Stock national de sécurité de produits pétroliers : Une réponse stratégique face à une fragilité structurelle
La création d’un stock national de sécurité de produits pétroliers marque une étape importante dans la gestion énergétique du pays. Mais cette décision, prise après plusieurs pénuries, hausses de prix et attaques de convois, soulève aussi la question d’une réaction venue après plusieurs signaux d’alerte.
Réuni le 1er avril 2026, le gouvernement malien a adopté les textes instituant un stock national de sécurité de produits pétroliers liquides et gazeux, avec une capacité de couverture annoncée de 45 jours de consommation pour le super carburant, le gasoil, le jet A1 et le gaz butane. La mesure vise à réduire les risques de rupture d’approvisionnement dans un pays fortement dépendant des importations, alors que les tensions logistiques et sécuritaires se sont multipliées ces derniers mois.
Les chiffres officiels donnent la mesure de cette dépendance. Les importations de produits pétroliers ont atteint 2 665 106 m³ en 2024, contre 2 621 513 m³ en 2023, soit une progression de 1,66%. Pour le gaz butane, les volumes sont passés de 13 847 tonnes à 15 838 tonnes, soit une hausse de 14,38%. Ces volumes confirment le rôle central des hydrocarbures dans le fonctionnement quotidien de l’économie, du transport routier à la production d’électricité.
Cette annonce intervient quelques jours seulement après la hausse des prix du carburant entrée en vigueur le 28 mars 2026. Le litre de super est passé de 775 Fcfa à 875 FCFA, soit +100 FCFA, tandis que le gasoil a connu une augmentation plus marquée, passant de 725 Fcfa à 940 Fcfa, soit +215 Fcfa. Cette hausse, particulièrement lourde pour le diesel, a immédiatement affecté les transporteurs, les industriels et surtout les centrales d’EDM-SA, dont le fonctionnement reste étroitement lié au gasoil.
La question qui se pose est celle du timing. Pourquoi avoir attendu une succession de pénuries, des files d’attente dans les stations, des délestages aggravés et plusieurs attaques contre les convois pour mettre en place un outil qui existe déjà dans de nombreux pays ? L’attaque du 29 janvier 2026 contre un convoi dans l’ouest du pays, après plusieurs escortes de 300 à 400 citernes, a surtout révélé une fragilité devenue structurelle.
Le stock stratégique constitue une réponse utile, mais 45 jours de couverture peuvent paraître limités pour un pays enclavé, exposé à la fois aux tensions régionales, aux contraintes des corridors et à une forte demande énergétique intérieure. La pression reste particulièrement forte sur le gasoil, devenu une ressource essentielle pour le transport, l’activité économique et l’alimentation des centrales électriques.
Plusieurs pays africains ont adopté des approches plus complètes. Le Sénégal a progressivement renforcé ses réserves tout en diversifiant ses sources avec le gaz et les énergies renouvelables. Le Maroc a, de son côté, associé les capacités de stockage à des investissements massifs dans le solaire et l’éolien. Dans ces cas, le stock de sécurité n’est qu’un maillon d’une politique énergétique plus large.
Le véritable enjeu reste donc la suite. La sécurisation durable des corridors, la transparence sur le niveau réel des réserves et surtout la réduction progressive de la dépendance au diesel seront déterminantes. Sans cela, ce stock risque d’être perçu moins comme une solution durable mais une réponse tardive à une crise qui s’installe depuis plusieurs années.
Cheick B. CISSE