Tribune libre : Hydrocarbures : entre effet domino et retour de manivelle

Ce qu’une main a tissé, une autre peut le défaire. Ce qu’une nation a patiemment bâti, un seul souffle de sabotage peut l’ébranler. Mais ce qu’un saboteur a imaginé, un stratège peut l’éventer. Voilà ceux à quoi s'attendent aujourd’hui les Maliens, pris dans l’étau d’une crise des hydrocarbures qui ressemble fort à une guerre des perdants.

29 Oct 2025 - 10:28
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Tribune libre : Hydrocarbures : entre effet domino et retour de manivelle

Les stratèges de l’ombre, héritiers des méthodes djihadistes, ont compris qu’il suffisait de tarir le flux du carburant pour étouffer le moteur national. Plus besoin de bombes : il suffit d’assécher les pompes. Mais c’était sans compter sur la vigilance des nôtres qui, au lieu de céder à la panique, ont choisi de penser la riposte avant de la déployer.

Face à cette menace, le gouvernement n’est pas resté inactif. Le Comité interministériel de gestion des crises et des catastrophes a décidé d’en faire un tournant stratégique en lançant le pilotage numérique de la distribution des hydrocarbures.

Fini les convois sans traces, les citernes fantômes, les détournements invisibles. Désormais, chaque camion sera suivi depuis la frontière jusqu’à la pompe. C’est une innovation, mais surtout une nécessité. Car dans cette guerre invisible, la transparence est la première arme de défense.

Ce plan, présenté comme une révolution logistique, vise à endiguer les trafics et à assurer une répartition équitable entre les régions. Il remet de l’ordre dans un secteur longtemps parasité par des intérêts privés, des complicités locales et des réseaux occultes. On peut saluer la méthode : le gouvernement choisit de gérer la rareté avec raison plutôt qu’avec émotion.

Pourtant, derrière cette rationalité se cache une autre bataille : celle de la parole. Certains, dans la sphère publique, semblent se complaire dans la provocation, à l’image de ce membre du CNT, Aboubacar Sidiki Fomba, qui a cru bon d’accuser les chauffeurs de « complicité avec les terroristes ». Une sortie malheureuse, après celle contre les Soninké, et inutile comme de se présenter en « docteur » sans retenue ; dangereuse comme de s’illustrer en stratège improvisé du CNT qu’il n’est pas, même dans son propre domaine, la santé !

Je m’étonne de le voir s’acharner sans discernement sur ces hommes de la route, ces soldats du quotidien qui bravent les pistes piégées, les coupeurs de route et les contrôles pour maintenir le pays à flot. Les accuser, c’est méconnaître leur sacrifice. Et dans un contexte dans lequel la moindre étincelle peut rallumer la colère sociale, la prudence devrait être la première vertu de ceux qui prétendent parler au nom du peuple, oubliant parfois comment ils ont atteint les sommets de notre Olympe : le CNT.

Mais la véritable question réside aussi dans l’usage que nous faisons des images et des récits. Quel intérêt y a-t-il à diffuser en boucle les photos de camions brûlés, de citernes calcinées, de files interminables devant les stations-service ? Qu’apportent ce déluge d’images désespérantes, sinon la démoralisation collective et la propagation de la peur ?

Dans une guerre asymétrique, chaque photo, chaque rumeur, chaque post est une balle tirée contre la cohésion nationale. Et si les réseaux sociaux ne sont pas responsables de la crise, ils en sont devenus les amplificateurs les plus redoutables. Ceux qui diffusent ces scènes sans recul participent, parfois sans le savoir, à la guerre psychologique que mènent nos adversaires. Car la peur, elle aussi, est un carburant. Et elle se répand plus vite que le gasoil.

Par ailleurs, il faut aussi comprendre comment quelques individus ont pu, en quelques jours, provoquer une telle pénurie. Comment un stock national a-t-il pu « céder » si facilement ? Comment les djihadistes continuent-ils à s’alimenter en carburant alors que leurs bases ont été détruites et leurs routes surveillées ? Les réponses sont connues de ceux qui veulent voir : la guerre économique s’infiltre par les failles du marché, les complicités internes et la cupidité d’intermédiaires sans foi ni patrie.

Kayes en offre une illustration édifiante : le 26 octobre 2025, la Direction régionale du Commerce et de la Concurrence y a intercepté un camion-citerne impliqué dans un détournement de destination commerciale. Les agents de la brigade ont saisi 45 000 litres de gasoil en plein transvasement illégal dans un autre véhicule. L’enquête a révélé un scénario devenu tristement familier : un intermédiaire, profitant de la confusion ambiante, revend le chargement à une tierce personne en dehors des circuits officiels, contournant ainsi les prix réglementés et les contrôles de l’État, selon la DRCC de Kayes.

