Souleymane Koné, ancien ambassadeur du Mali : « Notre Gouvernement a failli à Nampala, parce qu’il est en faillite politique et morale dans la gestion du pays depuis longtemps »

22 Juil 2016 - 07:17
Mis à jour: 10 ans
26
Souleymane Koné, ancien ambassadeur du Mali : « Notre Gouvernement a failli à Nampala, parce qu’il est en faillite politique et morale dans la gestion du pays depuis longtemps »
Quand ATT, l’homme du 26 mars, devient victime de sa popularité croissante
Il y a une  règle d’optique qui nous enseigne que  « tout semble plus grand de loin ». Il avait fait de l’autorité de l’Etat, de la poigne dans la gestion des crises, sous le Président Alpha Oumar Konaré, son cheval de bataille. Image qu’il a vendue aux Maliens. Nous nous rendons à présent compte et à nos dépens, qu’il y a eu erreur sur la marchandise. Et voila notre pays qui va en lambeaux. Ce mardi, le camp militaire de Nampala a été attaqué et investi par des groupes  armés qui en ont pris le contrôle, emporté le matériel militaire et brulé ce qui reste du camp. Terrible image pour notre pays. Depuis trois ans le pouvoir inefficace de IBK ne cesse de nous rabâcher les oreilles sur sa politique de reforme de l’armée, la loi de programmation militaire devenue la découverte d’une nouvelle bible, des mensonges sur le niveau d’équipement, de formation, d’embellissement des chaussures et chaussettes de notre armée. Des visites de parade ont été organisées  par le fils du père pour distraire le monde, mais les cris d’angoisse et de détresse de l’armée n’ont jamais été entendus. L’attaque de Nampala nous alerte et réveille sur l’état réel de notre armée, son commandement et sa gestion politique. Ce Nampala est l’attaque de trop. La question est de savoir jusqu’à quand les ailes du papillon Mali pourront supporter une autre humiliation du genre. Mais plutôt que de prendre la mesure du désastre, le ministre de la défense Tiéman Hubert Coulibaly, non regardant sur la douleur des parents des victimes et de la nation, continue dans le mensonge, la tromperie en annonçant tantôt que la ville a été  « reprise par les forces armées », tantôt que les renforts de troupes sont envoyés quand les plus informés d’entre nous révèlent que ceux-ci sont bloqués entre Niono et Diabali. A quelle fin ? Que se reproche-t-il ? Qu’est ce qu’a été fait pour empêcher une telle humiliation, une de plus pour notre pays ? Visiblement rien. Il apparait clairement que nos soldats évoluent dans l’obscurité la plus complète dans ce combat qui les oppose aux forces du mal. La faute est à ceux qui détournent leurs ressources et éventent leur système de communication dans des rapports rendus publics à des fins politiques. Néanmoins, dans les prochains jours notre Gouvernement se défaussera sur la MINUSMA et/ou sur l’opération Barkhane et instrumentalisera l’opinion dans ce sens, alors qu’en vérité le mal est en nous, c'est-à-dire en nos gouvernants. Notre Gouvernement a failli à Nampala, parce qu’il est en faillite politique et morale dans la gestion du pays depuis longtemps. En ce qui concerne la défense nationale, qui pouvait en effet croire qu’après les critiques formulées contre les méthodes de recrutements au sein des forces armées et de sécurités de notre pays au lendemain des événements de 2012, que des enfants allaient mourir au cours de leur formation en 2016 parce que les recrutements  ont été opérés sur la base de dossiers médicaux tronqués ? Un exemple parmi tant d’autres dans la gestion de l’armée. Face à la tragédie qui nous frappe en ce moment, on peut se demander ce qu’attend le ministre de la défense pour démissionner. S’il avait lui-même le minimum, d’estime de soi, et de considération pour sa charge, il se serait démis de sa fonction après cette attaque de Nampala, plutôt que de distraire la nation. Dans l’affaire dite de la visite du Premier ministre Moussa Mara à Kidal, après la mort d’une cinquantaine de soldats des FAMA officiellement déclarée, le ministre de la défense de l’époque avait dignement présenté sa démission au Président de la république. Le