Panafricanisme : Pourquoi les Africains méritent mieux aujourd’hui ?

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« Panafricanisme » : le mot est revenu à la mode ces dernières années sur fond de coups d’État, comme au Mali et au Burkina Faso. Malheureusement, chacun lui donne la définition qu’il veut en fonction de son agenda. Et c’est bien dommage. Parce que le continent mériterait un vrai renouveau intellectuel de la vision panafricaine.

 L’affaire vaut bien un petit coup d’œil dans le rétroviseur. Mais de quoi parlent les hérauts actuels du panafricanisme ? Sont-ils les dignes héritiers du Ghanéen Kwamé Nkrumah, du Sénégalais Amadou Lamine-Guèye ou du Béninois Sourou Migan Apithy ? Doit-on aujourd’hui se contenter de militaires putschistes ou de pseudo-influenceurs pour porter haut les couleurs africaines ? La réponse est probablement dans la question.

1958, le panafricanisme en marche

Que reste-t-il de l’esprit de la conférence de conférence de Kumasi en 1953 ? Dans les années 50, Kwamé Nkrumah – alors exilé en Angleterre et qui deviendra président du Ghana en 1960 – devient l’un des porte-étendards intellectuels du panafricanisme et de la lutte pour la décolonisation du continent noir. L’année 1958 marque ensuite un point de bascule. Nkrumah convoque la conférence des États indépendants d’Afrique avec l’Égypte, l’Éthiopie, le Ghana, le Libéria, la Libye, le Maroc, le Soudan et la Tunisie. Cinq mois plus tard, la Guinée de Sékou Touré accède à l’indépendance. Puis, en décembre de la même année, le même Nkrumah organise la Conférence des peuples africains, réunissant une soixantaine de mouvements et partis indépendantistes, et des grandes figures qui prendront le relai du combat panafricaniste comme Patrice Lumumba, Kenneth Kaunda, Franz Fanon et Barthélémy Boganda. L’agenda de ces pères fondateurs est simple : obtenir les indépendances des pays africains et parler d’une seule voix à la face du monde.

Quatre ans plus tard, en 1962, Addis-Abeba accueille la première Conférence internationale des États indépendants d’Afrique qui voit de nombreuses alliances se créer entre pays voisins, dans le sillage de la première d’entre elles entre le Ghana et la Guinée (Sénégal-Mali, Sénégal-Gambie, Zaïre-Tchad-Togo…). Tous veulent une convergence des consciences. Le projet est alors très politique et promet de rallier tous les peuples noirs de la planète. Mais malgré l’apparition de leaders charismatiques comme Thomas Sankara (assassiné en 1987), le panafricanisme s’essouffle. De trop nombreux dictateurs accaparent richesses et pouvoir, et n’ont alors plus de panafricanistes que le nom.

Menaces sur le panafricanisme

« Le panafricanisme a perdu sa raison d’être, celle d’une organisation liant les Africains à tous les descendants des peuples noirs, où qu’ils se trouvent, notait Prosper Indo, auteur du livre Barthélémy Boganda : Héritage et vision (éd. L’Harmattan), en 2018. La faute à une gestion et un fonctionnement calamiteux de la démocratie en Afrique noire ! L’Afrique est courtisée par toutes les puissances, en particulier celles émergentes. Comme le souligne l’hebdomadaire Courrier international, “de nouveaux acteurs investissent massivement dans le continent”. Mais cela n’empêche pas l’immigration d’y être un fléau, entraînant la fuite des cerveaux et l’assèchement de la main d’œuvre ! » Manque de démocratie réelle, fuite des cerveaux, tout le problème de l’Afrique est là. Selon cet économiste, c’est à l’Union africaine de retrouver les vertus du panafricanisme pour faire face à ces défis.

