Prise d’otages à l’hôtel Radisson : Vendredi noir à Bamako

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Chronique du web : Le terrorisme ne passera !

Il était 7 heures moins, quand des hommes armés (2 ou 3) ont fait irruption, le vendredi 20 novembre dernier, à l’hôtel Radisson Blu de Bamako où se trouvait plus de 170 personnes de diverses nationalités. Arrivés à bord d’un véhicule immatriculé ‘’corps diplomatique’’, les assaillants, en criant « Allah Akhbar », ont neutralisé les vigiles de la société de gardiennage en charge de la sécurité de cet hôtel bien connu dans la capitale malienne qui accueille une clientèle étrangère. L’attaque aussitôt connue, les forces de l’ordre (policiers maliens, garde nationale, gendarmes français et forces de la Minusma) se sont mis en branle. Dès 8 heures, elles (les forces) avaient totalement bouclé la zone.  Un assaut a été donné par les forces d’intervention spéciales. L’opération, qui a duré plus de neuf heures de temps, s’est soldée par la libération de plus de 80 otages. 21 personnes, dont deux assaillants, ont perdu la vie.

Une fois dans l’hôtel, les assaillants, à la recherche d’otages, ont fouillé au premier, deuxième, troisième, quatrième jusqu’au 7e  étage. Ils auraient passé au peigne fin la quasi-totalité des  190 chambres que compte l’établissement. Au finish, les assaillants se sont retranchés au dernier étage avec environ 170 personnes : 140 clients et 30 employés.

À 9h53, outre des policiers et militaires maliens, des forces spéciales de la gendarmerie (le GIGN) sont arrivées sur place où étaient également visibles des éléments de la Minusma, et des forces françaises Barkhane.

Déjà à partir de 10h, l’on a vu deux femmes (qui n’avaient pas été pris en otage) en train d’être évacuées par les forces de sécurité. Au moment, l’on a appris de source de sécuritaire que de nombreux ressortissants étrangers, français, turcs et chinois, sont parmi les otages. Vers 10 heures 45mm, l’assaut a été donné. Les forces spéciales ont commencé a fouillé les chambres. Et 30 minutes plus tard, une dizaine de personnes a été évacuée. S’en suivra d’autres libérations, avant que le ministre de sécurité qui dirige les opérations ne fait savoir que : «l’objectif est de neutraliser les terroristes sans faire de victimes ». Il a aussi précisé à l’occasion que les trois morts n’étaient pas des otages, «ils ont été tués à l’arrivée des assaillants ». Dans la foulée, l’on a appris que le président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, en visite au Tchad, a décidé d’écourter sa visite.

À 11h16, une vingtaine de personnes sont libérées. À 12h11, la société Air France annonce que ses douze membres d’équipages présents ont été exfiltrés et sont en sécurité.

À 13h05, le colonel-major Salif Traoré s’est de nouveau adressé à la presse. Selon lui, les forces spéciales ont évacué une trentaine de personnes. D’autres ont pu s’échapper seules. Deux policiers ont été blessés a-t-il dit. Les forces spéciales fouillent l’hôtel chambre après chambre. Concernant les étrangers et d’éventuelles victimes européennes, l’officier confirme qu’il y a des étrangers, mais «nous préférons analyser les corps et identifier formellement avant de nous prononcer. Nous avons également deux policiers blessés au moment où je vous parle, c’est-à-dire parmi les forces spéciales qui sont intervenues et ont donné l’assaut.  Nous avons identifié l’étage où certains se sont retranchés et nous sommes en train de progresser vers cette position-là. Et le souci étant que ces éléments ne puissent pas faire d’autres victimes ». Et combien d’otages sont libérés actuellement ? Le ministre répond « nous en avons une trentaine qui ont été libérées par nos forces. Mais nous savons également qu’il y a un certain nombre qui ont pu s’échapper d’eux-mêmes. Ils sont arrivés vers 7 heures et ont fait des tirs en l’air, des rafales, et beaucoup ont pu s’échapper à ce moment-là. D’après la direction de l’hôtel, nous savons qu’il y avait à peu près 140 personnes hier soir. Mais au moment où les assaillants arrivés, un certain nombre était déjà sorti pour vaquer à leurs affaires. Donc les 140 n’étaient pas à l’hôtel. Nous sommes en train de les recenser par méthode de juxtaposition, mais ceux que nos forces ont pu faire sortir, il y en a une trentaine. Et nous sommes en train de les regrouper dans un gymnase non loin de l’hôtel Radisson pour les débriefer et pour prendre en charge les gens qui sont un peu choqués».