Premier ministre n’en avait pas été capable. Un an après, la commission d’enquête parlementaire est en voie de blanchir l’ancien ministre de la défense. Qu’importe en démissionnant il a eu le mérité d’incarner la dignité de sa charge. En tout état de cause, il se dégage de cette attaque, le sentiment populaire d’une défaite de trop. Les manifestations ensanglantées de Gao où les jeunes ne demandent qu’à être pris en compte et comptés dans les modalités de mise en œuvre de l’accord dit de paix, la marche des populations de Kayes réclamant un second pont sur le fleuve Sénégal, l’accord entre Ifoghas et Imghad à Niamey d’où les deux tribus veulent se partager la gestion de la ville de Kidal, l’attaque déshonorante du camp militaire de Nampala ce mardi,  étalent l’impuissance notoire du pouvoir IBK face aux problèmes du pays. Le Mali est triste, il n’a plus que ses yeux pour pleurer, trahi par une équipe qui lui avait fait miroiter tout ce à quoi il aspirait.  L'incapacité de son Président d'arrêter ne serait ce qu'un jour les foyers de tension est telle que face à la multiplication des  familles endeuillées, les Maliens ont fait le deuil de leur espérance pour une quelconque amélioration de la gouvernance IBK. L'état d'esprit du pays se résume en trois mots : la lassitude, l'indignation et la révolte. La faute à l’équipe qui dirige le pays depuis le coup d’Etat fomenté contre la nation et la république, qui maintient le Mali dans l’immobilisme, en le livrant aux aventuriers et aux mafieux  de tous acabits et  qui a fini par le livrer aux porte-parole ethniques. Il n’a toujours pas compris qu’un pays ne peut être géré éternellement dans les avions, une centaine de voyages en trois ans à l’étranger contre deux visites d’Etat dans les régions de Sikasso et Ségou. De toute évidence, il y a  un déni de gouvernance au Mali. Le Mali, de mal en pis ! Le pays s'enfonce chaque jour, dans la fange de la crise. Comme si nos dirigeants actuels, nous préparent à une inéluctable potence. Le soleil du Mali n’en finit pas de s’incliner, de s’abaisser, de se rabaisser…Notre pays se meurt en silence victime notre lâcheté collective. En apnée et gravement malade, au sens propre comme au figuré, le Mali s’égare dans les brumes et les incertitudes d’une gouvernance familiale et clanique. Plus rien ne semble venir consoler les populations, plus rien ne sourit au pays, plus rien ne nous renvoie à la beauté et à l’espoir que suscitent notre emblème et notre devise : le Vert (l’espoir d’un avenir radieux), l’Or (la prospérité, le développement) et  le Rouge (le courage jadis d’une nation soudée). Notre devise, « Un Peuple, Un But, Une Foi » complètement anéantie par un accord dont les premières mesures d’application sonnent le glas de l’unité nationale et la cohésion sociale. La manifestation des jeunes de Gao en est une illustration. Que faire pour arrêter la descente aux enfers ? S’unir ou périr disait quelqu’un ? Dans toutes les sociétés humaines, l’unité forge les capacités de résistances des nations. Cette unité qu’une nation se donne pour se protéger, n’a pas vocation à être l’instrument de pouvoir pour une famille, un gouvernement, un Pouvoir établi. Elle n’empêche pas de demander des comptes à ceux dont il a été fait confiance et qui ont conduit la nation dans la situation vécue depuis 2012. L’unité n’est pas pour se laisser entrainer dans le piège des récupérations politiciennes. C’est pourquoi quoique nécessaire au Mali, elle effraie les tenants du pouvoir. Le pouvoir IBK a peur de l’unité des Maliens, il n’y travaillera pas, sauf contraint et forcé. C’est un fait que le Président IBK fait plus confiance à ses soutiens occidentaux qu’au peuple du Mali. Aussi longtemps que ce soutien lui sera assuré, il ne consultera ni n’écoutera  les Maliens. Ainsi que semble le déplorer le leader religieux Ousmane Chérif Madani Haïdara : «Le gouvernement n’a pas consulté les Maliens, il ne les écoute même pas». Tout est dit. C’est aux Maliens d’aller vers leur unité pour sauver leur pays. Souleymane Koné  

Quelle est votre réaction ?

