Opinion : L’histoire a de la mémoire, même quand la diplomatie l’oublie

Lors du Forum de Lomé sur la paix et la sécurité, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a invoqué la figure de Modibo Keïta pour défendre la jeunesse au pouvoir au sein de l’Alliance des États du Sahel.

18 Oct 2025 - 02:14
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Opinion : L’histoire a de la mémoire, même quand la diplomatie l’oublie

Une comparaison qui a suscité un débat inattendu, révélant à la fois la puissance symbolique de la mémoire du premier président du Mali et les fragilités du discours politique contemporain. Car on ne convoque pas impunément l’héritage de celui qui incarne encore la rigueur, la dignité et la vision du Mali indépendant.

 Le Forum de Lomé sur la paix et la sécurité se voulait un rendez-vous d’idées, une plateforme de réflexion sur les défis complexes que traverse l’Afrique. Le panel a porté sur le thème « L’Afrique face aux défis sécuritaires complexes : comment renforcer et rendre durable la paix et la stabilité dans un monde en mutation ? ». Laissait espérer un dialogue nourri, à la hauteur des enjeux. Pourtant, en écoutant les ministres des Affaires étrangères des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), on restait sur sa faim. Les interventions, souvent prévisibles, ont davantage servi à réaffirmer les discours de souveraineté, d’unité et d’autonomie stratégique qu’à interroger la complexité des crises. Les grands mots étaient présents, mais les nuances beaucoup moins, insistant davantage sur la posture que sur une véritable analyse critique et prospective.

Rien d’étonnant, tant les débats sur la sécurité au Sahel finissent souvent par tourner autour des mêmes arguments : dénonciation du néocolonialisme, exaltation de la souveraineté, légitimation des transitions militaires. Pourtant, au milieu de cette rhétorique bien rodée, un propos de quelques secondes du ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, évoquant Modibo Keïta a suffi pour provoquer une onde de réactions inattendues sur les réseaux sociaux. L’intervention pour illustrer la jeunesse et la légitimité de la génération actuelle au pouvoir, est devenue virale mais pas dans le sens attendu.

« Les qualités que nous avons aujourd’hui, ils ne les avaient pas. Modibo Keïta était un instituteur, il n’avait pas été préparé à diriger un pays. Nous avons ces expériences aujourd’hui. Ce qui est important pour nous, c’est de comprendre que la jeunesse n’est pas pour demain. » Ces propos, à première vue anodins, se voulaient une célébration de la jeunesse et de la compétence des dirigeants actuels. Mais ils ont déclenché des réactions passionnantes, précisément parce qu’ils concernaient Modibo Keïta, figure tutélaire du Mali et symbole d’un moment fondateur de l’histoire africaine.

C’est bien beau, même si le ministre n’a pas clairement précisé quelles qualités distingueraient les générations. Je ne m’attarde pas sur la comparaison. À chaque époque ses défis, et les nôtres sont déjà suffisamment complexes. La responsabilité et l’implication des jeunes ne se décrètent pas dans les discours, elles se construisent par des politiques publiques concrètes. Et si l’on parle de préparation de la jeunesse à particulier pleinement à la gouvernance, la meilleure demeure celle que procure un système éducatif solide, inclusif et adapté aux réalités contemporaines. Or, malgré quelques initiatives, nous en sommes encore loin. Mais la comparaison mérite réflexion, dans la mesure où elle oppose l’impréparation supposée d’une figure politique majeure du continent, à une génération actuelle essentiellement issue du rang militaire. Modibo Keïta, avant d’être président, fut un acteur politique de premier plan, forgé dans les débats, les luttes syndicales et les institutions.

Les dirigeants d’aujourd’hui, eux, viennent du monde de l'armée, un univers de discipline et d’ordre, mais dont la vocation première n’est pas la conduite des affaires publiques ni la gestion du pluralisme politique. Et comme souvent, dans notre époque hyper connectée, certains extraits d’une intervention sont coupés, relayés, puis les algorithmes font le reste du boulot. La réaction suscitée ne tient pas seulement à la figure évoquée, mais à la manière dont elle l’a été. Le ministre a commis une double erreur factuelle et symbolique.

Factuelle, d’abord, en se trompant sur l’âge du premier président du Mali au moment de son accession au pouvoir, base même de son argumentaire sur la jeunesse. Il a dit que le président Keïta avait juste 33 ans au lieu de 45 ans lorsqu’il prenait la tête de la jeune République du Mali. Une vérification rapide sur internet aurait suffi à éviter cette approximation. Symbolique, ensuite, en réduisant Modibo Keïta à sa seule profession d’instituteur, comme si ce métier résumait l’homme. Ce raccourci occulte le parcours politique et intellectuel de Modibo Keita. Il fut syndicaliste, maire de Bamako, député, vice-président de l’Assemblée nationale française, président du Conseil du gouvernement soudanais, puis chef de l’État malien.

