visite de Macron en Afrique : Pour des dirigeants africains, la France n’est plus le meilleur gage de la stabilité de leur régime

0

Le président Emmanuel Macron vient d’effectuer (du 25 au 28 juillet 2022) une tournée au Cameroun, au Bénin et en Guinée-Bissau). Que pensez-vous de cette tournée ? Le choix de ces pays découle-t-il d’un changement dans la politique diplomatique de la France en Afrique ? Ce changement a-t-il un lien avec la crise sanitaire liée au Covid-19 et à la crise alimentaire liée à la guerre en Ukraine La réduction de la présence militaire de la France en Afrique est-elle prévisible ? Autant de questions que nous avons posées à des intellectuels maliens de différents domaines.

TIÉGOUM BOUBÈYE MAÏGA, CHRONIQUEUR POLITIQUE

«Chassée du Mali et de la Centrafrique, la France est obligée de voir à la baisse ses effectifs en Afrique»

Je note que cette visite d’Emmanuel Macron intervient juste après sa réélection. Le président de la France se trouve ici sur le double terrain de la géopolitique et de la géostratégie. Le Cameroun est le pays le plus important en Afrique centrale. La France a besoin de marquer sa présence au moment où elle a perdu toutes ses positions en Centrafrique avec le Gabon qui adhère au Commonwealth, le Tchad qui est en zone de turbulence alors que le Cameroun même vient de signer un accord de défense avec la Russie. Pour la Guinée Bissau, le président Umaro Sissoco Embaló vient d’être porté à la tête de la Cédéao. Macron voudrait bien passer par lui pour faire passer ses messages, surtout que des pays comme le Mali, la Guinée Conakry et le Burkina font l’objet d’une surveillance de l’organisation sous régionale.

Ce choix de ces pays découle-t-il d’un changement dans la politique diplomatique de la France en Afrique ? Oui, un peu quand même. Le premier mandat de Macron a été placé sous le signe de la démocratie, des droits de l’homme. Or visiblement, Macron semble revenu à la réalité. Il est plus question de stabilité. Et Macron fait un peu profil bas.

Cette tournée a certainement un lien avec la crise ukrainienne. Macron assiste à la perte des positions françaises au profit des Russes. Tout comme il a vu qu’à l’ONU beaucoup de pays africains se sont abstenus de condamner la Russie. Cela vaut une mobilisation au plus haut sommet de l’Etat français au moment où le sentiment anti-français est grandissant.

La France avait annoncé en 2019 la possibilité de réduire la voilure de ses missions militaires ou carrément leur retrait. Chassée du Mali et de la Centrafrique, la France est obligée de revoir à la baisse ses effectifs en Afrique. Surtout que l’opinion publique comprend de moins en moins cette présence en Afrique avec son lot de morts !

CHEICK BOUCADRY TRAORÉ, LEADER POLITIQUE

«Le Covid-19 a rendu l’Afrique plus consciente de sa vulnérabilité et de son insignifiance aux yeux de l’Occident»

La France fait face à des concurrents qui, contrairement à elle, ont déplié une coopération plus réaliste qui épouse l’espoir des populations africaines et la vision des dirigeants africains. Pour preuve, le chef de la diplomatie russe (Sergueï Lavrov) est sur le continent au moment où le chef de l’État français entame sa tournée africaine. La France fait face à beaucoup de

Cheick Boucadry Traoré
Cheick Boucadry Traoré
(Photo maliweb.net)

dommages économiques, géopolitiques et géostratégiques à la fois ces temps-ci. Elle essaie donc d’ajuster sa politique de façon ciblée et surtout l’adapter aux réalités du terrain après une importante perte d’influence en Centrafrique, où se sont engouffrés les Russes, le Gabon et le Rwanda qui ont rejoint le Commonwealth.

Nous ne sommes pas encore dans les petits secrets de Jupiter. Ceci étant dit, nous savons que les trois pays visités (Cameroun, Bénin et Guinée Bissau) sont limitrophes des zones en proie au jihadisme et directement menacés. Le président Macron n’avait jamais visité le Cameroun dont la position est pourtant stratégique et les liens avec son pays très solides en dépit des apparences. Il faut cependant retenir que, en avril, le renouvellement d’un accord de coopération militaire entre Yaoundé et Moscou avait fait tiquer à Paris. Le choix du timing surtout : en pleine guerre en Ukraine et alors que Yaoundé s’est abstenu de voter les sanctions à l’ONU ! Le Bénin est un pays menacé directement par l’État islamique. En ce qui concerne la Guinée Bissau, nous ne savons pas si ce pays offre encore l’asile ou ferme les yeux voire soutient les rebelles casamançais du Sénégal.