Like Like 0
Je kiff pas Je kiff pas 0
Je kiff Je kiff 0
Drôle Drôle 0
Ouah Ouah 0
Triste Triste 0
Hmmm Hmmm 0

Commentaires (26)

User
mamadou Diarra
mamadou Diarra 10 ans
"...le Président IBK fait plus confiance à ses soutiens occidentaux qu’au peuple du Mali. Aussi longtemps que ce soutien lui sera assuré, il ne consultera ni n’écoutera les Maliens." Si les maliens n'on pas compris cette réalité alors Dieu ne fera rien pour eux.
LE GENERAL SANOGO
LE GENERAL SANOGO 10 ans
Mr Kone' qu'est-ce que votre parti (celui du PM Modibo Sidibe') , propose??? C'EST BIEN PARCE QUE LA DIPLOMATIE MALIENNE A' LAMENTABLEMENT ECHOUE' QUE NOTRE FASO EST DANS L'IMPASSE!!!! LA CRISE EST POLITIQUE ET LA SOLUTION NE PEUT ETRE QUE POLITIQUE!!!!! QUE PROPOSEZ-VOUS DIPLOMATIQUEMENT POUR SORTIR DE L'IMPASSE? JE VEUX DES SOLUTIONS REALISTES ET PRAGMATIQUES ET NON DES SLOGANS SUICIDAIRES!!!!
KONE31
KONE31 10 ans
.........18 véhicules et 30 motos djihadistes à l’assaut du camp de NAMPALA vers 4h30 -05h00 au matin. Voilà la réalité. L'armée malienne n'arrive toujours pas à mettre des informateurs sur les différents axe, villages ou hameaux pour se mettre prête. C'est IBK qui doit expliquer ça à nos militaires? Désolé il y'a un gros problème de commandement. Au sein des armées sérieuses, même le Muezzin, pécheur, le mécanicien, la vielle dame qui se lève tôt pour faire la bouillie du matin deviennent des informateurs. On doit encore expliquer ça à des hommes? C'est triste!
LE GENERAL SANOGO
LE GENERAL SANOGO 10 ans
La protection de la patrie est un devoir pour toutes les maliennes et tous les maliens!!!!! CE N'EST PAS UNE SIMPLE AFFAIRE DE QUELQUES INFORMATEURS ICI ET LA'!!!!!! CE QU'IL NE FAUT PAS EGALEMENT OUBLIER EST LE FAIT QUE CERTAINS INFORMATEURS PEUVENT TRAVAILLER POUR LA PARTIE OPPOSE'E AFIN D'AVOIR DE L'ARGENT!!!! LA RESPONSABILITE' EST COLLECTIVE!!!!! LA DIPLOMATIE MALIENNE A ECHOUE' ET CONTINUE A' ECHOUER!!!!! LE MALI EST VICTIME DE SA DIPLOMATIE!!!!
T.Sankara
T.Sankara 10 ans
"le Président IBK fait plus confiance à ses soutiens occidentaux qu’au peuple du Mali. Aussi longtemps que ce soutien lui sera assuré, il ne consultera ni n’écoutera les Maliens." Mr Kone, la vous avez tout dit.
Mahamadou Kone
Mahamadou Kone 10 ans
..............La faille c'est au niveau de nos miliatires et osons le dire. Ils ont reçus des formations et du matériel et comment, un petit groupe formé il y'a juste quelques mois puisse les deloger de la sorte avec les memes manières à DIABALI, KONA et NAMPALA... Il est temps qu'on se dise la vérité sur le manque de professionalisme de nos militaires et laisser la politique de côté. L'armée malienne n'arrive toujours pas à tirer les enseignements de ces multiples échecs et il y'a là un sérieux problème. Tout le problème se situe à ce niveau M. l'ex embassadeur. Soyons objectifs.
Les commentateurs les plus actifs de la semaine:
  • Kinguiranke (110)
  • Nfp (78)
  • Kankan (53)
  • Sissoko (26)
  • Citoyen du monde (22)