Ces fraudes locales, répétées de Kayes à Gao, sont les nouveaux champs de bataille d’une guerre hybride. Car détourner le carburant, c’est détourner la vie économique du pays. C’est saboter l’effort collectif, affaiblir la cohésion nationale et nourrir, au passage, les réseaux parallèles qui prospèrent dans les zones grises du marché.

 

Mais cette fois, depuis peu, le vent tourne. Les réseaux de contrebande tombent les uns après les autres. Les nouvelles technologies de traçabilité, les contrôles renforcés aux frontières et la coopération entre services sont en train d’étouffer ces circuits parallèles.

Au fond, cette crise est une épreuve de maturité nationale. Elle révèle combien le Mali, dans ses pires moments, sait encore se réinventer. À Ségou, Tombouctou, Niafunké, les charrettes ont été à nouveau attelées ; à Sikasso, Bamako, Kayes, les vieilles bicyclettes ont repris du service, quand ce n’est pas la marche à pied.

Nos adversaires ont voulu paralyser un pays ; ils ont réveillé sa capacité d’adaptation. Ils ont voulu semer la panique ; ils ont trouvé face à eux la résilience d’un peuple qui, malgré la fatigue, refuse de plier.

Le carburant manque peut-être, mais la foi en un Mali uni, elle, ne tarit pas.

 

Dicko Seidina Oumar

Journaliste – Historien – Écrivain

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Commentaires (26)

