L’impasse de la situation sécuritaire au Mali : De la tension à l’escalade !

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La nouvelle de l’arrivée tant attendue de l’armée rouge pour balayer du revers de la main le terrorisme, que peine à éradiquer la coalition internationale et la force barkhane, avait été murmurée. Les avis étaient divergents sur la nécessité de faire appel à une autre force étrangère. Les antis  et les pro-français  se livraient,  à  longueur de journée sur les réseaux sociaux,  à des invectives. Et les récentes déclarations du PM Choguel Maiga ont donné lieu à des répliques de la part des autorités françaises qui ont déplu aux maliens en grande majorité. La tension est palpable,  Paris n’en démord pas et les maliens s’indignent de l’opposition formulée par l’hexagone concernant l’arrivée de Wagner.

Ainsi les petits fils de Soundiata Keita ont-ils, ayant perdu toute confiance en leurs forces armées, du mal à  décider quelle force étrangère devait se substituer aux guerriers de la savane. Puis, l’annonce fracassante d’une possible intervention d’une agence privée de sécurité, des « mercenaires   sans foi ni loi, selon certains », vient ajouter à la polémique. La débâcle de l’armée malienne et l’impuissance relative des forces internationales exaspèrent le peuple malien. Les populations de certaines zones sont victimes de crimes en bande organisée de tous genres. Acculées, les autorités actuelles envisagent sérieusement de faire appel au groupe Wagner, une armée privée, des mercenaires selon certains.

Suite à  cette rumeur,  la CEDEAO a fait un communiqué, le 16 septembre 2021, condamnant fermement l’introduction d’une troupe non régulière sur le sol malien. Cette préoccupation récurrente de la situation sécuritaire est partagée par la communauté internationale et ce surtout parce que le recours à des agents de sécurité privés suscite beaucoup d’interrogations laissées en suspens. Pourquoi, au lieu d’une armée régulière,  nous envoi-t-on des « mercenaires » ? Pourquoi investir de l’argent,  que nous n’avons pas, pour enrichir une société privée qui en partant ne laissera qu’amertume ? Que pourrait-elle nous apprendre ou apporter plus que les forces déjà engagées ? Et puis un mercenaire n’est-il  pas un terroriste en puissance ? Autant de questions qui taraudent les esprits.

Le souvenir amère du retour des mercenaires -des maliens, me dira-t-on, engagés dans la guerre en Libye a, semble-il,  vite été oublié.  Ces gens armés,  venus gonfler le rang des séparatistes et des djihadistes, étaient bien des mercenaires.  Mais il semble  bien que les petits fils de Soundiata aient la mémoire courte. L’histoire se répète donc ! Par ailleurs, si l’impuissance avérée de l’armée dans cette guerre asymétrique peut se concevoir aisément, le recours à  un groupement sans pays de rattachement, le Kremlin ayant toujours nié toute relation avec le Groupe Wagner, ne peut que surprendre. On s’attendait plutôt à un partenariat Etat-Etat, chose qui s’inscrit dans la logique des relations internationales.  Et c’est d’ailleurs le schéma habituellement suivi.

C’est peut-être la raison pour laquelle le PM Choguel Maiga a affirmé ne pas connaître Wagner. Peut-être qu’il doute du choix qu’il s’apprête à faire. Pareillement,  la Russie n’a jamais officiellement reconnu cette société privée. On se demande alors si la Russie n’aurait pas préféré prendre ses distances avec un ancien partenaire qui a tissé d’autres liens et qui est déjà bien envahi par d’autres forces (nationales et internationales). Quelle que soit la raison qui ait motivé son retrait ou ses réserves,  l’État russe ne semble pas associé officiellement à ce projet. Faut-il s’en inquiéter ? Pourquoi la Russie n’a-t-elle jamais reconnu officiellement le groupe Wagner dont le dirigeant est issu du rang de son armée?

