«Arrangement sécuritaire pour une cessation des hostilités» : Une consultation du peuple malien s’imposait au préalable

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Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères
Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères

Selon «l’arrangement sécuritaire pour une cessation des hostilités», signé pour le Mali par le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, et pour la Coordination des mouvements de l’Azawad (Cma) par Sidi Brahim Ould Sidatt, le 5 juin 2015 à Alger, «les parties s’engagent, dans un délai de 72 heures suivant la signature du présent arrangement, à mettre en œuvre le retrait de la Plate-forme de Ménaka et son retour à ses positions initiales ; le repli de la Cma au-delà d’un rayon de 20 km autour de Ménaka ; le positionnement des Forces armées maliennes (Fama) à Ménaka et la protection de la population civile à Ménaka, comme sur l’étendue du territoire malien, par la Minusma, conformément aux dispositions de la résolution 2164».

 

Un accord de cessez-le-feu n’engage que les parties signataires. Fahad Ag Almahmoud, secrétaire du Gatia, une des composantes de la Plate-forme,  l’a rappelé : «C’est un engagement d’autrui» ; «C’est un arrangement, mais pas avec nous».  À Ménaka, des voix affirment que les populations n’accepteront jamais le départ de la Plate-forme. Le sachant d’avance,  la Cma ne s’est-elle pas empressée de signer «l’arrangement» du 5 juin pour pouvoir prétendre, au bout des 72h accordées, que, puisque ceux qui les ont délogés de Ménaka ne s’en sont pas retirés, elle se sent dégagée de toute responsabilité si les hostilités reprennent ? La Coordination n’aura plus alors qu’à pointer un doigt accusateur vers la Plate-forme pour ne pas aller signer à Bamako le 20 juin prochain. Elle était de bonne foi, elle a signé, elle ne peut donc pas être accusée de ne pas vouloir le retour de la paix au Mali.

 

La Plate-forme, qui n’a pas signé «l’arrangement», a officiellement déclaré le 5 juin qu’elle «réitère sa position exprimée le 20 mai à Bamako, car elle estime que la solution aux arrangements sécuritaires à Ménaka passe nécessairement par la consultation des populations et la globalisation de tous les cas de figure».

 

La blogueuse activiste tombouctienne, Fatouma Harber, affirme : «Après Kidal l’année dernière, la médiation internationale et le gouvernement malien cèdent aujourd’hui aux exigences de la Coordination pour Ménaka. Demain, ces groupes armés s’attaqueront à Gao ou à Tombouctou et exigeront le départ des Fama. Nous, habitants du Nord qui ne faisons pas partie de ces groupes, nos vies et nos biens ne méritent-ils pas la même attention ? Nous avons tous subi et subissons encore les crimes et les pillages de ceux qui se sont regroupés pour former la Cma. L’indulgence qui lui est accordée est injurieuse et insupportable». Fatouma Harber encourage toutes les populations à faire connaître leur opinion, comme celles de Ménaka ne cessent de le faire. «Elles doivent comprendre que la balle est dans leur camp, que leur avenir est entre leurs seules mains», conseille-t-elle.

 

Ce n’est pas Elmedhi Ag Muphtah, un Malien de l’extérieur, qui la contredirait. Sur les réseaux sociaux, il a écrit : «Demandez directement aux populations ce qu’elles veulent ! Et ceci doit être pareil dans toutes les régions du Nord du Mali, dans toutes ses communes, dans tous ses villages et dans tous ses campements ! Donnez, pour une fois, la parole aux populations ! Tout le monde parle en leur nom, revendique en leur nom, signe en leur nom, sans jamais les avoir écoutées ! Vous traitez, vous discutez, vous signez, vous re-signez, jour et nuit, avec ceux qui ont créé le problème, sans succès d’arriver à une quelconque paix ou même à un semblant de paix. Il est enfin temps, mais vraiment temps, que vous vous tourniez, une bonne fois pour toutes, vers ceux qui sont la solution, ceux qui sont la paix, ceux qui aspirent à vivre dans la cohésion et la sérénité, ceux qui aiment leur pays et leurs terres plus que tout au monde : les pauvres et paisibles populations du Nord du Mali qui ne demandent qu’un peu plus de considération, un peu plus d’écoute, un peu plus de légitimité, un peu plus de fraternité et un peu plus d’amour !».

 

De Bamako, le photographe Patrick Ertel n’a pas manqué de lui répondre de son ton décapant habituel : «Laisser parler le peuple ? Mais vous avez vu ça où ? Ça serait le bordel, ou pire : la démocratie ! Aucune des parties en présence ne le souhaite».

 

L’ironie du sort touche maintenant celui qui, depuis plus de trois ans, prétend parler au nom des populations du Nord du Mali. Le 5 juin, Moussa Ag Assarid, représentant du Mnla en Europe, a déclaré au micro de Masin Ferkal, président de l’association Tamazgha, que son mouvement avait «appris que la Cma allait signer l’Accord le 20 juin».  Il a précisé que le «peuple de l’Azawad réclame des informations», puisque depuis «le 25 mai, il n’y a pas eu un seul communiqué de la part de la délégation» de la Coordination partie à Alger. Il dit savoir que le «peuple de l’Azawad demande à la délégation de revenir lui expliquer pourquoi elle décide d’aller signer à Bamako le 20», car les populations veulent savoir ce «qu’elle a pu obtenir».

 

L’incompréhension exprimée par Moussa Ag Assarid lui fait perdre son aplomb habituel. Il découvre à son tour qu’il est plus qu’insupportable que d’autres agissent «en votre nom sans vous avoir consulté». S’il est exact que les activistes du Mnla qui résident en Europe ne sont plus tenus au courant de ce qui est décidé et signé par la Coordination, cela veut-il dire qu’ils sont, eux, mis à l’écart ou cela signifie-t-il qu’aujourd’hui le Mnla, en tant que mouvement, pèse si peu au sein de la Coordination que les autres composantes agissent en son nom sans l’informer ?

 

Le mardi 9 juin 2015,  Le Reporter sera en kiosque à Bamako. Les 72h suivant la signature de «l’arrangement sécuritaire» se seront écoulées. Chacun pourra alors constater ce qu’il en est de la cessation des hostilités.

 

Françoise WASSERVOGEL

 

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