Les cerveaux… L’Afrique n’en manque pas et pourtant, ce ne sont jamais les intellectuels que l’on retrouve aux magistratures suprêmes. Trop souvent, les peuples n’ont d’autres choix que de marcher au pas derrière des généraux, rarement arrivés au pouvoir par les urnes. Même au Mali, dont le régime actuel manque cruellement de légitimité, des voix réclament le renouveau intellectuel du pays. Début novembre, sur les antennes d’Afriquemedia TV, le ministre de l’Agriculture Seydou Traoré réclamait une relève politique : « Qui, mieux que les juristes aujourd’hui, peuvent être les soldats de la lutte pour l’indépendance retrouvée du Mali ? Qui, mieux que les juristes, pour faire face à la communauté internationale avec son référentiel de lois juridiques conçues au moment où l’homme africain n’était même pas considéré comme un être humain ? Juristes maliens, juristes africains, levez-vous ! Aujourd’hui, ce ne sont pas les militaires ou les politiques qui doivent être en avant de la lutte, mais les juristes. » Et sûrement pas les pseudo-influenceurs payés par des puissances étrangères.

Le panafricanisme low cost des influenceurs

Tout le monde ne parle que d’eux sur la Toile : Nathalie Yamb et Kémi Séba se régalent de la tribune que les réseaux sociaux leur offrent gratuitement. Gratuitement ? Pas vraiment. Car cela leur rapporte aussi pas mal d’argent. Ces influenceurs – même s’ils ont la cote – sont plus que douteux.

Pour eux, tous les coups de pub sont permis : Nathalie Yamb, Suisse d’origine camerounaise, vient de se faire interdire l’entrée sur le territoire français. Elle s’offusque immédiatement sur YouTube et gagne des followers. Mais nous, nous avons aussi le droit de nous offusquer de ses pratiques vénales : entre son soutien au programme financier frauduleux Liyeplimal et sa société-écran épinglée par les Pandoras Papers, Yamb a perdu toute crédibilité. Quant au Franco-béninois Kémi Séba, ce fondateur du Mouvement des damnés de l’impérialisme prend régulièrement pour cible la France qui l’a évincé du champ médiatique traditionnel pour ses positions incitant à la haine raciale. En octobre dernier, ce suprémaciste noir était « l’invité d’honneur » à Moscou du Forum Russie-Afrique. Non, le panafricanisme, le vrai, n’a rien à voir avec ces théories suprémacistes.

Dernière révélation, en date du 4 novembre dernier : Madame Yamb et monsieur Séba sont en lien direct avec la société paramilitaire Wagner, propriété du désormais célèbre Evguéni Prigojine, ami intime de Vladimir Poutine. C’est certes le département d’État des États-Unis qui dévoile ce secret de Polichinel, et il n’est pas exempt d’intention maligne. Mais scela ne change rien ur le fond : le panafricanisme et l’avenir du continent méritent vraiment mieux que ces imposteurs ouvertement inscrits sur le payroll du Kremlin, comme d’ailleurs sur toute autre liste d’obligés d’une puissance quelconque.

Recherche panafricanistes désespérément

Les marchands actuels – vendant le panafricanisme sur les plateaux de télé, sur des jeeps armes au poing et sur les réseaux sociaux – ne sont pas à la hauteur. Où sont les voix indépendantes, repoussant la Russie comme les autres, au nom de la liberté des peuples africains ? « Il est temps de nous débarrasser de nos complexes, assure Lacisse Abdou, professeur d’économie ivoirien dans une interview au site Connectionivoirienne.net. Pour justifier nos infortunes, nous devons arrêter d’opposer les morts et victimes de différentes guerres, de luttes et autres conflits. Sortons de ces comptes d’apothicaire que nous perpétuons. Nos impératifs sont ailleurs. Notre cap aujourd’hui et demain doit être celui de notre développement. Attelons-nous au travail, définissons nos stratégies de développement. Produisons pour nous nourrir, transformons nos ressources naturelles. » Alors, qui dit mieux ?

Paul Sanou

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