Comme nous l’avons déjà souligné, la France essaie donc d’ajuster sa politique en Afrique, un continent très courtisé aujourd’hui à cause de ses ressources. Malheureusement pour la France, son influence est en berne. Son ascendant sur ses anciennes colonies a explosé, laissant place à une sorte de désenvoûtement dont profitent d’autres joueurs comme la Russie et l’Inde.

Les autorités françaises paraissent encore plus fébriles. Outre la Russie, des pays comme la Chine, l’Allemagne et la Turquie cherchent à étendre leur influence commerciale et militaire sur le continent en multipliant les partenariats bilatéraux. Notre sentiment est que Paris s’est trop investi dans la «lutte contre les jihadistes» en jouant au gendarme au détriment de la diplomatie et du business as usual. Nous devons noter aussi que l’Élysée veut qu’on sache qu’Emmanuel Macron veut faire de l’Afrique l’une des priorités de son second quinquennat face à la concurrence de la Chine et de la Russie. Et cela en pariant sur le «soft power» (méthode douce) plutôt que sur la politique ou le militaire, ses outils traditionnels d’influence. Nous verrons ce que cette nouvelle géostratégie donnera.

La pandémie de Covid-19, piteusement gérée par les Occidentaux, a révélé les limites de leur hégémonie. Désormais, l’Occident a perdu son autorité morale. La pandémie a aussi rendu l’Afrique plus consciente de sa vulnérabilité et de son insignifiance aux yeux des égoïsmes des pays dits riches. Elle lui a permis de constater, concrètement, qu’elle devra désormais compter sur elle-même face aux grandes tragédies humaines. C’est pourquoi beaucoup de pays non occidentaux insistent aujourd’hui sur un ordre international plus juste.

Aussi, le continent, très dépendant des Russes et des Ukrainiens pour ses importations de blé, subit de plein fouet les conséquences de la guerre en Ukraine. En tournée en Afrique, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov se livre à une offensive de charme et insiste sur le fait que la Russie n’ait jamais été responsable des crises de l’énergie et des denrées alimentaires qui touchent durement certains pays africains.

Nous sommes en accord avec l’analyse du président Vladimir Poutine et du chancelier allemand Olaf Scholz sur les nouvelles transformations géopolitiques.  En effet, une nouvelle époque de l’histoire mondiale approche et cela conduirait sûrement à la création d’un nouvel ordre mondial ou d’un nouveau monde «multipolaire». Il sera très difficile pour l’occident de préserver l’ordre mondial existant. La France semble comprendre que les changements sont irréversibles d’où sa nouvelle démarche et approche envers l’Afrique…

ABDOURHAMANE DICKO, CONSULTANT

«Cette visite a une portée géostratégique car le pré-carré traditionnel de la France est menacé par la Russie»

Abdourhamane Dicko

Cette tournée s’inscrit, en temps normal, dans la vie des Etats. Mais au regard des défis que rencontre la France en Afrique francophone, cette visite a une portée géostratégique d’autant plus que la France est confrontée à un rejet de sa politique d’une part et, d’autre part, son pré-carré traditionnel est menacé par la Russie. Aujourd’hui, la lutte contre le terrorisme occupe une grande place dans la préoccupation des Etats africains. Et deux des Etats choisis par Emmanuel Macron sont concernés par cette problématique. Cela est d’autant plus important que des contestations anti-françaises ont eu lieu au Tchad et en Centrafrique. Le Cameroun servira de baume au cœur de Macron dans un environnement politique et sécuritaire assez peu favorable à la France malgré sa forte présence militaire au Tchad. Le Cameroun se bat contre Boko-Haram, en plus du séparatisme anglophone.

Macron a 44 ans et Biya est au pouvoir depuis plus de 40 ans. Les regards croisés verront probablement des défis communs mais divergeront sur les approches de solutions, surtout en termes de respect des droits de l’homme, d’espace d’expression pour l’opposition politique…

Quant au Bénin, il connaît des incursions djihadistes sur son territoire à partir du Burkina Faso. La France peut donc rechercher à vendre son «expertise» même si elle a connu des résultats diversement interprétés au Mali depuis 10 ans de présence continue avec Serval et Barkhane ainsi que les opérations ad hoc Takuba et G5 Sahel. La France déclare être engagée à repenser ses dispositifs militaires. Mais la France doit surtout vendre ses dispositifs aux Chefs d’Etat africains.

