Sacrifice du général Sadio Camara : que ce deuil devienne un sursaut national
Les attaques du 25 avril ont frappé des sites sensibles, déjà exposés lors de précédents connus, et ont entraîné la mort tragique du ministre de la Défense et des Anciens combattants, le général Sadio Camara. Elles posent une question centrale : comment des signaux aussi clairs ont-ils pu se répéter sans qu'une nouvelle offensive d’envergure ne soit empêchée ? Une fois la période de deuil passée, des leçons devront impérativement être tirées afin que de tels événements ne se reproduisent plus jamais dans notre pays.
Le 25 avril, plusieurs attaques coordonnées perpétrées par des mouvements terroristes ont visé Bamako, Kati, Sévaré, Gao, Mopti et Kidal, selon un communiqué du gouvernement de la transition lu par son porte-parole sur les écrans de l’ORTM, la télévision nationale.
Les assaillants ont frappé des sites militaires, des points stratégiques et des zones à forte valeur symbolique. À Kati, la résidence du ministre de la Défense et des Anciens combattants, le général Sadio Camara, a été touchée par un kamikaze, entraînant sa mort confirmée le lendemain par les autorités, plongeant le pays dans l’émoi et la consternation.
Dans le même mouvement, les séparatistes du Front de libération de l'Azawad (FLA) ont revendiqué la reprise de Kidal, tandis que des informations concordantes ont évoqué un retrait des instructeurs russes dans certaines zones du nord.
À la suite de ces événements, plusieurs localités, dont Bamako, Mopti, Gao, Sikasso et Koulikoro, ont été placées sous couvre-feu. Ces mesures ont affecté la circulation, les activités économiques et l’organisation des services, traduisant l’ampleur du choc sur la vie quotidienne.
Ce choc ne surgit pas dans le vide. En juillet 2022, la base militaire de Kati avait déjà été attaquée à l’aide de véhicules piégés. La même chose s’est reproduite en septembre 2024 où l’école de gendarmerie de Faladié et la base aérienne 101 de Bamako-Sénou avaient été visées simultanément. Ces attaques ciblaient déjà des installations situées au cœur du dispositif sécuritaire.
À la suite de ces précédents fâcheux, des mesures avaient été engagées. Les contrôles ont été renforcés aux entrées de la capitale, la présence sécuritaire accrue autour des sites sensibles et la surveillance étendue sur plusieurs axes. Des marchés à bétail, notamment les « garbaal », ainsi que des activités commerciales installées à proximité de camps militaires, ont été déplacés afin de limiter la présence civile autour de ces infrastructures.
La répétition des attaques contre ces mêmes zones interroge la portée de ces ajustements dans la durée. Kati en 2022 montrait que le cœur militaire pouvait être atteint. Bamako en 2024 montrait que la capitale restait exposée. Le 25 avril 2026 a confirmé que ces vulnérabilités n’avaient pas été entièrement corrigées.
La question du renseignement apparaît centrale. La simultanéité des frappes et le choix des cibles suggèrent une préparation en amont et une capacité à contourner les dispositifs de surveillance. L’efficacité du renseignement humain, la circulation de l’information et la coordination entre services restent déterminantes dans la prévention de ce type d’attaques.
Les groupes armés ont adapté leurs modes d’action. Ils combinent frappes symboliques, pression sur les axes routiers, menaces sur les circuits d’approvisionnement et actions simultanées. Cette évolution traduit une capacité à produire des effets militaires et psychologiques.
D’autres pays confrontés à des attaques ont engagé des réponses combinées. Au Maroc, les attentats de Casablanca du 16 mai 2003 ont fait 33 civils tués, en plus des kamikazes, et près d’une centaine de blessés.
Les enquêtes ont établi que plusieurs auteurs venaient du quartier de Sidi Moumen, marqué par des fragilités sociales. La réponse des autorités a associé action judiciaire, réforme du cadre légal antiterroriste, réorganisation du champ religieux et programmes urbains. Le programme « Villes sans bidonvilles », lancé en 2004, et l’Initiative nationale pour le développement humain en 2005 ont été présentés comme des leviers pour réduire les vulnérabilités mises en évidence par les attentats.
En Mauritanie, après plusieurs attaques entre 2005 et 2011, l’État a renforcé ses capacités militaires et son renseignement, tout en développant une présence dans les zones éloignées à travers des unités mobiles et des services publics. À partir de 2010, un dialogue a été engagé avec des détenus impliqués dans des mouvements extrémistes.
Selon des analyses de l’Institut d'études de sécurité (ISS), une part importante de ces détenus ont renoncé à ces positions à l’issue de ces échanges. Depuis 2011, aucune attaque majeure n’a été enregistrée sur le territoire mauritanien, malgré une frontière étendue avec des zones instables.
Ces exemples montrent qu’une réponse durable repose sur plusieurs leviers. La protection des sites sensibles, le suivi des axes stratégiques, la présence de l’État dans les zones exposées et la fluidité de la circulation de l’information jouent un rôle déterminant dans la prévention.
Pour que le sacrifice du général Camara et de toutes les victimes civiles et militaires, tombés sous les balles assassines des terroristes, ne soit pas vain, le gouvernement doit tirer tous les enseignements de cette énième attaque afin que de tels événements ne se reproduisent plus jamais dans notre pays. C’est ainsi que l’on rendra un hommage mérité au ministre de la Défense et des Anciens combattants ainsi qu'à toutes les autres victimes.
Cheick B. CISSE