La police marocaine démantèle un réseau de trafic de drogue lié à AQMI : Son chef, l'Espagnol Miguel Angel Devesa et deux de ses comparses sont écroués à Bamako pour assassinat

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    L’Indépendant avait vu juste en annonçant dans son édition du vendredi 27 août 2010 que : "Cinq jours après l’assassinat par balles de l’Ukrainien Thomas alias Johnny suivi de la mutilation de son corps, les limiers du Commissariat de police du 3ème Arrondissement continuent de percer les mystères qui entourent cette macabre affaire. Le chef de bande, l’Espagnol Miguel Angel Devesa, le Vénézuélien Gustavo Valencia et le Portugais Souza Miranda appartiendraient à un puissant réseau international de narcotrafic et de blanchiment d’argent". Effectivement, Miguel Angel Devesa, en prison au Mali, suite au crime commis sur son chauffeur, à savoir l’Ukrainien Thomas, a été identifié par la police marocaine comme le patron d’un puissant réseau transfrontalier démantelé à Salé, ville jumelle de Rabat. Ce réseau a réalisé huit opérations, introduisant ainsi 600kg de cocaïne dans ce pays, pour la transporter ensuite en Europe, après avoir traversé l’Algérie et la Mauritanie.

    Sous le couvert d’un respectable consortium espagnol d’investissement immobilier, Miguel et sa bande se sont installés à Bamako pour opérer en Afrique subsaharienne, à partir de laquelle la drogue en provenance de la Colombie, est réacheminée vers l’Europe, via la ville marocaine de Salé.

    Il a fallu le flair et la compétence de la police malienne, plus précisément celle du 3ème Arrondissement, pour mettre la main sur cette bande qui venait de tuer un de ses membres, l’Ukrainien Thomas alias Johnny. Après l’avoir abattu d’un coup de feu tiré à bout portant, ils lui ont fracassé la tête avant de découper son corps en plusieurs morceaux à l’aide d’une tronçonneuse.

    Ces caïds, qui se faisaient passer pour d’honnêtes investisseurs immobiliers, avaient loué des bureaux à l’immeuble UATT, en plein centre ville, pour se donner un air de respectables hommes d’affaires. Mais le gardien des lieux révélera plus tard aux limiers que Miguel et sa bande ne venaient dans lesdits locaux que nuitamment et n’y passaient guère plus de deux heures d’horloge.

    Les enquêteurs du 3ème Arrondissement ont aussi découvert que les membres de ce gang sont entrés illégalement sur le territoire malien car n’étant enregistrés nulle part au niveau de la police des frontières.

    Les investigations sur leurs activités avaient révélé que ces bandits étaient en fait de gros trafiquants de drogue, liés à l’affaire du mystérieux avion "Air Cocaïne" qui s’était posé en catastrophe à Gao et avait défrayé la chronique en son temps. Depuis vendredi dernier, on a la certitude que ce groupe était basé à Bamako pour piloter les agissements d’un réseau international de drogue, en relation avec Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

    En effet, la police marocaine vient de démanteler leur réseau, suite à l’arrestation de 34 de ses membres, actuellement incarcérés, sous haute surveillance, à la prison de Salé, une ville marocaine qui offrait des avantages stratégiques au développement du trafic international de drogue vers l’Europe, notamment grâce à sa position de centre d’échanges entre l’Europe et le Maroc.

    En effet, la ville portuaire de Salé, située à l’embouchure du Bou Regreg, en face de Rabat, est un endroit idéal pour rallier le Portugal et l’Espagne à vol d’oiseau. C’est une ville cosmopolite, commerciale et touristique.

    Plusieurs nationalités s’y côtoient dans une atmosphère de business qui ne favorise pas des soupçons sur les activités criminelles du réseau qui vient d’être démantelé.

    L’Espagnol Miguel, incarcéré à Bamako suite au meurtre de son compagnon Ukrainien, est identifié comme le cerveau de ce réseau de trafic international de drogue qui était en collusion avec AQMI.

    Entre mars et août 2010, ils ont mené  huit opérations, introduisant ainsi au Maroc, à destination de l’Europe, 600 kg de cocaïne à travers les frontières algérienne et mauritanienne. C’est un grand coup de filet que vient de réussir les services de sécurité du Maroc qui ont exploité des renseignements et procéder à des filatures pour finalement dénouer l’écheveau.