Emmanuel Macron devrait aussi faire du plaidoyer-lobbying pour les entreprises françaises au Bénin où l’homme d’affaires devenu président ne partage plus les affaires avec les entreprises françaises. Cette visite au Bénin est tout de même «délicate» car Emmanuel Macron devra aussi aborder la sensible question des opposants politiques.

Quant à la Guinée-Bissau, Emmanuel Macron discutera assurément de stabilité institutionnelle interne, mais aussi et surtout de la Cédéao dont ce pays assure actuellement la présidence. La question du Mali et du Sahel sera au centre de la rencontre, mais les Maliens et les Africains gardent un œil sur la Guinée-Bissau dont le président n’a jamais caché ses origines maliennes et qui s’est déjà rendu à Bamako pour rencontrer les autorités de la transition.

En même temps, le président Bissau guinéen avait été accusé, par une partie de la population malienne d’avoir rallié la position de la France pour appuyer les sanctions économiques et financières de la Cédéao et de l’Uémoa contre le Mali. Toute attitude de la Guinée-Bissau allant dans le sens d’une convergence de vues avec la France dans le dossier malien, entraînerait des mouvements d’humeur au sein des populations maliennes et des autorités de la transition.

Il conviendrait de rappeler que le problème de la France n’est pas ses relations avec les chefs d’Etat, mais celles avec les populations africaines, la jeunesse intellectuelle africaine, les panafricanistes, nonobstant le nouveau format du sommet Afrique-France de Montpellier (le 8 octobre 2021). Aujourd’hui, la France n’est plus une assurance, pour les Chefs d’Etat africains, de stabilité politique.

Le choix des pays visités ressemble à un «redressement» de la politique diplomatique de la France en Afrique francophone où rien n’est plus garanti pour les autorités françaises actuelles. Le ressentiment de plus en plus grandissant des populations africaines contre la politique française en Afrique ne permet plus de maintenir la même approche ni les mêmes solutions jusque-là plus centrées sur les besoins de la France que des pays africains. Cet engagement de la France à repenser sa politique militaire vaudra aussi pour sa politique diplomatique et sa politique de développement. La visite essaierait-elle de faire passer les affaires et les armes avant la démocratie ? Quel poids sera plus lourd entre les intérêts économiques et les droits de l’homme ?

Le monde évoluant aujourd’hui dans un espace commun, les crises affectant une partie de l’humanité touchent aussi toutes les autres parties comme viennent de le démontrer au monde le Covid-19 et la «guerre» en Ukraine. Il y a visiblement un changement de paradigme, de vision et de politique dans les relations entre les pays. Jamais la concentration des Etats sur leurs intérêts n’a été aussi grande qu’avec la guerre en Ukraine qui a plongé l’Europe dans une période d’incertitude dans le fonctionnement quotidien des Etats et des institutions. La recherche de la diversification des moyens d’indépendance n’a jamais été aussi promue. L’Afrique ne restera pas en marge de cette nouvelle dynamique. Et Emmanuel Macron le ressentira dans les doléances et préoccupations des pays qu’il visitera. Le Cameroun est «une mine agricole, son sous-sol est riche en pétrole». Sa terre et son sous-sol sont très convoités.

La présence militaire serait envisageable à long terme si la dynamique conflictuelle de la France avec les pays africains se poursuivait. Il est clair que le ressentiment contre la France est perceptible dans de nombreuses capitales africaines, mais il est aussi évident que les pays africains ne disposent pas des moyens militaires pour contrer le terrorisme/jihadisme, surtout sur la durée. Ils sont ainsi tributaires de l’assistance de la France, même si celle-ci n’est plus le premier choix de partenariat.

MORIBA DABO, JOURNALISTE

«Avec Macron, la France perdra certainement ses ex-colonies»

Cette tournée à pour but de soigner l’image de la France que Macron a détérioré durant son quinquennat, je voudrais dire qu’il a détruit ce que ses prédécesseurs ont construit avec les pères de l’indépendance africaine.

Moriba Dabo

La politique étrangère de la France en Afrique sous Macron a atteint ses limites.

Le changement qu’il veut aujourd’hui amorcé n’a aucun rapport avec le Covid-19 ni avec la guerre en Ukraine. Les Français ont seulement peur du monitoring Russe en Afrique. Avec Macron, la France perdra certainement ses ex-colonies. Et je pense honnêtement que la réduction militaire de la France ne verra jamais le jour. Au contraire, elle cherche à renforcer sa présence à travers ce voyage en Afrique dans des pays où elle espère vendre son expertise militaire. Au-delà des questions d’insécurité et de terrorisme, l’Afrique semble être un terrain d’expérimentation des armes de dernière génération. Faut-il rappeler que les campagnes électorales sont également financées par les industries d’armement.

