Extraction extrajudiciaire d’un prévenu par la police : Les limites d’une lutte biaisée contre l’impunité

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Les policiers refusent d’être les moutons noirs de la scandaleuse répression meurtrière infligée aux émeutiers anti-IBK sous la houlette du M5-RFM. C’est le message lancé aux hautes autorités, vendredi dernier, lors de la vive protestation de leurs syndicats contre l’arrestation d’un commandant de la frange policière des forces déployées contre le soulèvement populaire de 2020. À l’incarcération préventive de leur chef hiérarchique, le commissaire divisionnaire Oumar Samaké en l’occurrence, des éléments du GMS ont ainsi réagi par une expédition dissuasive de son extraction du milieu carcéral l’ayant accueilli après sa mise sous mandat de dépôt au Tribunal de Grande Instance de la Commune III. Pour la circonstance, les Bamakois auront été les témoins médusés d’une scène inédite et digne d’un film western lors de ladite libération de celui qui devait passer pour le premier prévenu de marque dans la clarification de l’affaire dite des tueries de juillet 2020. Mais les syndicats de la Police nationale ne l’entendent point de cette oreille et y voient l’une des nombreuses manifestations d’une justice à double vitesse dans la lutte contre l’impunité promise par le M5-RFP. Et pour cause, ils en ont l’impression d’une procédure orientée vers les seuls chefs opérationnels avec le dessein d’épargner les décideurs et en veulent pour preuve la stigmatisation du seul commandement des policiers pour des forces composées d’une multitude d’autres forces sécuritaires. Vrai ou faux ? On aura constaté, en tout cas, que la clarification de la brûlante question des tueries a toujours fait figure d’un dialogue de sourds entre les colonels putschistes et leurs alliés politiques du M5, y compris dans la déclinaison de leurs priorités respectives pour la Transition. Comme qui dirait qu’aux yeux des uns (les détenteurs de la réalité du pouvoir) les pertes en vies humaines devraient être admises comme partie intégrante du parachèvement adoubé et magnifié par les autres (les soutiens politiques du putsch). Or ces derniers étant liée à leurs masses par des promesses de vengeance de leurs martyrs, l’épisode ne pouvait se soustraire aux exigences de la lutte contre l’impunité clamée et portée par le M5 – RFM et qui sous-tendent par ailleurs la vague d’arrestations effectuées ou en voie de l’être. Toutes choses qui expliquent la salve d’indignations et de réactions suscitées par la démarche contrariante de la police et dont les plus tonitruantes sont venues du mouvement des jeunes du M5 – lequel dénonce une entrave inadmissible à la procédure de clarification des tueries survenues dans le sillage du recours aux FORSAT pour le maintien de l’ordre lors des manifestations de juillet 2020. S’en est suivie la sortie des deux principaux syndicats de la magistrature, qui s’offusquent de l’extraction extrajudiciaire en l’assimilant à l’évasion d’un justiciable régulièrement incarcéré pour les besoins d’enquête. Une approche pour le moins assez grave pour mettre dans la balance la démission du Garde des Sceaux, membre d’un gouvernement qui s’en est pris par une déclaration très tardive et à la fine bouche, où la condamnation le dispute à l’aveu d’impuissance devant le fait accompli.

L’autorité de l’Etat n’en subissait pas ainsi son premier coup de massue, pour qui se rappelle un désarmement similaire de la justice malienne devant la force de dissuasion de Mahmoud Dicko, que ses adeptes avaient réussi à soustraire à une interpellation par le Tribunal de la Commune V après des propos incitatifs à la violence. La même justice s’était montrée d’une impuissante tout aussi criante et comparable à la caution face aux nombreuses détentions extrajudiciaires dont celles du président de la République Bah N’Daou ainsi que du Premier ministre Moctar Ouane, récemment libérés d’une résidence surveillée effectuée par usurpation des prérogatives du pouvoir judiciaire. Doit-on en définitive s’offusquer de l’extraction extrajudiciaire d’un détenu après avoir toléré des détentions de même portée arbitraire ? Perçu sous ce prisme, l’épisode de la MCA ne contribue pas qu’à démystifier davantage une justice prompte à s’imposer dans toute sa rigueur au moins puissants et qui vient de montrer avec la police les limites d’une lutte biaisée contre l’impunité.

 

A KEÏTA

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