Il fut également cofondateur du Rassemblement Démocratique Africain (RDA), un mouvement panafricain qui a mené plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest vers l’indépendance. Le réduire à son passage dans l’enseignement, c’est nier la profondeur d’un engagement façonné par l’action, la réflexion et le sacrifice. Ce qui a nourri la polémique, ce n’est pas la maladresse, mais la légèreté avec laquelle la mémoire d’un homme d’État de cette envergure a été convoquée. Son héritage dépasse largement le Mali, même s’il suscite des critiques. Je fais partie de ceux qui émettent des réserves à son sujet. Il incarne toutefois une génération emblématique de dirigeants africains, tels que Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba. Sa mémoire reste vive, surtout dans un Mali en quête de repères.

Le ministre Abdoulaye Diop est reconnu pour son engagement constant sur la scène diplomatique et pour son rôle dans la défense de la souveraineté du Mali. Dans un contexte politique et diplomatique aussi tendu que celui du Mali actuel, la parole publique n’est jamais anodine. Elle engage l’État, elle façonne la perception du pays, elle structure le rapport entre mémoire et présent. Aujourd’hui, rien ne se pardonne, tout est scruté, et les moindres propos deviennent viraux grâce aux réseaux sociaux.

Ce qui hier aurait pu passer pour une simple imprécision devient désormais un fait politique, commenté, disséqué, amplifié au-delà des frontières. Les responsables publics ne parlent plus seulement devant un auditoire : ils s’expriment face à un continent connecté, à une opinion numérique instantanée, qui exige précision et cohérence. Dans ce monde d’exposition permanente, les mots n’appartiennent plus à ceux qui les prononcent : ils vivent, se transforment, se retournent parfois contre eux. Et c’est précisément pour cela que la rigueur du discours devient une forme de prudence diplomatique.

Bah Traoré

Analyste politique

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Commentaires (8)

