Renouvellement des mandats du HCME : Taclé par ses adversaires au Gabon, Habib Sylla se défend

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Par communiqué faisant office de convocation, diffusé le 29 juillet dernier, le Secrétariat exécutif du Haut conseil des Maliens de l’extérieur invite les conseils de base des pays d’accueil à la 7è conférence élective du président de la faîtière, les 27 et 28 août prochains, à Bamako. Le communiqué précise que conformément à l’article 10 du règlement intérieur, la liste des délégués dûment mandatés par les Conseils de base, ainsi que les dossiers de candidature à la présidence du HCME doivent parvenir au Secrétariat exécutif pour enregistrement au moins 15 jours avant la tenue de la conférence ordinaire au plus tard, le 11 août prochain à 18 heures.

Cependant, cette information arrive à un moment où il y a des bisbilles au sein du bureau du Conseil de base du Gabon, la Communauté des Maliens du Gabon (Comaga). Celle-là même qui doit mandater le président sortant, Habib Sylla, pour qu’il puisse présenter sa candidature à sa propre succession. Il nous revient que ses adversaires, qu’il minimise d’ailleurs, voudraient l’empêcher de rempiler. Nos sources disent qu’ils mettront tous les moyens légaux à leur compte pour l’empêcher de briguer un énième mandat à la tête du HCME. Pour parvenir à leur fin, ils ont commencé par se mobiliser pour prendre la tête de la Comaga. Leur ambition se justifie par la majorité des voix qu’ils réclament dans toutes les provinces gabonaises. Informé par les siens du manège en cours contre lui, Habib Sylla contrattaqua en organisant une assemblée générale élective le 10 janvier 2021, à la Chambre de commerce de Libreville, pour mettre dehors ses détracteurs. Aux dires du président Sylla, c’est l’ancien secrétaire général, Kalilou Sofara, les chargés de missions Mahamadou Camara et Salia Kanté, qu’il avait dépêchés pour réparer ce qu’il qualifie de faute intentionnelle par l’organisation d’une nouvelle assemblée générale, comme indiquée ci-dessus. A l’issue de laquelle les délégués, venus de Libreville et de toutes les provinces gabonaises, ont mis en place un nouveau bureau, a expliqué Kalilou Sofara.

Il ressort de ses explications que tout a commencé par le renouvellement du mandat de l’instance dirigeante de la Comaga, en 2018. En son temps, Mamadou Méré Diawara, qui lui dispute aujourd’hui son leadership, n’était encore membre de l’Organisation. Mais, profitant de cette assemblée élective, certains responsables de l’Association des ressortissants de la région de Koulikoro à Libreville, qui est sa région d’origine au Mali, notamment son président, Cheick Hamala Diawara, et le regretté Mamadou Waly Diawara, qui représentait l’Association dans des événements, avaient suscité sa candidature. Mais, après examen du rapport de force sur le terrain, qui leur était défavorable, ils ont proposé un compromis. Qui stipule que Mamadou Méré Diawara remplace au poste de vice-président du Bureau sortant un autre Diawara, qui était de Kayes. Étant entendu que c’était d’ailleurs le tour de la région de Koulikoro. Mais, le compromis violait d’ailleurs certains critères d’éligibilité des membres du bureau de la Comaga, notamment celles relatives au paiement régulier de la cotisation, qui se chiffre à 120 000 FCFA par an. Cela fut l’erreur à ne pas commettre. Car, ne peut être électeur et éligible que seuls les délégués et leur association mère à jour dans le paiement de leur cotisation annuelle. Or, Mamadou Méré Diawara n’était pas encore membre de son association mère, à fortiori être à jour dans le paiement de la cotisation. Son Association d’origine était également en retard de paiement de 4 ans. Ce qui le disqualifiait d’office de la compétition. Mais, dans le souci de la quiétude au sein de la faîtière, le bureau sortant à fait violence sur lui en acceptant le compromis. « Si j’avais soupçonné ces genres de manœuvres derrières, je n’allais jamais accepter un tel compromis…», a-t-il expliqué.

Selon Habib Sylla, les textes de la Comaga prévoient trois postes de vice-présidence tournants entre les différentes associations des ressortissants des régions maliennes au Gabon. Seul le poste de président échappe à cette disposition. C’est dans ce cadre que Mamadou Méré Diawara a remplacé Madikadian Diawara. Celui-ci n’étant pas content de ce compromis aurait travaillé dans l’ombre pour créer la zizanie.

