et avoir échangé avec son homologue Macky Sall du Sénégal, le dirigeant togolais serait dans de bonnes dispositions pour susciter une nouvelle proposition de chronogramme de la part de Bamako. Mais la question se pose de savoir si le Colonel Assimi Goïta va se montrer disposé à revoir ses ambitions refondatrices du Mali à la baisse. Les colonels auteurs du coup d’Etat du 18 août 2020 sont-ils prêts à s’accommoder d’une prorogation d’un an, comme souhaité par les dirigeants de la CEDEAO ? Rien n’est moins sûr. Car, il faut souligner que le départ du pouvoir doit être, aux yeux d’Assimi Goïta et ses compagnons, mieux préparé. Ce qui veut dire qu’en plus du temps nécessaire aux réformes politiques et institutionnelles et du temps nécessaire pour maximiser la sécurisation du pays, les hommes forts du pays pourraient avoir un besoin d’impacter sur les futures élections générales. Car, en voulant refonder la gouvernance du Mali et créer ainsi le Malikura, les Colonels Assimi Goïta, Sadio Camara, Malick Diaw et les autres doivent se préoccuper de l’avenir proche du pays. Quelle succession doivent-ils souhaiter à la tête du pays ? A défaut de pouvoir refonder la gouvernance, ne doivent-ils pas s’attendre à une nouvelle classe dirigeante, moins attachée au régime précédent ? Assimi Goïta, qui a brillé par son absence aux obsèques d’IBK, peut-il ambitionner l’émergence d’un héritier politique du président fondateur du RPM ? L’on peut en douter.

En outre, le duo formé par le président Goïta et son Premier ministre ayant créé un certain nombre d’adversités, va sûrement se montrer calculateur et pointilleux sur le proche avenir du Mali.

En effet, aussi bien au  plan interne qu’international, les plus hautes autorités de la Transition malienne vont tout mettre en œuvre pour éviter toute remise en selle des partenariats politico-institutionnels qu’elles ont mis sous éteignoir. Le rapprochement entre le Mali et la Russie et la Chine pourra-t-il se consolider avec tout autre leadership qui prendra la tête du pays ? Quid des accointances politiques et sociales du duo Bah N’Daw-Moctar Ouane, que le Colonel Assimi Goïta a déposé comme acte de « rectification » de la transition, le 24 mai 2021 ?

Enfin, avec les efforts de sévir contre la corruption et mettre fin à l’impunité, le pouvoir de transition a pu causer des frustrations à différents acteurs sociopolitiques. L’on peut citer les nombreux cas de poursuites judiciaires avec détention de personnalités, comme l’ex-Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, le placement sous contrôle judiciaire de l’autre ancien Premier ministre Moussa Mara, la recherche sans succès d’un autre ancien Premier ministre, Dr Boubou Cissé dans l’affaire dite de déstabilisation des autorités de la transition et d’autres. Tous ces éléments ajoutés aux  supputations et accusations relatives à des malversations supposées ou avérées d’anciens dignitaires politiques ne doivent faciliter le départ du pouvoir aux autorités actuelles.

Tout cela inspire certains observateurs à proposer aux membres du CNT, le parlement provisoire d’adopter une loi spécifique de « pardon national » pour pacifier les cœurs et réconcilier les Maliens, afin d’accélérer le processus du retour à l’ordre constitutionnel normal. Le colonel Malick Diaw, le président du CNT ou le ministre de la Refondation, Ibrahim Ikassa Maïga, pourra-t-il envisager une telle démarche ? Wait and see !

Boubou SIDIBE/maliweb.net

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