Perdue au jeu de cartes : Effondrée sur le sol

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    Sali avait bien de choses à faire. Avec une pointe d’impatience, cette femme de 61 ans, s’est calée dans un fauteuil de car de transport assurant la desserte de Bamako où elle est chargée de payer le trousseau d’une jeune fille appelée s’unir pour le meilleur et le pire le dernier dimanche d’avant fête de Tabaski.

    Son tympan délicat n’a pas souffert un instant des cris stridents d’un jeune homme débout devant une table de fortune sur laquelle sont disposées quelques cartes. « La noire est bonne, la rouge mauvaise » a-t- répété sans cesse. Autour de lui des gens à qui on a pu leur attribuer le même âge. Un s’est lancé à la rencontre de la vieille femme avec un ton insouciant comme le premier truand venu dont le génie adore les coups bas.

    Sali a semblé admirative du jeu qui à ses yeux est d’une simplicité débordante. Il suffit d’exercer ses yeux à bon escient au moment il montre, manipule les cartes, et l’affaire est dans le sac. C’est bien possible.

    Ce qu’elle n’a pas su, le monsieur venu à sa rencontre a servi à la fois de pêcheur, d’hameçon et d’appât. Le lecteur a certainement remarqué que le poisson se prend parfois à l’hameçon, mais que souvent il se contente d’avaler le malheureux appât pour disparaître ensuite tout frétillant.

    Trapue et solide malgré son âge, Sali a manifesté son désir de jouer avec une première mise de » 10.000 F CFA. Son calcul s’est résumé en quelques mots : « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Avec les gains empochés, non seulement elle allait acheter le trousseau, mais elle pouvait s’offrir d’autres choses et pourquoi pas alimenter ses maigres économies ».

    Les doigts cruels ont battu les cartes. Une petite démonstration est bien faite accompagnée du rappel des règles de jeu : «  la noire est victorieuse, la rouge est perdante ». Il valait mieux que Sali ne se fessât pas trop d’illusions sur son coup d’œil. Comme il fallait s’y attendre, elle a perdu au premier jeu. Bis repetita, elle a à cœur de prendre sa revanche. La mise n’a pas changé tout comme son envie. Second échec. Revoilà une troisième chance, cette fois-ci avec une mise de 20.000 F CFA, histoire de récupérer les pertes engendrées aux deux jeux précédents. Pas de chance encore.

    Sali est devenue pâle. Se prenant la tête baissée entre les mains, elle en est réduite à se demander comment elle va se procurer du trousseau de mariage, comment affronter les regards inquisiteurs au village. Elle serait la risée de tout le village. D’aucuns en concluraient à un détournement d’argent qu’elle n’a aucunement les moyens de rembourser. A cette pensée, des larmes ont mouillé ses yeux et ruisselé sur ses joues creuses.  Sa lèvre inférieure a tremblé légèrement et dans ses grands yeux la colère a fait place à une vague d’inquiétude, puis elle s’est écroulée sur le sol.

    Au lieu de porter secours à la vieille femme, l’opérateur de jeu et ses trois comparses ont pris leurs cliques et claques pour disparaître dans la nature avec dans leur besace les 40.000 F CFA de Sali.

     

     

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