Un bureau de 113 membres

Habib Sylla d’ajouter : «… après l’assemblée générale qui avait déjà pourvu par consensus les postes de Président et les trois vice-présidents, le travail devrait se poursuivre par la désignation des autres membres du bureau, par consensus également. Ce sont au total 41 postes qui devraient être pourvus. Car le statut prévoit un bureau de 45 membres. Puisqu’après la mise en place du bureau, je devrais revenir à Bamako dans l’urgence pour m’occuper d’autres choses. Avant donc de prendre mon avion avec Kalilou Sofara, j’ai instruit au nouveau vice-président, Mamadou Méré Diawara, de travailler avec le nouveau secrétaire général et le vice-président du bureau sortant, Madikadian Diawara, pour établir la liste consensuelle des autres membres du bureau et me communiquer après. Mais, à ma surprise, on me présente une liste de 113 membres avec plus de 30 membres venant de la seule région de Kayes et 8 de la région de Mopti. Cela était en violation des dispositions du statut de la Comaga et du Hcme, qui prévoient entre 17 au minimum et 45 au maximum. J’ai retourné donc le document avec ordre de reprendre le travail. Ce qui n’a pas été fait…», a expliqué Habib Sylla.

Et, le hic qui fait tilt, ajoute-t-il, «…c’est que le nouveau vice-président, en complicité avec l’Ambassadeur, Ami Kane, a fait transférer les réunions de la Comaga dans la salle de réunions de l’Ambassade, sans se référer à moi, abandonnant ainsi le siège de la faîtière, que j’ai mis à la disposition de la Comaga dans une partie de mon immeuble…». Selon lui, c’est l’ambassadrice Ami Kane qui l’informa à travers une forme de réponse à une correspondance, dont elle n’est pas l’initiatrice, demandant la mise à disposition de la salle de réunion aux fins d’exploitation pour la tenue des réunions du bureau. Aussitôt reçue, «… j’ai immédiatement instruit à mon secrétaire général de répondre à la correspondance en déclinant toute responsabilité. Dès lors les choses sont devenues plus claires pour moi ; j’ai aussi pris soin de remettre de l’ordre…», a-t-il indiqué. Au regard de l’évolution de la situation, il est évident que la confrontation n’était plus évitable. Ce qui devrait arriver arriva. Les deux camps se sont séparés.

Ce qui confirme des difficultés relationnelles entre les parties au Gabon. Mais, le «bicéphalisme» qui se dessine ainsi serait-il de nature à entacher l’issue des travaux de la 7ème conférence à venir ? Seul l’avenir nous le dira. Mais, il appartient aux autorités en charge du ministère des Maliens de l’Extérieur et à l’actuelle instance dirigeante du Hcme de mettre balle à terre pour sauver les meubles. Après tout, c’est le Mali qui gagne ou qui perd.

Car, aux dires des adversaires d’Habib Sylla, un seul oiseau ne saurait faire le printemps. Un souci partagé par le sieur Sylla lui-même. Il reconnaît que certes le poste de président du HCME donne de la visibilité, mais en terme pécuniaire, l’on n’en tire pas grand-chose. C’est plutôt un poste dépensier. «Le confier à quelqu’un qui n’est pas prêt d’y investir ses propres ressources en complément du peu de crédit que l’État met à disposition, la faîtière risque de sombrer…», a-t-il dit. Mais, ses adversaires du Gabon ne semblent se laisser influencer par ses appréhensions.

Aux dires de nos interlocuteurs, c’est de Bamako que le sieur Sylla a mandaté Modibo Traoré et Aboudramane Coulibaly pour organiser l’assemblée élective du 10 janvier 2021. Le bureau ainsi mis en place devrait lui servir de tremplin pour renouveler son bail à la tête du Hcme. Or, à en croire nos interlocuteurs, c’est en accord avec le consulat malien au Gabon qu’il a été convenu de surseoir à tout regroupement humain pour cause de la pandémie de la Covid. Mais, tout à basculer lorsque le sieur Sylla, depuis Bamako, a eu vent du changement des rapports de force en sa défaveur. Il procéda au forcing.