Après l’intervention du ministre, le groupe Rezidor, propriétaire du Radisson, a communiqué de nouveaux chiffres: 138 personnes toujours retenues en otage, dont 125 clients et 13 membres du personnel. Et à 15 heures, le ministère de la sécurité et de la protection civile a donné un bilan provisoire des otages libérés : 15 français, 2 ivoiriens, 4 turcs, 7 algériens, 1 russe, 1 canadien, 1 sénégalais, 1allemand, 2 espagnols, 4 chinois, et 45 maliens. Une dizaine de minute avant, l’armée américaine avait annoncé qu’au « moins 6 Américains ont été mis en sécurité après l’attaque ».

La joie suscitée par cette annonce fut de courte durée, puisqu’on a appris vers 15h25 qu’un Belge a été tué. Il s’agit d’un haut fonctionnaire au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui était en mission à Bamako dans le cadre d’une convention de collaboration avec la francophonie parlementaire pour une durée de trois jours. L’annonce de décès sera suivie d’une dizaine d’autres. Et à la fin de l’opération (vers 16 heures) l’on faisait état de 21 personnes tuées, dont deux assaillants.

 L’identité des assaillants

Des djihadistes sont-ils derrière cette attaque ? Jusqu’à la fin de l’opération de l’opération, aucune réponse officielle n’avait été donnée concernant l’identité des assaillants. Cependant, le mode opératoire faisait croire qu’il s’agissait d’un acte terroriste. «La méthode est terroriste. Mais l’identité des preneurs d’otages, on ne peut pas le savoir maintenant parce qu’il faudra pour cela les mettre hors d’état de nuire ou les récupérer vivants, pour savoir qui ils sont et quelles sont leurs motivations. Donc c’est trop tôt pour le moment pour le dire », avait laissé entendre, en mi-journée, le ministre en charge de la sécurité, Salif Traoré. Plus tard, des indices seront donnés sur l’identité des assaillants par certains otages libérés, dont l’artiste guinéen Sékouba Bambino qui a affirmé avoir entendu les assaillants s’exprimer « en anglais, avec un accent nigérian ».

Aussi, certains médias ont annoncé que le groupe Al-Mourabitoune avait revendiqué l’attaque sur Twitter. L’information sera confirmée plus tard par d’autres médias qui auraient reçu un enregistrement vidéo du groupe terroriste.

Issa B Dembélé

 

Al-Mourabitoune 

Un mouvement radical, dirigé par le « borgne »

C’est un groupe islamiste armé créé le 20 août 2013 suite à la fusion du groupe Al Moulathamoun (Signataires par le sang) de Mokhtar Belmokhtar, ex-chef d’Aqmi, et du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO). Dirigé par l’algérien Mokhtar Belmokhtar, le groupe revendique l’établissement d’un califat islamique et l’instauration de la charia.

Né en juin 1972 à Ghardaïa, aux portes du Sahara, Mokhtar Belmokhtar a combattu très jeune en Afghanistan. En 1991, il y perd un œil, ce qui lui vaut son surnom du « borgne ». À son retour en Algérie en 1993, il rejoint le GIA. En 1998, il intègre le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) et mène à la fois des actes de terrorisme, de brigandage et de contrebande dans le sud saharien. À partir de 2003, il se replie dans le désert malien qu’il transforme en sanctuaire. Il y lie de solides alliances en épousant des femmes de plusieurs tribus touaregs du Nord-Mali. Mokhtar Belmokhtar à plusieurs fois était donné pour mort. Il serait peut-être actuellement dans le sud de la Libye.

 

Al-Mourabitoun est essentiellement implanté dans le nord du Mali où les hommes du groupe de Belmokhtar se compteraient en dizaines avec une forte proportion de Maliens et Mauritaniens. Il opère toutefois dans l’ensemble du Sahara.

Faits d’armes marquants de Belmoktar : l’attaque sanglante du complexe gazier d’In Amenas dans le Sahara algérien, le 16 Janvier 2013. Bilan : mort de 37 étrangers, 1 algérien et 29 ravisseurs dans l’attaque. Le 14 juillet 2014 : mort d’un soldat français dans un attentat suicide dans le nord du Mali. Et le 6 mars 2014, l’attaque du restaurant « la terrasse » à Bamako.

Al-Mourabitoun a été inscrit sur la liste de l’ONU des organismes sanctionnés pour association avec Al-Qaïda le 2 juin 2014.

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