Pr. Samba Ousmane Sow : Entre Grandeurs et servitudes du métier

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Pr Samba Ousmane Sow est diplômé de l’Ecole Nationale de Médecine, de Pharmacie et d’Odontostomatologie du Mali. Il est titulaire d’une Maitrise en épidémiologie et en santé publique de la ”London School of hygiene and Tropical Medecine”.

Il est actuellement Directeur générale du Centre de Développement des Vaccins (CVD-Mali). La création du CVD-Mali remonte à 2001, suite à un accord cadre entre l’université du Maryland aux Etats-Unis et le gouvernement du Mali à travers le Ministère de la Santé.

Sous les tropiques, au Mali notamment, les maladies infectieuses entravent la croissance économique et démographique. Les grandes endémies invalident la population et les épidémies déciment de temps à autres, enfants, jeunes et vieillards … A chaque tranche d’âge, son épidémie ou son endémie !

Comment endiguer ou circonscrire les maladies infectieuses dans un pays comme le Mali en perpétuel déficit d’infrastructure sanitaire, de personnel qualifié en épidémiologie, de vaccins, de ressources financières ? Comment aider une population finalement refugiée dans la fatalité, la négation de l’acte médical, la non légitimité de l’acte de l’autorité politique ?

Le Centre de Développement des Vaccins est la réponse à ses questionnements ? Quantifier le fardeau des maladies infectieuses évitables par la vaccination, procéder à des tests relatifs à l’innocuité, à l’immunogénicité, et prouver l’efficacité de nouveaux vaccins.

Parallèlement, le CVD s’attèle à la formation de jeunes chercheurs, maliens et étrangers. Le CVD-Mali a des partenaires techniques et financiers. Les fonds, dont dispose le CVD-Mali, servent à financer des programmes précis, des études précises scientifiquement appelées protocoles, … Protocole-Rougeole ou Protocole-Ebola, etc.

Le Directeur général, le Pr Samba Ousmane Sowest polyglotte, ancien professeur à l’université du Maryland, expert consultant, conseiller spécial COVID-19 de l’OMS, seul médecin noir à être admis à la commission médicale et scientifique Raoul Follereau depuis plus de 70 ans ! Il a écrit plus de 90 articles scientifiques et chapitres. Le Pr Samba Ousmane Sow est imbu des normes de travail nord-américaines. Il a l’expertise pour conduire un tel centre, il a le carnet d’adresses pour rehausser la qualité et la facilité quant aux échanges d’informations entre les différents centres dédiés au développement des vaccins au plan mondial.

Apprendre à pêcher, dit-on, vaut mieux que quémander le poisson. Apprendre à produire le vaccin vaut mieux que d’attendre le vaccin. L’explosion du coronavirus a suffisamment averti les pays africains dont le Mali. Les pays africains et le Mali ont toujours la paresseuse approche d’attendre des pays occidentaux des vaccins … Ils reçoivent par conséquent les vaccins que les Européens et les Américains ont élaboré, testé, prouvé l’efficacité, hors laboratoire, sur leur propre population !

Le Pr Samba Ousmane Sow a perçu la nécessité d’élaborer, de tester et de prouver l’efficacité des vaccins sur la population malienne. Nous vivons sous les tropiques dans des conditions environnementales, culturelles, génétiques différentes, des conditions de recevabilité du vaccin des populations européennes ou américaines. Il s’agit donc de choisir le vaccin approprié parmi mille vaccins proposés, de produire au Mali des vaccins. Il s’agit pour le CVD-Mali d’aller vers l’indépendance vaccinale, tout comme aller à l’autosuffisance alimentaire ou à l’indépendance politique. Les essais vaccinaux solidarité, ou les protocoles finis au CVD-Mali en sont les preuves indiscutables. Comment peut-on être libre de produire les vaccins, de vacciner sa population en temps réel, ou de choisir le vaccin approprié par et pour nous-mêmes ? Cette question agitait autant le monde politique africain et malien de 1944 à 1960 ! Le CVD-Mali et le Pr Samba Ousmane Sow sont à pied d’œuvre afin que le Mali gère lui-même ses problèmes de maladies infectieuses, de santé publique sans saignée budgétaire majeure avec un personnel qualifié malien en parfaite symbiose avec le personnel qualifié au plan mondial dans un échange d’égal à égal tout comme les pères de l’indépendance l’ont souhaité pour nos pays au plan politique. Le Centre de développement des Vaccins transmet le résultat de ses recherches au Ministère malien de la Santé afin d’orienter la politique en santé publique.