On nous vante les mérites de ce groupe, ses interventions avec succès dans d’autres théâtres d’opération (Syrie, Centrafrique..) sans préciser quel en a été le prix. Pour une éventuelle intervention au Mali, des chiffres, 6 milliards par mois, sont annoncés non officiellement. Si le pays investissait cette somme dans la reconstruction de son armée,  il pourrait mener une lutte efficace contre le terrorisme.  Ainsi,  au lieu de rechercher une sécurité temporaire,  sans aucune garantie de l’obtenir,  nos autorités feraient bien de se focaliser sur la préservation de l’intégrité du territoire à long terme.

Avec l’appui des partenaires déjà présents, il est en effet possible,  de reconstruire l’armée nationale afin qu’elle soit la seule garante de notre indépendance. Elle l’a prouvé par le passé. Elle se doit d’honorer les braves soldats tombés au champ de l’honneur,  par une stratégie digne des fiers guerriers dans la savane ancestrale. Une stratégie payante à long terme est préférable à  une fuite en avant qui ne ferait que déplacer le problème. Tôt ou tard,  il faudra reconstruire cette armée. Et elle renaîtra dans la douleur.  Alors pourquoi retarder cette échéance ? L’impuissance avérée de l’armée malienne face à cette guerre asymétrique ne peut être palliée  que par des actions s’inscrivant dans la logique d’une redéfinition de la doctrine militaire afin  de sécuriser le pays à long terme et par les armées nationales.

En confisquant le pouvoir,  les autorités actuelles se sont engagées,  non pas à  sous-traiter la sécurité mais à  faire en sorte que le malien ne paie plus que de raison le prix de son droit à la vie. Si le peuple a applaudi le changement de régime, manu-militari, c’est parce qu’il a cru en la capacité des nouveaux hommes forts à  apporter un semblant de dignité  à une nation en quête de repères et d’identité.

S’il faut recourir à des contractuels aux frais du contribuable,  qui paie déjà très cher le droit de vivre dans un État de droit, alors le putsch n’aurait servi que les intérêts personnels de ceux qui l’ont fomenté. Le Colonel ne semble pas s’être engagé dans cette voie. Le rappel de la CEDEAO doit lui être  profitable. Il a le soutien du peuple pour ses initiatives nobles de lutte contre les pillages et la corruption. Il a été adoubé par le peuple pour son patriotisme. Peut-être qu’il faut laisser à un pouvoir démocratiquement élu et à une Assemblée élue le soin de prendre la décision de recourir, au nom du peuple, à des mercenaires.

L’engagement et l’expérience du nouvel homme fort doit plutôt servir la reconstruction de l’armée nationale dont il est le digne représentant. S’il manque de temps,  les ennemis poursuivant leur percée, le Président de la transition doit privilégier une collaboration avec les forces internationales présentes aux conditions formulées par le gouvernement malien. Revisiter les règles d’engagement, prioriser la dotation en matériel des Famas et placer la sauvegarde de l’intégrité du territoire national au cœur des préoccupations,  doivent être érigées en conditions sine qua non de la poursuite de la collaboration avec les forces internationales présentes.

Le peuple malien peut endosser le coût de la reconstruction de son armée, quel que soit le sacrifice que cela implique. Mais il ne saurait s’affamer pour l’illusion d’une sécurité qui ne durerait que tant qu’il mettra de l’argent sur la table. Nous avons donc intérêt à poursuivre la collaboration avec les partenaires déjà engagés,  en dépit des imperfections que l’on peut mettre à leur passif. Que l’on soit anti ou pro-français, il est préférable de conjuguer les efforts fournis par une armée en reconstruction avec ceux déployés par ces partenaires de longue date. Leur échec, relatif, ne doit pas précipiter une fausse bonne stratégie coûteuse. Si la Russie veut se joindre au combat,  qu’elle le fasse de façon officielle. Mais l’envoi  d’un groupuscule armé,  sans pays ni loi, ne saurait convenir.

Si c’est l’option levée par les autorités maliennes,  alors elles s’engagent dans une voie sans issue. Nos prières vont aux défunts combattants (de toutes les nationalités), tombés dans cette guerre injuste et cruelle. Qu’ils reposent en paix et que leurs familles puissent trouver la force d’endurer le deuil.

Vive la république

Vive le Mali

Dr DOUGOUNÉ Moussa

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