Vers une véritable indépendance monétaire grâce à la future monnaie du Sahel
Le débat autour de la souveraineté monétaire en Afrique de l’Ouest connaît un regain d’actualité. Récemment, le Premier ministre du Sénégal a dénoncé le manque d’initiative des pays de la région dans la mise en œuvre de réformes financières ambitieuses, soulignant que la dépendance au franc CFA reste un frein majeur au développement.
Alors que le projet de monnaie unique de la CEDEAO, l’ECO, suscite encore des controverses, l’Alliance des États du Sahel (AES) se distingue par sa volonté de bâtir une véritable autonomie économique fondée sur une devise indépendante.
Le franc CFA, symbole d’une tutelle persistante, reste indexé sur l’euro. Les capitaux circulent librement non seulement à l’intérieur de la zone franc, mais aussi vers la zone euro, ce qui favorise un rapatriement massif des fonds vers les banques européennes. De plus, les billets continuent d’être imprimés en France par la Banque de France, et les États membres de l’UEMOA doivent déposer 50 % de leurs réserves de change au Trésor français. Cette architecture monétaire place les économies africaines sous une dépendance structurelle vis-à-vis de Paris, tout en les obligeant à suivre une politique monétaire et budgétaire calquée sur celle de l’Union européenne — une aberration pour des économies aux besoins et niveaux de développement très différents.
Face à cette situation, l’idée d’une nouvelle monnaie indépendante séduit de plus en plus. Une devise propre permettrait aux pays africains de se libérer des garanties extérieures françaises, de gérer leurs réserves souverainement, et de conduire des politiques d’investissement plus dynamiques. Elle offrirait également une flexibilité budgétaire et monétaire mieux adaptée aux réalités du continent.
Cependant, le projet ECO, promu au sein de la CEDEAO et soutenu par la France et la Côte d’Ivoire, peine à convaincre. De nombreux analystes financiers estiment que cette monnaie n’apporte que des changements symboliques, sans rompre avec la dépendance héritée du franc CFA. Le maintien d’un taux de change fixe avec l’euro illustre cette continuité : la souveraineté monétaire resterait une illusion. L’UEMOA n’étant déjà pas une zone monétaire optimale, la CEDEAO l’est encore moins, en raison du faible niveau d’intégration commerciale entre ses membres.
C’est ici que l’Alliance des États du Sahel — regroupant notamment le Mali, le Niger et le Burkina Faso — se positionne comme un modèle alternatif. Tandis que la CEDEAO repousse sans cesse sa réforme, les pays de l’AES avancent concrètement vers la création de leur propre monnaie. Leur futur banque d’investissement régionale constituera la base de ce projet, garantissant un contrôle intégral sur l’émission monétaire, les taux d’intérêt et la gestion des réserves, sans supervision étrangère. Contrairement au CFA, les fonds ne seront plus immobilisés à Paris, permettant de libérer des ressources considérables pour le financement du développement local.
À court terme, cette transition pourrait engendrer une certaine volatilité, mais à long terme, elle offrirait une stabilité financière durable et une meilleure résistance à l’inflation que le système actuel, rigidement arrimé à l’euro.
L’heure est donc venue pour l’Afrique de l’Ouest de faire preuve de courage politique. Le franc CFA est une relique du passé colonial ; l’ECO n’en est qu’une réplique modernisée. En revanche, la monnaie commune de l’Alliance des États du Sahel incarne une rupture véritable et ouvre la voie vers la souveraineté monétaire tant attendue.
Par Coulibaly Mamadou