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Kinguiranke
Kinguiranke 12 mois
Aux sales trolls de la tres maudite France et a Ogoba et sangare ennemis du Mali je vous dis que Son Excellence Abdoulaye DIOP incarne comme son père Modibo Keita, l' independance, la Souverainite et la vision d' un Mali prospere dans une Afrique Unie, libre, souveraine et prospere! L' etoile d'Abdoulaye DIOP va continuer a briller pour le bonheur et la dignité du peuple Malien souverain.
Cleanup
Cleanup 12 mois
Un Mali Prospère et Indépendant ? Tu te fous de notre gueule. Que cette pourriture ignorante et corrompue de Diop dégage, tout comme Goïta et ses russes.
sangare
sangare 12 mois
Le complex du diplôme caractérise certains cadres africains. ON PENSE QUE C'EST AVEC LE DIPLÔME QU'ON PEUT ÊTRE UN BON DIRIGEANT. ABDOULAYE DIOP vient de montrer qu'il en fait partie, sinon il aurait plus insister sur le PARCOURS POLITIQUE DE MODIBO KEITA QUE SUR SON NIVEAU D'ÉTUDE. LE DIPLÔME NE SERT QU'À EXERCER UNE PROFESSION. Il n'est nullement une référence pour diriger un Etat. ON PEUT ÊTRE SANS DIPLÔME ET ÊTRE UN TRÈS BON CHEF D'ETAT ET ÊTRE UN TRÈS MAUVAIS CHEF D'ETAT AVEC PLUSIEURS DIPLÔMES DE NIVEAU DOCTORAT. C'est L'ENGAGEMENT POLITIQUE qui permet de jauger un bon dirigeant, pas son NIVEAU D'ÉTUDE. C'est l' EXPÉRIENCE POLITIQUE qui détermine la MATURITÉ d'un dirigeant, pas SON AGE. 50 ANS, on commence la politique à 45 ans, on n'a pas l' EXPÉRIENCE POLITIQUE d'un jeune homme de 30 ans qui a commencé la politique à 18 ans. Être PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, ce n'est pas gérer les STRUCTURES ÉTATIQUES, mais GERER UN PEUPLE. AUCUN NIVEAU D'ÉTUDE NE PERMET DE GÉRER UN PEUPLE. Seul l' EXPÉRIENCE POLITIQUE donne la possibilité de GERER UN PEUPLE. C'est pourquoi on a UNE FONCTION POLITIQUE et une FONCTION ADMINISTRATIVE. La FONCTION POLITIQUE exige de l'EXPÉRIENCE POLITIQUE. Celle ADMINISTRATIVE exige nécessairement un NIVEAU D'ÉTUDE. Donc on n'a pas besoin d'un niveau d'étude pour exercer une FONCTION POLITIQUE,mais nécessairement une CONVICTION POLITIQUE. La CONVICTION POLITIQUE s'entend une VOLONTÉ INÉBRANLABLE de satisfaire les préoccupations de la population. Sans cette CONVICTION POLITIQUE, on ne peut pas, on ne doit occuper une FONCTION POLITIQUE car ce serait de satisfaire ses INTÉRÊTS PERSONNELS. Qui peut exprimer la CONVICTION POLITIQUE d' ABDOULAYE DIOP avant d'occuper une fonction politique? Il est plus un HAUT CADRE de l'administration des affaires étrangères qu' un HOMME POLITIQUE ENGAGÉ pour une cause destinée à servir le peuple malien. LES FONCTIONS QU'A OCCUPÉES MODIBO KEITA ONT TOUJOURS ÉTÉ POLITIQUES AVANT D'ÊTRE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE. Donc il était préparé pour être un bon président de la République quelque soit son âge. C'est ABDOULAYE DIOP qui n'était pas préparé pour être un bon MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. C'est clair et net qu'il est plus un SOUMIS aux tenants du pouvoir que l'incarnation d'une CONVICTION POLITIQUE déterminant sa nomination au ministère des affaires étrangères. Avec IBRAHIM BOUBACAR KEITA, il a signé l'accord d'Alger sans être gené. Avec ASSIMI GOITA, il a contesté le même accord. C'EST LA CONVICTION INCARNÉE PAR MODIBO KEITA QUI A CONDUIT À L'ÉCHEC DE LA FÉDÉRATION DU MALI. C'est elle qui permet à un pays de progresser. Ce qui veut dire que sans CONVICTION POLITIQUE, le pays reste sans âme. C'est ce qu'on constate avec ABDOULAYE DIOP et ses complices criminels. Chasser la France ne signifie pas qu'on incarne une CONVICTION POLITIQUE, mais qu'on exprime un ACTE DE VAGABONDAGE qui consiste à attaquer tout pays qui exprime une volonté de voir les REPRÉSENTANTS DU PEUPLE AU SOMMET DE L'ETAT. Le TOGO est une indication de la position d' ABDOULAYE DIOP : des ASSOIFFÉS DE POUVOIR, non des PANAFRICANISTES.
Kinguiranke
Kinguiranke 12 mois
Les chiens aboient mais la caravane passe!
Kinguiranke
Kinguiranke 1 an
Son Excellence Abdoulaye DIOP incarne comme son père Modibo Keita l' independance, la Souverainite et la vision d' un Mali prospere dans une Afrique Unie libre souveraine et prospere! L' etoile de DIOP va continuer a brilller pour le bonheur et la dignite du peuple Malien souverain.
Kinguiranke
Kinguiranke 12 mois
Ogoba comme les autres politiciens corrompus et apatrides, tu n'as plus d'herbe a brouter alors tu es devenu comme un chien enrage qui mord tout qui bouge a cote de lui! Sale nègre de salon pour la Metropole!
Ogoba
Ogoba 12 mois
Cette bourrique fieffée n’en finira donc jamais de lécher les bottes des puissants du moment. C’est une disposition d’esprit qui ruine tout jugement sain. Mais on doute que l’abruti soit sain d’esprit, justement…
Fanga
Fanga 1 an
"Dans ce monde d’exposition permanente, les mots n’appartiennent plus à ceux qui les prononcent : ils vivent, se transforment, se retournent parfois contre eux". / Il n'y a rien de consistant dans ce que dit ici Bah Traoré et on rigole de sa formule "les mots n’appartiennent plus à ceux qui les prononcent". Son interprétation littérale de type universitaire de propos tenus oralement par le ministre Diop en langue française, qui n'est pas notre langue maternelle, manque de pertinence. On ne comprend vraiment pas quelle est l'idée générale de ce texte, qu'est-ce qu'il veut démontrer. Pendant qu'il parle pour ne rien dire, Abdoulaye Diop, lui, agit pour le Mali. / On le redit : Modibo Keïta n'est pas un saint. C'est un homme politique qui a lui aussi commis beaucoup d'erreurs. Il ne faut pas exagérer les mérites du président Modibo Keïta et minimiser ceux d'Abdoulaye Diop et des jeunes gens de notre génération. On n'est pas ici en religion, mais en politique. On peut toujours mieux faire que le président Modibo Keïta, le père du Mali moderne. Et le souhait de tout bon père est que ses enfants fassent plus et mieux que lui. / Arrêtons cette polémique qui n'est pas respectueuse de la mémoire et du combat de Modibo Keïta. Aidons Abdoulaye Diop et ses jeunes à libérer et développer le Mali.
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