Au Mali, des massacres impunis

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Une vingtaine d’enquêtes ont été ouvertes pour faire la lumière sur les tueries dans le centre du pays, mais de nombreux obstacles empêchent la justice d’aboutir.

Un panneau « Halte à l’amalgame » sous le bras, Idrissa Sidi Kondo dit son dépit. Entre tristesse et colère, il crie au milieu des manifestants : « Trop, c’est trop ! On en a marre ! Des forces du mal se sont immiscées entre nous et veulent nous diviser. Ce n’est pas un conflit entre civils dogon et peuls ! » Comme des milliers de Maliens, cet habitant du centre du pays est venu manifester à Bamako, vendredi 21 juin, pour dire stop aux massacres qui ne cessent d’endeuiller sa région depuis 2016. Pour lui, la solution passe avant tout par la justice : « Il faut que l’Etat mène des enquêtes afin que nous connaissions l’identité de ces groupes armés qui nous tuent. L’impunité doit cesser ! »

Quatre jours plus tôt, les villages dogon de Gangafani et Yoro ont été attaqués, causant la mort d’au moins 38 personnes. Dans la foulée, le Pôle judiciaire spécialisé de lutte contre le terrorisme a ouvert une enquête et une dizaine de personnes ont été interpellées, selon le procureur Boubacar Sidiki Samaké. En parallèle, ce pôle enquête sur deux autres massacres commis dans le centre du Mali : Ogossagou, 162 morts le 23 mars, et Sobane Da, 35 morts le 9 juin. Les autres dossiers sont gérés par le tribunal de grande instance (TGI) de Mopti. « Depuis décembre 2018, une dizaine d’enquêtes ont été ouvertes à mon niveau », précise Broulaye Samaké, un des deux juges d’instruction du TGI.

Au total, le gouvernement a annoncé avoir ouvert une vingtaine de procédures judiciaires. Mais Broulaye Samaké, en poste depuis 2016, le reconnaît : pour l’heure, le seul dossier qui a abouti à un jugement remonte à près de deux ans. Une trentaine de civils tués à Malémana, dans un des tout premiers conflits miliciens enregistrés dans le centre du Mali, au printemps 2016. Quelques mois plus tard, douze prévenus étaient jugés, accusés d’« assassinat, tentative d’assassinat, complicité d’assassinat, meurtre et détention illégale d’armes à feu ». Mais le jugement a laissé les rescapés sur leur faim : neuf des douze prévenus ont été acquittés, tandis que les trois autres ont été condamnés à une peine symbolique de cinq ans de prison avec sursis.

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