Après l’aliénation, quel modèle de société pour l’AES : Socialisme ou Capitalisme ?
Depuis quelques années, un mot revient avec force dans les débats au Mali, au Burkina Faso et au Niger : l’aliénation.
Aliénation politique, économique, culturelle et même mentale. Partout, la jeunesse de l’AES réclame la rupture. Rupture avec les modèles imposés, rupture avec les dépendances, rupture avec une histoire qu’on nous a racontée sans nous.
Se libérer, c’est clair. Mais la vraie question commence après : une fois l’aliénation supprimée, quelle société voulons-nous construire ?
Classiquement, le débat nous ramène à deux grands modèles. D’un côté, le socialisme. L’Etat stratège, le collectif, la planification, la redistribution. Un modèle qui a séduit nos indépendances parce qu’il promettait l’égalité et la souveraineté. De l’autre, le capitalisme. L’individu, l’initiative privée, le marché, la concurrence. Un modèle présenté comme le seul chemin vers la croissance et la modernité.
Les deux ont été expérimentés en Afrique. Et les deux ont montré leurs limites. Le socialisme d’Etat, dans certains pays, a fini par étouffer les libertés et tuer l’initiative. Le capitalisme importé, lui, a souvent servi de machine à piller nos ressources sans créer de valeur locale ni d’emplois décents.
Aujourd’hui, dans le contexte de l’AES, peut-on encore se contenter de choisir entre copier Moscou ou copier Washington ?
Je ne le pense pas.
La jeunesse malienne, burkinabè et nigérienne ne demande pas une étiquette idéologique. Elle demande du concret : du travail, de la sécurité, de la justice, de la dignité. Elle demande une économie qui transforme notre coton, notre or, notre bétail chez nous. Elle demande une école qui forme à nos problèmes. Elle demande des dirigeants au service du peuple.
Après l’aliénation, il nous faut donc inventer un troisième chemin.
Un modèle AES. Ni copie du socialisme, ni copie du capitalisme. Un modèle fondé sur trois piliers :
- Le travail et la production locale comme base de la dignité
-La communauté et la solidarité comme valeur centrale
-La souveraineté réelle sur nos ressources et nos décisions
Ce n’est ni du dogmatisme, ni de la naïveté. C’est du pragmatisme. C’est regarder nos réalités en face et bâtir avec ce que nous avons. Aux intellectuels, aux politiques, aux chefs d’entreprise, aux étudiants : le débat est ouvert. Après l’aliénation, quelle société bâtissons-nous pour les cinquante prochaines années ? Le Mali, le Burkina et le Niger n’ont plus le droit à l’erreur.
JOB DIARRA, Doctorant en Philosophie, Spécialiste du jeune Marx et de la question d’aliénation
Email : [email protected]