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Kinguiranke
Kinguiranke 12 mois
@sangare l' ecervele sais-tu la difference entre un djihadiste et un terroriste? sais-tu c'est quoi le djihad? L'ideologie idiote salafiste est elle superieure a l'ideologie Mouride, Hamaliste, Omariste, Tidjania, Souffisme, Ibadi, Quadria, Shia? Arrêtons des idioties et laissons les gens en paix. Il ya des multiples sectes dans l'Islam et c'est ainsi qu'Allah SWT a voulu et cette difference n'est pas une raison de s'entre-tuer car Allah SWT ne va jamais pardonner un tueur d'homme qu'il soit Iyad Ag Ghally ou Madou Kouffa ou Mahmoud Dicko, etc. Ils auront tous leur certificat de repose éternel car comme l’Algérie a fait contre le FIS nous les exterminerons tous sans pitié car des criminels sans foi ni loi!
sangare
sangare 12 mois
Une guerre des perdants??? Rien que de penser qu'il s'agit de gagner une GUERRE exprime l' inculture politique des tenants du pouvoir et leurs supporters. IL S'AGIT DE SÉCURISER LE TERRITOIRE NATIONAL. La nuance doit être précisée afin de poser des actes permettant de sécuriser le territoire national. La GUERRE, c'est quand il y a face à face deux armées. La force armée n'étant pas en face, c'est une activité de maintien de la sécurité que mène l'Etat. C'est une IDÉOLOGIE qu'on combat,non une ARMÉE. Il s'agit de l'IDÉOLOGIE SALAFISTE incarnée par IYAD AG GHALLI et AMADOU KOUFFA. Arriver à insécuriser tout le territoire national, obliger la ville de Bamako à vivre la crise de l'énergie, c'est faire comprendre à la population que DIEU est avec IYAD AG GHALLI et AMADOU. KOUFFA. En écoutant les jeunes JIHADISTES MALIENS narrer leurs performances contre les français, les russes, on comprend qu'ils sont convaincus que mener une activité avec la bénédiction d' ALLAH. Plus les activités JIHADISTES perdurent, plus les jeunes maliens faibles d'esprit grossissent leurs rangs. EN 2012 LES JIHADISTES ÉTRANGERS ÉTAIENT MAJORITAIRES, EN 2025 CE SONT LES JIHADISTES MALIENS QUI SONT TRÈS MAJORITAIRES. En IRAN, c'est l'idéologie incarnée par les KOMEYNI qui a eu raison du pouvoir du SHA D'IRAN. Le même phénomène est en cours au Mali. C'est L'ILLÉGIMITÉ des tenants du pouvoir qui facilite la progression des JIHADISTES car leurs forces résident dans le soutien de la population. En refusant d'organiser les élections afin que les REPRÉSENTANTS DU PEUPLE MALIEN EXERCENT LE POUVOIR, les PUCHISTES CRIMINELS RÉCIDIVISTES favorisent la prise du pouvoir par IYAD AG GHALLI. Ils ne sont pas entrain de gagner une guerre, mais de CONQUÉRIR LE POUVOIR car c'est ça l'objectif recherché depuis 2012 retardé par les français. Il n'y a pas de différence entre IYAD AG GHALLI et ASSIMI GOITA. Les deux sont des délinquants car agissant contre la volonté du peuple malien. C'est une illusion de penser à "une guerre des perdants". Il y a en face d'ASSIMI GOITA un CONCURRENT POLITIQUE qu'est IYAD AG GHALLI. Ce dernier est entrain de prendre le pouvoir à Bamako comme l'ont fait les talibans en Afghanistan, les JIHADISTES en syrie. On a l'impression que la prise de pouvoir par IYAD AG GHALLI a été accréditée par les puissances étrangères comme ça a été avec les JIHADISTES afghans et syriens. Cette impression, c'est une invitation à leurs ressortissants de quitter immédiatement Bamako. Wait and see!!!
Kinguiranke
Kinguiranke 12 mois
@sanagre tu fais tout pour te cacher mais ton visage est la: Un sale politicien de l'ADEMA-PASJ qui est un fidele a Alpha Omar Konaré et sa clique qui ont democratise la corruption et la délinquance financière au Mali et ont detrui les FAMA car pour eux un pays démocratique n'a pas besoin d'une armee forte que des apatrides!.
Kinguiranke
Kinguiranke 12 mois
Tres grand merci Lamine pour la lumière, tes deux idees sont tres importantes pour les trois gouvernements de l'AES afin de nous développer et sortir de certaines dependances. Ensemble pour une Confederation de l'AES souveraine, forte et prospere!
La situation devient intenable au Mali
La situation devient intenable au Mali 12 mois
Mali: le Jnim attaque encore un convoie de carburant Nafissa Amadou jeu. 30 octobre 2025 à 4:36 AM UTC−5 Cette attaque a été filmée et diffusée par les djihadistes dans des vidéos de propagande. Depuis près de deux mois, le groupe multiplie les attaques sur les axes routiers autour de la capitale pour isoler Bamako. "Le Mali fonce droit vers un scénario à la Kaboul, en 2021" lance Mohamed Ag Ahmedou, journaliste et directeur du cabinet Méhari Consulting au Mali. Il ne cache donc pas ses craintes. Ces inquiétudes sont partagées par l’ambassade des États-Unis qui a appelé ses ressortissants à quitter immédiatement le Mali, évoquant une situation imprévisible et dangereuse à Bamako. Frustrations ethniques Les djihadistes poursuivent leur offensive autour de la capitale malienne. Si Iyad Ag Ghaly gagne du terrain, c’est parce qu’il joue sur les frustrations ethniques et sociales causées par l’armée malienne, explique Mohamed Ag Ahmedou "Les militaires ont laissé la place aux radicaux parce qu'ils ont fait venir des mercenaires russes qui ont livré des expéditions punitives sur des campements dans le Sud, le Centre et dans le Nord. Et c'est ça qui a fait que les groupes terroristes ont pu embrigader facilement des jeunes désœuvrés. Au-delà de ça, il y a les soutiens des prédicateurs radicaux des régions du Sud tels que Bina Diarra et d’autres." Défection de certains militaires Selon Mohamed Ag Ahmedou, des militaires frustrés auraient aussi rejoint le groupe terroriste, ce qui expliquerait son influence. "Il