FOUSSEYNI CAMARA, INTELLECTUEL/SYNDICALISTE EN France

«Macron était en Afrique pour sauver les meubles face à l’avancée fulgurante de la Russie»

Fousseyni Camara

Je dirais donc que c’est plus une continuité de politique diplomatique que d’un changement de politique. La France perd du terrain en Afrique de l’ouest avec le Mali. Elle veut ainsi resserrer les liens avec ses alliés traditionnels comme le Cameroun et le Bénin. N’oublions pas que le président de la Guinée Bissau est le nouveau président de la Cédéao et un francophile qui parle très bien français. C’est donc une visite stratégique. En diplomatie tout est négociable. Si la France a des choses à proposer aux États africains, Macron sait qu’ils seront preneurs…

Le départ de la France du Mali ne signifie pas réduction de sa présence en Afrique. La preuve est que tout ce qui est en train d’être démonté à Gao est aussitôt remonté à Niamey. C’est un leurre de croire qu’il y aura une diminution de la présence militaire française sur le continent. L’armée française est présente au Niger, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Tchad, au Gabon, etc. C’est juste une réorganisation face à l’offensive militaire russe en Afrique à travers Wagner.

Je pense que les intérêts de la France en Afrique occidentale sont menacés du fait de l’instabilité naissante due au terrorisme d’une part et d’autre part avec la série de coups d’Etat au Mali en Guinée et au Burkina. Et, enfin il faut comprendre que le choix de la Guinée Bissau est très pertinent eu égard au poste de président de la Cédéao qu’occupe Umaro Sissoco Embaló. Le président bissau-guinéen pourrait être la nouvelle voix (porte parole) de Macron en Afrique de l’ouest du fait que ADO (Alassane Dramane Ouattara) est vieillissant et Macky Sall désavoué et son rêve de 3e mandat s’estompe.

Ces deux dirigeants sont perçus par les peuples de l’espace Cédéao comme des représentants de la France en Afrique de l’ouest. Au-delà de tout çà, la crise alimentaire  s’invite dans la préoccupation de l’Afrique. Au Cameroun, Macron a évoqué la question en pointant du doigt la Russie de se servir de l’énergie et des aliments comme arme pour plonger le monde dans cette crise.

La réduction de l’effectif de l’armée française est envisageable avec la ré-articulation actuelle des militaires français déjà presque hors du champ malien. La France risque fort bien de se tourner vers le Bénin qui connaît à ce jour quelques percées de groupes terroristes et la Guinée Bissau qui souffre d’une perpétuelle menace de déstabilisation institutionnelle (rupture de l’ordre constitutionnel). De nouveaux partenariats avec ces pays sont donc envisageables.

Pour résumer,  je pense que cette tournée a été une opération de séduction pour essayer de sauver ce qui peut l’être. Le cas du Cameroun défi toute logique car la situation de Paul Biya reste indéfendable. Cet homme est arrivé au pouvoir quand  le président Macron avait à peine 5 ans. Le périple Camerounais à part la lutte contre le terrorisme est un vrai mystère

MOUSSA SEY DIALLO, LEADER POLITIQUE

«La présence de l’armée français en Afrique est une vitrine pour sa technologie militaire moderne»

Je pense que la France doit reprendre la main dans son pré-carré. La Russie a besoin d’une zone d’influence et elle a compris que les anciennes colonies françaises sont dans une phase de rupture. Elle a donc un coup à jouer. Mais, la France doit resserrer les liens pour ne pas perdre la face. C’est pourquoi elle se devait de réagir rapidement.

Moussa Sey Diallo

Le Cameroun est une puissance régionale, donc il faut obligatoirement réactiver les relations avec ce pays pour consolider sa position en Afrique centrale. Et cela d’autant plus que le Gabon a rejoint le Commonwealth présentement. Même si Libreville veut garder ses anciens rapports avec la France, l’acte peut avoir des conséquences néfastes pour cette dernière concernant ses relations avec ses anciens pays colonisés de façon générale.

Pour le Bénin, la France veut optimiser son action de restitution des objets d’art en montrant aux autres pays francophones d’Afrique, qui ont aussi des objets dans ses musées, que c’est possible pour eux également. En plus, elle veut faire croire que les relations entre elle et ces pays ont atteint un autre niveau et que cette phase est empreinte de plus de respect. Quant à la Guinée Bissau, son président préside aujourd’hui la Cédéao. Sur le plan de la géopolitique sous-régionale, il est actuellement incontournable.

