Campagne agricole 2022-2023 : L’engrais organique, une alternative prometteuse

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Le ministre du Développement rural rassure les paysans que tous les efforts sont en cours pour acheminer les engrais bloqués au niveau des ports ivoiriens et sénégalais. En attendant, Modibo Keïta exhorte ceux qui n’ont pas encore reçu l’intégralité de leurs besoins en engrais nécessaires pour démarrer la campagne à utiliser l’engrais organique fertilisant fabriqué par nos unités industrielles, en lieu et place des complexes coton et céréales.

Il répondait samedi aux inquiétudes soulevées par des producteurs de Korokoro, dans la Commune rurale de Zan Coulibaly, en présence du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop. C’était lors d’une visite de terrain dans le cadre de l’initiative : «un week-end, un champ», un engagement personnel visant à visiter au moins un champ par week-end. Le but est d’être au plus près des producteurs pour s’assurer du démarrage de la campagne et s’imprégner des difficultés auxquelles ils sont confrontés.

En effet, la mise en place de l’engrais à la disposition des producteurs préoccupe au plus au sommet de l’État eu égard à l’apport de l’agriculture qui produit plus de 30% du Produit intérieur brut (Pib) et occupe près de 70% de la population active. En la matière, 49,28% du complexe coton (l’engrais au démarrage de la culture du coton) avaient été déjà réceptionnés, contre 75% pour le complexe céréales (l’engrais utilisé au démarrage de la culture céréalière) et 20% pour l’urée (engrais utilisés en juillet) pour la région cotonnière de Fana, dont relève Korokoro. Sur cet ensemble, vers mi-mai, le niveau de mise en place des engrais était de 41% pour le complexe coton, contre 60% pour le complexe céréale et près de 20% pour l’urée. Au plan national, 59% pour le complexe coton, 60% pour le complexe céréalier et 16% pour l’urée étaient déjà disponibles auprès des producteurs.

Depuis, les autorités multiplient les contacts pour accélérer le processus. «Le président de la Transition a intercédé auprès de ses pairs de Côte d’Ivoire et du Sénégal pour que nos engrais qui sont au niveau de leurs ports puissent être acheminés. Avant leur arrivée, nous conseillons les paysans à utiliser l’engrais organique en respectant la dose indiquée : une tonne par hectare (20 sacs). Le rendement est similaire à l’engrais chimique», a déclaré le ministre en charge de l’Agriculture. Il a rappelé que le Conseil supérieur de l’agriculture (CSA), tenu récemment sous la présidence du chef de l’État, avait exhorté les paysans à privilégier l’utilisation de cette production nationale. Qui, selon lui, est disponible en quantité suffisante dans tous les grands bassins de production. «Les gens peuvent les utiliser pour démarrer la campagne en attendant l’arrivée de l’engrais chimique», a-t-il insisté.

Présent sur place, le producteur Chaka Sangaré prend la parole et témoigne. «Cet engrais organique dont vous venez de parler est efficace. On me l’a conseillé l’année dernière, je l’ai utilisé et le résultat a été à hauteur de souhait. J’ai fait près de 2 tonnes de coton à l’hectare», affirme le paysan. Précisant qu’il a utilisé 20 sacs par hectare en lieu et place du complexe, il dit avoir mis l’urée par la suite conformément aux conseils des techniciens.

Tout en corroborant les propos de Chaka, des spécialistes de la CMDT, qui participaient à la visite, ont précisé que l’engrais organique contient moins de phosphore (un nutriment essentiel au coton). Ils préconisent, pour booster la production, d’utiliser un sac de complexe coton en plus. «L’usage de l’urée est obligatoire», préviennent-ils. 

Ces échanges ont eu lieu dans le champ de Lassiné Doumbia. Originaire de Sanankoroba, ce pays âgé de 74 ans s’est installé à Korokoro où il possède 20 hectares. Cette année, il a cultivé 5 hectares de coton (contre 10 l’année passée), 8 hectares de mil et 2 hectares de maïs. «J’ai décidé de réduire la culture de coton à cause de la mise en place tardive de l’engrais. Nous n’avons pas encore reçu les quantités dont nous avons besoin», répond le paysan. Qui confirmera que l’hivernage débute bien cette année, comparée à l’année dernière.

«Je suis très satisfait du début de l’hivernage. Les semis ont poussé. La pluie est assez intéressante», a déclaré le ministre Modibo Keïta. Qui avait auparavant visité les champs de mil, de riz et de maïs de Adama Théra. Militaire à la retraite, ce dernier dispose de 9 hectares qu’il détient à la périphérie de la Faya. Sur lesquels six hectares sont mis en valeur dont un hectare de maïs, un hectare de riz et 4 hectares de mil.

La visite a pris fin à la Hacienda de Babou Diallo. Ancien employé de Microsoft aux USA, cet expatrié a investi dans l’agriculture. Il emploie 11 travailleurs permanents et beaucoup de femmes de façon temporaire. Sur ses 23 hectares 20 sont entourés à l’aide de fil de fer. Dans cet endroit verdoyant l’agrobusiness man élève des vaches, de la volaille, cultive du maïs, produit du mil, de la mangue, des oranges, du miel, des tubercules…  

La zone est, par ailleurs, confrontée à un problème d’eau notamment en saison sèche. Le village regorge plusieurs marigots exploitables en toute saison, a affirmé le maire de la Commune de Zan Coulibaly, Amara Diakité.

Au regard de ce potentiel, a répondu le ministre Modibo Keïta, «nous pouvons faire des irrigations de proximité en réalisant des micro-barrages dans le cadre du programme d’eau agricole qui verra le jour bientôt. Il faudrait que des zones comme Korokoro soient privilégiées en vue de permettre aux agriculteurs et aux éleveurs de pouvoir mener leurs activités 12 mois/12, contre cinq mois présentement». Ce qui pourrait, selon lui, maintenir les jeunes sur place, réduisant ainsi les migrations irrégulières et ses conséquences désastreuses.

Source : L’ESSOR

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1 commentaire

  1. Y a-t-il suffisamment d’engrais organique pour répondre aux besoins des paysans maliens? Ne perdons pas de vue que la quantité qu’il faut pour une surface va en exponentielle et le sac est très cher pour le budget des exploitations familiales de notre pays. Il faut reconnaitre que cette option n’est bénéfique pour le monde rural, car cela touchera très fortement leur marge bénéficiaire cette année.

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