y aussi des représailles commises contre les hauts gradés, parce que l'armée est morcelée aujourd'hui. Beaucoup d'officiers supérieurs ont été torturés, mis en prison et cela a fait déserter beaucoup d'officiers, beaucoup de militaires." Iyad Ag Ghaly est aussi soutenu par des figures comme le djihadiste Amadou Koufa et il bénéficie de soutiens dans certaines communautés, notamment touarègues et peules, ajoute Mamadou Mouth Bane, spécialiste du djihadisme et de la criminalité dans le Sahel. Selon lui, "des groupes séparatistes du nord du Mali, comme les Touaregs, parfois, s'appuient sur le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans pour mener des opérations. C'est un groupe qui est très dynamique. Ce qui est inquiétant, c'est le fait de le voir progresser vers le sud du Mali, ce qui nous confirme qu'il y a une menace forte.". Iyad Ag Ghaly est par ailleurs un combattant expérimenté. Il a participé à plusieurs conflits en dehors du Mali : au Liban, en Libye, mais aussi au Tchad, ce qui a contribué à forger son expérience militaire. Son influence régionale rend par ailleurs sa capture difficile.
La junte aux Abois Vacille
La junte aux Abois Vacille 12 mois
Mali : situation tendue à Bamako, la junte aux abois: La situation s’est nettement détériorée au Mali ces derniers jours. Les terroristes imposent un blocus sur le carburant et tentent d'encercler Bamako. C’est un signe d’une grave détérioration de la situation au Mali. Les États-Unis et la Russie ont appelé leurs ressortissants à quitter immédiatement le pays. Ces appels s’ajoutent à un autre fait non moins significatif : le 26 octobre, le ministère de l’Éducation de la junte au pouvoir a annoncé la suspension des cours et la fermeture des écoles sur tout le territoire du Mali, jusqu’au 4 novembre. Le blocus des terroristes d’Al-Qaïda: Officiellement, c’est la pénurie de carburant qui a motivé cette décision extrême. Depuis que le JNIM, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda, a imposé un blocus sur le carburant en s’attaquant aux camions-citernes qui approvisionnent la capitale et les principales villes, tout le pays est à l’arrêt. Dans le même temps, les djihadistes mènent leurs attaques jusqu’à près de Bamako et tous les scénarios sont envisagés. « La pénurie de carburant, la fermeture des écoles et des universités à travers le pays (…) et le conflit persistant entre le gouvernement malien et des éléments terroristes près de la capitale Bamako aggrave la nature imprévisible de la situation sécuritaire à Bamako », a écrit mardi 28 octobre l’ambassade des États-Unis dans un communiqué, appelant les ressortissants américains à « quitter le pays immédiatement par des vols commerciaux ». L’ambassade de la Russie, pourtant alliée sur lequel comptait la junte du général Assimi Goïta pour reprendre le contrôle de la situation, en a fait de même ce mercredi. Les difficultés socio-économiques se sont aggravées dans ce pays pauvre et enclavé du Sahel et la situation sécuritaire se détériore jour après jour. Alors que le Nord, où activent des groupes rebelles Touaregs, échappe presque entièrement au contrôle du gouvernement central, les villes du centre et Bamako sont sous la menace des djihadistes du JNIM. La ville de Léré, entre le centre du pays et la frontière mauritanienne, est désertée par ses habitants après un ultimatum des djihadistes, rapportent des sources médiatiques maliennes ce mercredi. Mali : le pouvoir de la junte militaire vacille: Issue d’un double coup d’État, en 2020 et en 2021, la junte malienne voit son pouvoir s’effriter inexorablement, conséquence d’une fuite en avant et d’une succession de décisions irréfléchies Les militaires au pouvoir ont invité la France à mettre fin à l’opération antiterroriste Barkhane menée depuis 2014. Ce fut ensuite au tour de la Minusma, la mission de maintien de la paix de l’ONU, d’être priée de partir. La junte a fait le pari pour rétablir la sécurité de recourir aux paramilitaires russes de Wagner, devenu Africa Corps. Leur plus grande erreur a été de révoquer unilatéralement, début 2024, l’accord de paix d’Alger conclu en 2015 avec les rebelles Touaregs sous l’égide de l’Algérie. L’accord d’Alger a « préservé la souveraineté et l’intégrité territoriale du Mali et son unité nationale », a rappelé en juillet 2024 le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, déplorant que « tout ce que l’Algérie redoutait est aujourd’hui une réalité dans la région avec le retour de la guerre civile contre laquelle elle avait mis en garde ». Le retour de la guerre civile est le fait de la junte qui a lancé une grande offensive contre la ville de Kidal en octobre 2023, deux mois avant d’enterrer l’accord d’Alger. En juillet 2024, les rebelles ont étrillé les forces maliennes et celles de Wagner à Tin Zaouatine, près de la frontière algérienne, quelques semaines après un bombardement de l’armée qui a fait des dizaines de morts parmi les civils. La junte s’est parallèlement enfoncée dans les attaques verbales inacceptables contre l’Algérie, notamment à la tribune de l’ONU. La fuite en avant ne pouvait déboucher que sur cette situation de chaos, dont les putschistes sont les seuls responsables. Leur illusion de « libération » du Mali n’a pas fait long feu. Aujourd’hui, la situation, comme la décrivent les Américains, est imprévisible, et tous les scénarios sont envisagés. Une chute de la junte n’est pas exclue, et même une révolte de la population, excédée par des conditions socio-économiques intenable.
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