    Trente deux hommes et deux femmes participaient à ce trafic transfrontalier. Après leur audition, qui a démarré le vendredi dernier à 18 heures, pour se terminer le samedi à 6 heures du matin, le juge d’instruction chargé des affaires de terrorisme près l’annexe de la Cour d’appel à Salé les a mis sous mandat de dépôt. Ils sont actuellement écroués à la prison de Salé.

    Le ministre marocain de l’Intérieur, M. Taieb Cherqaoui, a rencontré la presse vendredi dernier pour confirmer l’information relative au démantèlement de ce réseau et l’arrestation des 34 personnes. Il en a profité pour préciser que le cerveau au Maroc, lui aussi arrêté, est un ressortissant espagnol. Mais rien à voir avec le responsable de cette organisation criminelle, également de nationalité espagnole, détenu actuellement au Mali, comme le précise le ministre.

    Nos enquêtes confirment que ce chef du réseau détenu à Bamako n’est autre que Miguel Angel Devesa, celui-là même qui est emprisonné à Bamako après avoir, avec ses deux gardes du corps, abattu froidement son chauffeur Ukrainien, avant de lui fracasser la tête et de découper son corps, comme un boucher le ferait d’une carcasse de mouton.

    La victime réclamait plus d’argent et a irrité ses compagnons qui l’ont éliminé. C’est connu : les caïds ne se disputent qu’au moment du partage du butin.

    Précision de taille de la part du ministre marocain Taïeb Cherkaoui, rapporté par l’Agence Maghreb Arabe Presse (MAP) : ce réseau international est dirigé par des barons de nationalité colombienne et espagnole qui entretiennent des liens solides avec Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) et des cartels basés en Amérique latine, avec la complicité de trafiquants marocains.

    Selon le ministre, "la drogue en provenance de Colombie et du Venezuela arrivait dans le nord du Mali, où elle était stockée. De là, AQMI lui faisait traverser le Sahara – par la Mauritanie ou l’Algérie – pour l’acheminer au Maroc, voire jusqu’en Europe". On est, dès lors, sur les traces de ceux qui auraient affrété "Air Cocaïne", cet avion qui avait mystérieusement atterri en catastrophe dans un endroit désertique de Gao et retrouvé, par la suite, vidé de son contenu.

    Aujourd’hui, c’est une Lapalissade de dire que la région ouest africaine est devenue une zone de transit pour les trafiquants de drogue venant de l’Amérique latine, en direction de l’Europe. Ce qui appelle, de la part des Etats concernés, le renforcement et l’élargissement du dispositif de lutte contre la drogue.

    "Nous sommes devant une coordination manifeste et une collaboration avérée entre les éléments terroristes liés à AQMI et les réseaux de trafic de drogue", a affirmé sans fioriture le ministre marocain, dont les propos sont sans équivoque : "Les faits montrent que les éléments terroristes, en quête de fonds nécessaires pour financer leurs activités terroristes, recourent à tous les moyens et tirent profit de leur connaissance du terrain du Sahara, difficile d’accès, et des armes en leur possession, ainsi que des moyens de transport adéquats, pour assurer la protection nécessaire aux barons de drogue dans leurs mouvements dans la région sahelo-saharienne…En cherchant à s’assurer un passage sécurisé pour le trafic de cocaïne vers la péninsule ibérique et l’Europe, ce réseau a tissé des liens solides avec des trafiquants marocains de chira, en vue d’acheminer cocaine et chira par voie maritime ou en utilisant des avions légers, qui ont violé, maintes fois, l’espace aérien marocain, particulièrement dans les régions nord, à partir de l’Espagne et du Portugal".

    M. Cherqaoui a estimé que partant de ces données, il est impératif que tous les pays concernés fassent preuve de vigilance, qu’ils jettent et renforcent les ponts de coopération dans le domaine sécuritaire et qu’ils mettent en place des stratégies communes, anticipatives et préventives pour faire face aux dangers qui les guettent.

    Les membres de ce réseau, faut-il le préciser, sont poursuivis, chacun en ce qui le concerne, pour "constitution de bande criminelle spécialisée dans le trafic international de drogue (cocaïne et chira), menace de mort, séquestration, rapports sexuels illégaux, trafic de devises, violation de la loi sur le change et participation".

    Amadou Bamba NIANG

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