Mais, décidé de s’affranchir du commandement du sieur Sylla, à la tête du Haut conseil depuis 1994, ses adversaires ont aussi décidé d’attraire le nouveau bureau en justice aux fins d’annulation de l’assemblée générale du 10 janvier 2021, en par voie de conséquence, l’instance dirigeante qui en a découlé. L’étape suivant a consisté en l’organisation d’une nouvelle assemblée générale élective. Qui porta le sieur Mamadou Méré Diawara. Car, selon eux, face à une affaire pendante devant la justice gabonaise, Habib Sylla devrait surseoir à toute initiative, notamment la tenue de cette assemblée élective du 10 janvier 2021. Mais, au lieu d’attendre le verdict, il s’empresse de renouveler le bureau du Hcme, s’indignent-ils au téléphone. Or, selon eux, deux dispositions juridiques empêchent Habib Sylla de rempiler pour un énième mandat.

Article 6 du statut comme arme pour abattre Habib Sylla

D’abord, son retour de fait au pays. Nos sources affirment que depuis deux ans, Habib Sylla a élu domicile à Bamako, pour cause de soucis avec la justice gabonaise. Au demeurant, celle-ci aurait même demandé à Bamako son extradition pour s’expliquer sur des choses qui lui sont reprochées. Mais, les autorités maliennes refuseraient de donner suite à cette décision de la justice gabonaise, poursuivent nos sources. A les en croire, cet ennui judiciaire devrait suffire pour qu’il soit suspendu de ses fonctions à la tête du Haut conseil, au lieu de le laisser utiliser la faîtière comme un bouclier de protection contre la justice gabonaise.

Nonobstant cette situation, nos sources affirment que l’application correcte des dispositions de l’article 6 du Statut du Hmce empêche le sieur Sylla de parler et d’agir en leur nom. Cette disposition stipule que «tout Malien de l’extérieur de retour au pays, après une année d’absence ininterrompue de son pays de résidence permanent, perd ipso facto son statut de Malien de l’extérieur».

C’est d’ailleurs en application de cet article qu’ils avaient d’abord procédé à sa destitution de son poste de président de la Comaga, à la faveur d’une assemblée générale, tenue le 27 septembre 2020. Il avait été remplacé par Mamadou Méré Diawara. Celui-ci a été mandaté par ses pairs pour conduire les affaires de la Comaga jusqu’à la tenue de la prochaine assemblée générale. Selon nos sources, c’est cette action statutaire qui provoqua l’ire du sieur Sylla. Il n’a pas digéré le fait de se faire virer par la sorte. Aussi, organisa-t-il l’assemblée générale du 10 janvier 2021.

Habib Sylla de retoquer l’argumentaire de ses détracteurs. «Les Gabonais sont très gentils, mais à la différence de notre pays, on n’y commet pas une faute et disparaître dans la nature. Le faire, soit sûr que ce sont les siens qui feront les frais. Car, ils n’hésitent pas un seul instant de mettre le grappin sur les siens, jusqu’à ce que tu te rendes. C’est pour dire que sur ce plan, je n’ai rien à me reprocher. J’ai toute ma famille au Gabon, notamment mes deux épouses et mes neuf enfants (garçons et filles). Ils ont fait les meilleures études en Europe avec des bourses gabonaises. Ils travaillent tous. Mes investissements au Gabon sont estimés à des milliards. Donc, rassurez-vous, je ne suis pas quelqu’un qui peut se cacher ni au Mali, ni au Gabon…». Selon lui, après 45 ans passés au Gabon, il a estimé transférer une partie de ses affaires à Bamako, afin que ses enfants découvrent leur patrie d’origine. Et effectivement, cela fait deux ans qu’il séjourne à Bamako pour deux raisons aussi simple. C’est pour régler les affaires des Maliens de l’extérieur en accompagnant les autorités du pays pour mieux appréhender les difficultés auxquelles elles sont confrontées. En outre, il se bat pour une amélioration substantielle du budget de fonctionnement de l’organisation. Car, de 70 millions de FCFA au départ, elle se retrouve à peine à 30 millions de FCFA. Et à cause des difficultés économiques, cette année, on leur a attribué 25 millions de FCFA, sur lesquels ils n’ont mobilisé qu’à peine 17 millions. Pour faire face aux charges, il se substitue parfois à l’État pour supporter certaines charges. Aussi, se débat-il aussi pour améliorer le niveau de représentativité au sein des institutions du pays. Rien de tout cela ne peut s’obtenir en étant au Gabon. C’est pour cette raison qu’il a abandonné ses affaires entre les mains de ses enfants pour venir s’occuper des problèmes de ses mandants. Mais, cet argumentaire peut-il convaincre les adversaires qui lui collent à la cheville ? Difficile de répondre par l’affirmative. Mais, il sied que chacun des protagonistes joue à se mettre dans la perspective d’être utile à la communauté.

M. A. Diakité

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