À la Une: les deux versions d’un dimanche sanglant au Mali

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« La nouvelle année commence dans le sang et les larmes comme la précédente s’est achevée », déplore L’Informateur  à Bamako. L’Informateur qui rapporte « qu’une centaine de civils ont perdu la vie lors de frappes aériennes qui ont visé Bounti, village peul situé dans le cercle de Douentza, dans la région de Mopti. Le drame est survenu en pleines réjouissances de mariage dans la nuit de dimanche à lundi, affirme le site malien qui précise qu’un hélicoptère non identifié a ouvert le feu sur les civils, tuant donc une centaine de personnes et faisant de nombreux blessés. Les secours se sont vite organisés. Et les blessés ont été acheminés à Douentza. »

La MINUSMA dément toute implication…

Alors qui a tiré ? Quel est cet hélicoptère décrit par les témoins ?

En effet, « qui a bombardé le village de Bounti ?, s’interroge le site Maliweb. 48 heures après l’attaque le mystère reste entier. Contactée par le site malien, la MINUSMA, la mission des Nations unies au Mali, reconnaît implicitement la réalité de l’attaque. Mais dans un communiqué laconique, elle +confirme qu’elle n’est pas impliquée dans les évènements survenus+. La MINUSMA qui informe que sa division des Droits de l’Homme a initié une enquête. »

Autre question posée par Maliweb, « quel est le bilan réel de l’attaque ? Pas de réponse de la MINUSMA, pointe le site malien. La Direction de l’Information et des Relations publiques de l’Armée (malienne) et le service de Communication du ministère de la Défense également contactés par Maliweb n’ont pas souhaité s’exprimer sur la question. »

… de même que l’armée française

Qui a tiré ? Ce qui est sûr c’est que seuls, Barkhane, la MINUSMA et l’armée malienne possèdent des moyens aériens dans la région.

Hier, l’armée française a fini par s’exprimer, rapporte l’Agence France Presse. Dimanche, a affirmé l’état-major français, une patrouille d’avions de chasse a frappé à l’ouest d’Hombori (donc dans le même secteur) un rassemblement de jihadistes préalablement repérés après une opération de renseignement de plusieurs jours. Elle a « neutralisé » plusieurs dizaines d’entre eux, a ajouté l’état-major français qui précise que le comportement des individus, leur équipement et le recoupement du renseignement excluent autre chose qu’un rassemblement jihadiste comme Barkhane en frappe régulièrement. « Il ne peut y avoir de doute et d’ambiguïté : il n’y avait pas de mariage », a assuré un responsable militaire français.

Flou et non-dits…

Qui a tiré ? : la question reste donc entière… « L’Etat-major français est formel, pointe Ledjely en Guinée. Les cibles neutralisées dans la zone de Douentza dimanche par une patrouille d’avion de chasse de la force Barkhane ne correspondent en aucun cas aux victimes dont il est question dans la localité de Bounti. (…) Alors si l’on accorde le bénéfice du doute aux troupes françaises, il ne resterait plus que la piste de l’armée malienne, relève Ledjely. Il est vrai que par le passé, cette dernière s’est quelquefois rendue coupable d’exactions à l’endroit de civils. (…) En tout état de cause, entre la communication à minima de la France et le silence qu’adopte le Mali, il y a un flou et des non-dits. »

Bavure, manipulation ?

« Qui dit vrai dans cette histoire ? », se demande pour sa part L’Observateur Paalga au Burkina. « Il est difficile de faire le tri entre l’info et l’intox, de démêler la vérité des petits arrangements avec la réalité. S’agit-il d’une bavure, comme il en arrive parfois dans ce genre d’opération militaire, que l’armée française voudrait grossièrement maquiller, ou bien s’agit-il plutôt d’une tentative de manipulation de l’opinion menée par les djihadistes eux-mêmes, passés maîtres dans l’art de la désinformation et des fake news ? Allez savoir ! Il faut dire que dans cette guerre asymétrique qui a cours dans le Sahélistan depuis une dizaine d’années et où la perfidie est souvent érigée en art martial, il est difficile de distinguer sous la gandoura un djihadiste d’un paisible citoyen. Quoi qu’il en soit, conclut L’Observateur Paalga, cette affaire ne va pas arranger l’image de la France et de Barkhane, encore moins les relations de celle-ci avec les populations civiles dont la collaboration est nécessaire à la traque de la vermine terroriste. Cette polémique intervient en effet au moment où le sentiment antifrançais ne cesse de s’étendre, que ce soit au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, au grand dam d’Emmanuel Macron qui avait, il y a un an, lors du Sommet de Pau, enjoint à ses homologues du G5 Sahel de faire taire toutes ces voix discordantes qui appellent au départ de l’armée française du Sahel. »

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