Les généraux ont beau se fendre en explications et en justifications sur le bien –fondé de ces Accords d’Alger, rien n’y fait ! En dépit des plaidoiries, fondées sur la paix et la stabilité sociales, le réquisitoire du peuple n’en devient que plus sévère… par son mutisme et son indifférence…
Le moins que l’on puisse constater, c’est que ces Accords restent comme une pilule amère, que les gorges chaudes se refusent à avaler.
Et l’on craint que cette pilule ne se transforme, un jour, en couleuvre. Car il semble que ni les partis politiques, ni les institutions, n’ont été consultés, encore moins associés, aux négociations de ces accords. Mieux, au regard de la rancœur et de la grogne de nos concitoyens de l’intérieur comme de l’extérieur, ces accords n’ont pas convaincu grand monde. En signant ces accords, le gouvernement est, certes, de bonne foi. Du moins sur le plan de la préservation de la paix ! ? Mais c’est la foi des citoyens et la côte d’ATT qui en prennent un sacré coup. Et de tous côtés, l’on s’indigne. Ne pas châtier les rebelles comme il se doit, passe encore. Mais pourquoi, en plus, leur faire la part belle, en leur concédant de nouvelles faveurs, comme pour cautionner leurs actes ? On aurait pu se passer de ces accords. Car à propos du Nord, et des rebelles - qu’ils soient de Kidal ou d’Aguelhok -, tout a été dit, écrit et consigné, dans le Pacte National. A moins que, la région de Kidal ne soit pas partie intégrante du Nord et du Mali ?...
Pour ATT, il s’agit, bien sûr, de préserver le pays « d’une guerre inutile ». Tout le monde le lui accorde. Mais le mot « guerre » est trop fort, et ne paraît pas indiqué, dans le cas d’espèce. Car il s’agit de dissuader une poignée de renégats qui n’ont même pas la bénédiction de leurs frères de sang. Et non d’aller en guerre contre une région. Du reste, ces renégats sont connus, et ne peuvent, obtenir l’aval des populations du Nord. Du reste, combien d’insurrections – venant ou non des rebelles – ont été matées depuis 1960, sans qu’elles ne soient matière à guerre ?
Sévère réquisitoire du peuple
Ces accords surviennent à un moment où, les leaders politiques tiennent, de leur côté, à se garer des mouches. Les élections sont imminentes. Et les gaffes, à éviter. Aucun chef de parti ne tient à compromettre ses chances par des déclarations publiques, pouvant le mettre en mauvaise posture. Cependant, leur mutisme en dit long sur leurs pensées. Un Président de parti, qui n’a pas sa langue dans sa poche, grommelait : « … C’est un signe de faiblesse de l’Etat, parce que le pardon à répétition est une faiblesse. Le pays avait signé des accords qui avaient pris en compte tous les aspects du développement des localités du Nord. Or, on est en train de faire de la surenchère, alors que le problème de développement qu’ils (Ndlr : les rebelles) évoquent sont ceux de toutes les régions du Mali. On aurait dû, cette fois, jouer la carte de la fermeté. Un Etat se fait respecter, et une armée est là pour préserver la dignité et l’honneur de la Nation. Mais quand des éléments prennent des armes contre leur propre peuple, qu’est-ce qui nous dit qu’ils ne sont pas armés par l’extérieur ? Or, c’est par l’intermédiaire des causes internes que les causes externes produisent leurs effets. Donc, si des éléments de notre pays sont prêts à agir selon les desiderata des forces de l’extérieur, alors c’est la souveraineté même du pays qui est en danger ». Certaines réactions, recueillies dans les médias étrangers, n’en dénotent pas moins l’indignation suscitée par ces accords. Surtout, chez des maliens de France : « Ces rebelles ne veulent nullement défendre l’intérêt de la région de Kidal. Ils ne songent qu’aux gains qu’ils puisent du budget national… cet accord ne prend en compte ni l’intérêt du Mali, ni celui des soldats loyalistes. Car leur sécurité est menacée par les mutins réintégrés. Ces mutins, qui devraient être fusillés sur la place publique, ont été accueillis comme des héros, sans jugement, ni punition… Le pire ne fait que commencer, car les rebelles savent qu’ils sont devant un gouvernement peureux, qu’ils sont dans un pays d’impunité, où tuer ou imposer sa volonté n’est pas un crime ; un Etat où chacun fait ce qu’il veut, en défendant son propre patrimoine ; un gouvernement incapable de prendre des décisions fermes, pour résoudre des problèmes, menaçant l’intégrité territoriale et la quiétude des populations ».
Le Viator