Je ne pense pas que cette visite revêtait un changement qui a un lien avec la crise sanitaire liée au Covid-19. Mais la crise Russie/Ukraine peut être sentie en arrière plan. Sinon ce déplacement est plus politique, je dirais même pour être plus précis, qu’il est géopolitique. Le président français est venu ouvrir une période de lobbying pour ne pas laisser l’Afrique lui échapper. Il ne faut pas oublier que les éléments nécessaires au confort de l’Europe se trouvent en Afrique. En perdant son poids en Afrique, la France perdra beaucoup, surtout avec la nouvelle génération africaine avec qui une nouvelle configuration est en train de se faire. S’il faut passer par des subterfuges pour se maintenir dans la course ou même reprendre son leadership absolu, elle n’hésitera pas à passer par cela.

Ce qui fait que la réduction de sa présence en Afrique reste dans l’ordre de l’utopie. Il faut prendre en compte que cette présence est une affirmation de la puissance de la France face au monde. Elle est une vitrine pour sa technologie moderne militaire, elle permet à l’armée française de se maintenir en situation opérationnelle. Elle est aussi une opportunité pour les affaires. Et, enfin, cette présence aide énormément en matière politique dans son pré-carré qui, actuellement, peut lui glisser de ses mains. Renforcer la présence militaire de la France en Afrique est une opération de vie ou de mort pour ce pays. C’est pourquoi ses autorités seront prêtes à tout pour que cela reste une réalité.

MAKY CISSÉ, EXPERT EN GÉOPOLITIQUE/MSADS

«La France entend tirer les leçons de son engagement au Mali pour éviter les écueils à l’avenir»

Pour le second déplacement international de son 2e mandat, Emmanuel Macron a décidé de se rendre en Afrique (Cameroun, Bénin, Guinée-Bissau) du 25 au 28 juillet 2022. Le président Français estime, à juste titre, que les destins de la France et du continent africain sont étroitement liés. Qu’est-ce à dire ? La réponse est simple : quand la France réussit en Afrique, c’est bon pour l’Afrique et quand l’Afrique se développe, c’est bon pour la France.

Aujourd’hui avec cette nouvelle génération, la France est la seule puissance qui souhaite sincèrement la réussite du développement africain. La politique du «pré carré», qui consiste pour Paris à s’intéresser en priorité aux pays issus des anciennes Afrique occidentale et Afrique équatoriale françaises (AOF et AEF) est-elle condamnable ? Absolument pas. Les liens historiques, politiques, économiques, linguistiques, culturels et affectifs, tissés avec ces territoires depuis Jules Ferry, ont forgé un magnifique patrimoine humain commun qu’il serait dommage de laisser en déshérence. D’autres puissances, telles que la Chine, la Russie et la Turquie, s’y intéressent…

Le président français, Emmanuel Macron a ouvert la porte depuis mercredi, à la veille du 14 juillet passé, à une transformation de l’offre militaire française en Afrique. Celle-ci va évoluer vers un dispositif plus discret qui imposera la révision de l’ensemble des dispositifs français en Afrique. Ce changement de cap intervient alors que l’armée française est en passe de quitter le Mali à la fin de l’été et qu’elle a des milliers de militaires impliqués dans la lutte anti-jihadiste au Sahel.

Le président français, E. Macron, a affirmé sa volonté de «réussir à bâtir dans la durée une intimité plus forte avec les armées africaines, reconstruire une capacité à former, ici et là-bas», tout en restant en deuxième ligne… Le président Macron a par ailleurs évoqué la nécessité d’un «continuum entre son offre diplomatique,  des actions rénovées pour le partenariat africain, nos actions de développement» en Afrique. «C’est un changement de paradigme profond», a-t-il martelé. En effet, la France, ancienne puissance coloniale d’une partie des pays du continent, y maintient une forte présence militaire. Outre son engagement au Sahel, en pleine restructuration, elle a des éléments déployés au Sénégal, au Gabon, en Côte d’Ivoire et à Djibouti.

Alors que le chantier d’une refondation de la stratégie militaire française en Afrique est en cours d’élaboration depuis de longs mois, le bras de fer entre Paris et Bamako, puis la guerre en Ukraine sont devenus des facteurs d’accélération de la réflexion. La France entend tirer les leçons de son engagement au Mali, notamment pour éviter les écueils passés. Elle change donc de paradigme, avec une présence partenariale plus discrète. Aujourd’hui, se déployer avec une armada n’est plus dans l’air du temps. Désormais, l’armée française offrira son soutien, mais en deuxième ligne. Une manière de réduire la visibilité de son action, qui irrite dans les sociétés africaines, tout en maintenant une présence dans cette zone d’influence historique…

Propos recueillis par

Moussa Bolly

Commentaires via Facebook :

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here