Au plan international, le CVD-Mali collabore avec plusieurs organisations pour réaliser des recherches et des interventions en santé publique. On peut citer, entre autres le protocole sur la rougeole, le H.I.B., GEMS puis VIDA, ABCD, Champs, Santé et Lakana financés par la Fondation Bill et Melinda Gates dans les régions de Kayes, Kita, Koulikoro, Sikasso et Koutiala au Mali. A Koulikoro, Dioila, Kolokani et Banamba, le CVD-Mali a formé les sages-femmes et les matrones de plus de 80 CSCOM pour la réduction de la mortalité maternelle et infantile suite aux accouchements. 

En  Guinée, le CVD-Mali a dirigé la vaccination en ceinture et la vaccination chez le personnel contre la maladie à virus Ebola. Au Congo, le CVD-Mali a formé les agents vaccinaux contre Ebola. L’étude est ordonnée  et est axée sur une maladie donnée. Le Financement est fonction de celle-ci et s’estompe dès que la cible est atteinte ! Le cas de force majeure peut occasionner l’arrêt du financement et des travaux. Les protocoles sur la rougeole, le H.I.B., GEMS puis VIDA sont finis.

Le protocole Ebola est terminé. Les symptômes et évolutions de la maladie sont connus de même que ses modes de contagion et en définitive les moyens de combattre la maladie. Financement et personnel commis à cet effet ne sauraient être maintenus ! La marche du CVD-Mali est une succession graduelle de protocoles finis de maladies, connues et dépassées, et les résultats de la recherche servent les politiques de santé publique … Et de nouveaux protocoles sont remis sur le métier !

Le CVD-Mali et le Pr Samba Ousmane Sow ont positionné le Mali dans la cour des grands. Plusieurs distinctions honorifiques et médailles d’honneur étayent les avancées scientifiques, les avancées dans la lutte soutenue contre les maladies infectieuses au Mali ainsi que de part le monde. Précurseur de l’indépendance du Mali dans la conception des vaccins. Infatigable et humble, Pr Samba Ousmane Sow est d’une piété qui induit une grande modestie et humilité. Les éloges du représentant de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), sa désignation comme conseiller spécial COVID-19 sont une source de fierté nationale et la presse nationale malienne devrait en faire une large diffusion auprès de la population. Que chaque malien sache qu’un médecin malien musulman et son équipe participent à l’élaboration, à la distribution des vaccins qui ne sauraient  contenir aucune substance, produit, dont les effets auraient des conséquences néfastes pour la santé des Maliens. Là, tout est hallah ! Il est lauréat du meilleur chercheur 2014, chevalier de l’Ordre national, de la légion d’honneur de France pour service rendu au reste du monde, Officier de l’Ordre national du Mali, puis dernièrement Commandeur de l’Ordre national du Mali pour service rendu à la Nation malienne. Les distinctions honorifiques et médailles du Mali sont, se confie-t-il, celles réveillent sa fibre patriotique et lui indiquent le long chemin à parcourir pour rendre à la patrie les honneurs reçus. Voilà pourquoi lauréat du prix Roux, Pr Samba Ousmane Sow a reversé au Mali les 50.000.000 F CFA reçus à cet effet pour rendre plus opérationnelle la campagne de vaccination des enfants du Mali. Commandeur de l’Ordre national, le Directeur de l’INSP s’est dit comblé ! Galvanisé, le protocole de la COVID-19 confirmera la confiance des plus hautes autorités médicales mondiales pour le Pr Samba Ousmane Sow, le Directeur général de l’INSP et du CVD-Mali posera les jalons qui mèneront à l’indépendance dans la production des vaccins.   

Deux entités complémentaires. Une institution étatique dédiée à la politique de la santé publique et un laboratoire dédié à la connaissance du vaccin, de sa production, à sa distribution pour éviter les maladies pouvant se muer en problèmes de santé publique.

