Mamou Daffé, entrepreneur créatif à propos de la désignation d’Ibk champion de l’Afrique pour les questions de culture et d’héritage : « Les acquis du président se mesureront par la promptitude des Etats à s’engager à ratifier les conventions relatives à la culture »

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Mamou Daffe

Mamou Daffé, entrepreneur créatif malien, expert en gestion d’art et culture, président fondateur du Festival sur le Niger, un projet culturel visant à valoriser et sauvegarder les expressions culturelles, tout en stimulant l’économie malienne à travers l’art, explique les enjeux de ce mandat qui vient d’être confié au président IBK. Mamou Daffé dirige depuis sa création en 2011, le Centre Culturel Kôrè à Ségou, un centre de référence régionale, et l’institut de formation IKAM pour le développement des métiers de l’art et le perfectionnement des artistes et acteurs culturels du Mali et d’ailleurs. Il est Président du Conseil d’Administration du 1er Fonds africain pour la Culture / African Culture Fund (ACF), dont le siège est au Mali et qui regroupe les cinq régions du continent.

 Mali Tribune : Le président IBK vient d’être désigné Champion de l’Union Africaine pour la Culture et l’héritage. Selon vous, qu’est-ce que cela recouvre ?

Mamou Daffé : Cette désignation est un honneur pour le Mali qui est un grand pays reconnu pour la richesse et la diversité de sa culture. En tant que Maliens, nous sommes fiers que notre président bénéficie de cette importante reconnaissance panafricaine, tout à fait méritée. C’est aussi la reconnaissance et le mérite des artistes et acteurs culturels du Mali qui font rayonner le Mali dans le monde.

Cette désignation est une opportunité donnée au Mali et a son président d’utiliser l’art et la culture comme outils d’influence et de sauvegarde de l’héritage, de pousser les autres Etats non seulement à ratifier et à appliquer les instruments internationaux de l’UA (Agenda 2063, charte de renaissance africaine, etc.), mais aussi à placer la culture au cœur de leur politique de développement avec l’élaboration et la mise en œuvre de politiques rigoureuses de la culture.

Ceci renvoie également à la notion de Diplomatie culturelle qui est une ressource unique, et essentielle pour un pays comme le Mali qui regorge d’énormes gisements culturels.

La désignation du président comme champion de l’UA pour la culture et l’héritage nous conforte également dans notre démarche de développement du 1er Fonds Africain pour la Culture, basé en République du Mali et qui regroupe toutes les régions d’Afrique. Il faut noter que ce fonds bénéficie du soutien de l’Union Africaine. Le fonds vient de choisir ses premiers bénéficiaires qui viennent de toutes les régions de l’Afrique…Oui le Mali est fondamentalement panafricain. Et nous sommes convaincus que la culture est la solution.

 Mali Tribune : Quels sont les points qui doivent être les priorités du Président pour la promotion de la culture et de l’héritage de l’Afrique ?

M. D. : Au Mali, ce mandat du président pourrait être une opportunité pour fédérer les énergies du secteur culturel, et créer les conditions d’une politique culturelle efficace et inclusive, un cadre de partenariat public-privé dynamique qui va permettre de libérer davantage les talents et développer le secteur.

En général, le secteur créatif africain est confronté à de nombreux défis. Cependant une grande partie de ces défis pourraient être surmontés si les Etats africains ratifiaient et appliquaient les conventions et chartes internationales (Convention 2005 de l’Unesco, Charte de la Renaissance Culturelle Africaine, Plan d’Action de Nairobi pour les industries culturelles en Afrique…).

Ainsi, les priorités du Président pour la promotion de la culture et de l’héritage de l’Afrique pourraient être de :

  • Encourager les Etats africains à ratifier et à mettre en œuvre de façon efficace la Charte de la Renaissance Culturelle Africaine ;
  • Exhorter ses pairs à mettre l’accent sur le titre 6 de la Charte de la Renaissance Culturelle Africaine relatif au Rôle des Etats dans le développement de la Culture.
  • Encourager les Etats africains à ratifier la Convention 2005 de l’Unesco sur la diversité des expressions artistiques et culturelles ;
  • Promouvoir l’Agenda 2063 de l’Union Africain notamment en ce qui concerne le point 5 des aspirations qui prône « Une Afrique dotée d’une identité, d’un patrimoine commun, de valeurs partagées et d’une éthique culturelle forte ».

Mali Tribune : En quoi pourrait-on mesurer les acquis du Président en la matière ?M.D. : Les acquis du président se mesureront par la promptitude des Etats non-signataires des différentes conventions citées ci-dessus, à ratifier ces conventions et à s’engager à leur application effective dans leurs Etats respectifs.

Elles se mesureront également par une plus grande compréhension et une appropriation par les artistes et acteurs culturels de nos Etats de la Charte de la Renaissance Culturelle Africaine, l’Agenda 2063, la Convention 2005 de l’Unesco.

Mali Tribune : Quel est selon vous l’Etat le défis de la culture en Afrique ?

M.D. : La Culture en Afrique est très dynamique, avec des artistes et acteurs culturels créatifs et innovants. Elle est source d’espoir et de création d’emplois notamment pour les jeunes qui constituent une grande partie de la population du continent. Le secteur privé joue un rôle important dans le dynamisme et le développement du secteur créatif africain. L’économie de la culture est une des économies les plus dynamiques aujourd’hui dans le monde.

La Culture africaine est riche et diversifiée, cependant elle nécessite encore de la structuration afin de professionnaliser davantage les parties prenantes, elle nécessite l’élaboration et la mise en œuvre des politiques culturelles efficaces, qui va clarifier le rôle entre l’administration de la culture et les acteurs culturels et artistes.

Aujourd’hui, les acteurs culturels sont confrontés à de nombreux défis, à savoir le renforcement des capacités pour devenir plus professionnels, des espaces de production et de diffusion insuffisants, le problème du financement d’initiatives culturelles, le défi de la mobilité des artistes africains, les défis liés à l’utilisation des nouvelles technologies, l’absence de politiques culturelles adaptées aux contextes locaux, le défi de la situation de l’artiste africain, l’absence de statistiques pour montrer l’impact réel de l’économie de la culture dans l’économie de nos pays.

Mali Tribune : La récente décision du président Français, Macron, de restituer les objets culturels africains participe-t-elle à cette renaissance culturelle ?

M.D. : En effet, cette décision participe à la renaissance culturelle africaine. D’ailleurs, le deuxième principe de la Charte de la Renaissance Culturelle Africaine exhorte au « respect de la liberté de création et libération du génie créateur du peuple ». La restitution des objets culturels équivaut à la restitution d’une partie de l’identité culturelle de nos Etats. C’est pour cela que nous saluons la décision du président Macron, de restituer les objets culturels Africains, qui est une décision politique courageuse. Encore faut-il mieux se préparer et s’organiser au niveau de nos Etats pour gérer de manière professionnelle le retour de ces œuvres.

Mali Tribune : Que font les acteurs culturels africains et qu’est-ce que le président IBK pourra-t-il attendre des opérateurs culturels africains ?

MD. : Le Champion de l’UA pour la Culture et l’Héritage a besoin d’être soutenu par ses pairs et les acteurs culturels du continent et sa diaspora pour mener à bien sa mission.

Propos recueillis par

Alexis Kalambry

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