Entretien avec Seydou Diabaté, directeur national des archives du Mali: « Nous souhaitons numériser toutes nos archives de la période coloniale, de l’indépendance jusqu’en 2013»

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Les archives sont gage de la mémoire nationale. Des documents de longues dates sur notre histoire et nos valeurs culturelles y sont conservés, mais ce service a cependant besoin de conditions adéquates pour mieux exercer son rôle de conservateur. Afin de mieux comprendre le rôle des archives ainsi que les difficultés auxquelles les archivistes sont confrontés aujourd’hui au Mali, nous sommes allés à la rencontre du directeur national des Archives du Mali, Seydou Diabaté, qui a bien voulu nous accorder une interview exclusive. La numérisation des archives, la formation des archivistes, la construction des directions régionales, entre autres, ont été les sujets de notre entretien. 

 

Aujourd’hui-Mali : Comment se porte la Direction nationale des Archives du Mali aujourd’hui ?

Seydou Diabaté : La Direction nationale des Archives du Mali se porte bien avec l’adoption du document de politique nationale des archives et son plan d’action 2018-2022 que nous sommes en train de mettre en œuvre. Ce document va donner de la visibilité aux activités de la Direction nationale des archives du Mali d’ici 4 à 5 ans.

Vous avez célébré le 9 juin dernier la journée internationale des archives, alors quel bilan en faites-vous?

Le bilan de cette journée est vraiment positif car elle a enregistré la participation de nombreux archivistes, des amis des archives et des autorités administratives. Les différents messages véhiculés lors de cette journée ont été bien assimilés. Nous avons a eu à donner deux conférences, la première sur le thème : « Concevoir les archives du XXIe siècle » aminé par même-moi et la seconde portait sur « Les archives foncières et domaniales du cercle d Kati, de Koulikoro et Bamako » animée par Mme Goita Mariétou Diarra qui est la responsable du Service de dématérialisation des archives foncières. Les attentes sont comblées, le public, les amis des archives et la presse sont mobilisés.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontés ?

Nous rencontrons de difficultés à plusieurs niveaux à la Direction nationale des archives, à commencer par le budget que l’Etat alloue qui est inferieur par rapport à nos besoins. Cela est un handicap sérieux. Nous avons des difficultés liées aux défis technologiques car les papiers que nous conservons ont besoin d’être numérisés pour une bonne sécurisation et cela ne peut se faire sans la formation et l’achat de scanneurs, donc l’acquisition du matériel adéquat. Autre difficulté, c’est la construction des directions régionales des Archives. Pour le moment, nous n’avons pas eu de financement, mais nous comptons nous battre pour obtenir les financements nécessaires et les terrains.

Quels sont vos rapports avec les autorités ?

Nous avons de très bons rapports avec les autorités, puisque depuis deux ans maintenant, que ce soit au niveau du Secrétariat général du gouvernement et la Primature voire à autres niveaux plus élevés, les autorités sont sensibles aux questions des archives et j’espère bien qu’ils vont mobiliser les moyens nécessaires pour pouvoir nous aider dans la mise en œuvre de notre politique nationale avec son plan d’actions. Je crois que, le plus important, c’est que si les politiques sont convaincus, ils mettent les moyens à la disposition des services techniques. Je pense que les autorités s’intéressent plus aux archives maintenant. Pour preuve, le Premier ministre sortant a fait une lettre circulaire pour sensibiliser les ministres à mettre de l’ordre dans les archives publiques. Ce qui est une première et cela est très important. Un document de politique nationale a été adopté par le gouvernement et le président de la République en est très content. Nous espérons que les autorités mettront les moyens nécessaires à notre disposition, que ce soit matériels, financiers et humains afin que nous puissions tous ensemble nous engager dans ce travail colossal de l’organisation des archives publiques du Mali.

Lors de la célébration de la journée internationale des archives, vous annonciez des chantiers au niveau de la Direction nationale des archives, pouvez-vous nous en parler ?

Effectivement, les chantiers sont nombreux, notamment l’extension de l’espace en cours de la Direction. Ce qui nous permettra d’augmenter notre capacité de stockage et de conservation des archives. Comme chantiers, nous avons aussi la construction des directions régionales des archives. Là aussi, nous n’avons pas encore acquis les terrains dans les régions, mais on compte poursuivre les procédures administratives pour pouvoir acquérir les terrains et les financements de l’Etat. Nous souhaitons aussi numériser toutes nos archives de la période coloniale, de l’Independence jusqu’en 2013, et cela nécessite obligatoirement l’acquisition de l’immobilier, de scanneurs, d’ordinateurs et tous autres accessoires. Nous avons des partenaires qui sont prêts à nous aider sur ce plan. Autre chantier, c’est le défi de la formation des archivistes. Pour cela, nous sommes en collaboration avec deux universités de Bamako, notamment la filière Métier du livre et des archives et la Faculté d’histoire et géographie où nos archivistes sont formés. Nous comptons également, le mois prochain, organiser le stage national des archivistes afin de renforcer les capacités de nos archivistes.

Toujours comme chantier, nous avons également élaboré un document de stratégie de communication et l’un des principaux points de ce document est la création d’une émission de 30 minutes tous les trois mois su l’Ortm et le premier numéro de cette émission doit se faire avant le mois de septembre. Cette émission aura comme objectif de sensibiliser le grand public et les administrateurs pour la bonne gestion des archives. Aussi la sécurisation des accès aux locaux des archives est en cours. Pas plus que la semaine dernière, l’avis d’appel d’offre a été lancé et les dossiers dépouillés. Une société a déjà été choisie pour l’installation de la sécurité anti-incendie. La phase II viendra avec l’installation des caméras de surveillance. L’Etat malien a déjà pris les dispositions pour le financement de ce chantier.

La numérisation des archives est au centre de vos débats ces dernières années. Qu’en est-il ?

Effectivement, nous avons commencé une numérisation maison. Nous avons un scanneur très performant d’ailleurs. Mais un seul scanneur n’est pas suffisant par rapport au nombre de documents à numériser. Toutefois, nous comptons acquérir deux autres scanneurs dans les mois à venir de la part du Secrétariat général du gouvernement. Pour le moment, nous la faisons avec des moyens de bord en attendant d’acquérir les outils nécessaires, financés par l’Etat.

Quel sera votre mot de la fin ?

Nous demandons encore plus d’efforts à l’Etat afin de nous accompagner dans nos différentes activités et sensibiliser également le public à s’intéresser d’avantage aux archives car les archives peuvent constituer de solution a pas mal de problèmes dans notre pays.

Réalisé par Youssouf KONE

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