Une crise interne a secoué récemment le CVD-Mali. Elle trouve sa source dans la crise du Coronavirus et dans la volonté du Pr Samba Ousmane Sow d’amortir  les conséquences de la crise du Coronavirus sur le personnel du CVD-Mali.

Quand les protocoles rougeoles, HIB, GEMS puis VIDA étaient terminés, les partenaires ont demandé à la Direction de CVD-Mali de licencier tout le personnel qui travaillait sur cette étude, pas de fonds !

Le Directeur général Pr Samba Ousmane Sow, pour éviter le chômage à ce personnel, a déployé une partie sur le projet Champs et une autre sur le projet santé. Les partenaires n’ont pas apprécié ce transfert pour deux raisons. La population cible (45 CSCOM et CSRef de Koutiala) a plus confiance aux autochtones qu’aux praticiens étrangers et ensuite le personnel redéployé s’attendait à des primes spéciales sur le salaire. L’autre raison est que le personnel local est moins onéreux.

Le Professeur pour son malheur, les a déployés en leur octroyant indemnités de terrain et gratuité de logement, d’électricité, de l’eau d’août 2019 à mars 2020. L’explosion de l’épidémie à COVID-19 vient brouiller les cartes. L’économie mondiale est à l’arrêt et les partenaires de CVD -Mali ont demandé l’arrêt des activités sur le terrain. Le personnel local à l’essai est resté sur le terrain en collaboration avec le CSRefde Koutiala pour la surveillance de la COVID-19, mais le personnel redéployé à Koutiala est rentré à Bamako. Le CVD-Mali a continué à verser tout le salaire sans travail pendant 4 mois.

A la demande du Pr Samba Ousmane Sow, les partenaires ont accepté une reprise timide en août 2020 mais avec des restrictions budgétaires. Ainsi, le personnel de Koutiala venu à Bamako a continué à percevoir le salaire sans indemnités. Un seul agent de ce personnel est retourné à Koutiala. Il est informaticien. Il se livra à la subversion, à la mauvaise interprétation, incitant les contractuels locaux à la réclamation des primes de différentes sortes. Les partenaires financiers agacés par les rallonges budgétaires incessantes, et face à l’impossibilité d’endosser des charges trop lourdes par ces temps de COVID-19, ont exigé le recrutement exclusif des locaux. En définitive, le CVD-Mali a licencié le personnel de Koutiala à Bamako et tous les agents qui étaient sur les protocoles finis et ceux des protocoles en difficulté comme CHAMPS. Au total, 118 agents ont été licenciés pour raison de force majeure. Le CVD-Mali emploie toujours 500 contractuels et au moins 300 agents de terrain ou relais communautaires à sa charge en conformité avec les recommandations des financiers, eux-mêmes tenus dans les restrictions budgétaires imposées par le Coronavirus au plan mondial. En amont de l’intention délibérée de faire du bien, d’offrir continuellement de l’emploi, de ne pas ôter le pain de la bouche de ses collègues, certains attributs devraient plutôt positiver.

Mais, l’autre ne m’est ni connu, ni inconnu s’applique parfaitement à ses collègues. La méconnaissance de la subjectivité de l’homme a toujours été l’écueil qui a causé désarroi, étonnement et désespoir, voir jaillir de ses bienfaits des caïmans mal intentionnés bien décidés à vous dévorer. Et plus d’un récuse désormais de distribuer le bien, ou d’être plus sélectif, ou de revoir le rapport à autrui et même par rapport à ses plus proches collaborateurs. Nous croyons connaître la nature humaine, mais nous n’en connaissons en réalité que la partie immergée de l’iceberg.

Les agents de toutes les sociétés fermées en France, aux Etats-Unis et partout ailleurs ont-ils porté leur mise obligatoire à l’arrêt de travail ou au confinement par devant leur juridiction respective ? Que serai-il advenu de ce monde en pleine gestion du Coronavirus ? Entre grandeurs et servitudes du métier, le Pr Samba Ousmane Sow, sentencieux a choisi : seul le Mali compte !

 

Y. SANGARÉ

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1 commentaire

  1. Pas besoin de nous introduire Prof Sow c’est aux Maliens et Africans en general d’accepter de renter dans la science ou pas! Mais quand nous refusons alors les consequences sont a nous de les vivre car nous allons restes les sous-developpes et les mendiants internationaux!

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