Le RPM à l’épreuve du pouvoir : La tension ne retombe pas

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Confronté pour la première fois à l’exercice du pouvoir, le RPM fait face à une vague de contestation interne qui pourrait freiner l’arrivée de sang neuf.

Barbe poivre sel, Moussa est très remonté contre les structures de base du Rassemblement pour le Mali (RPM) en Commune II du District de Bamako. Sa gorge chaude crache pêle-mêle le trucage des élections internes, la culture de l’obéissance aux anciens militants et l’opacité des finances. Un dur jugement que semble parapher Ibrahim depuis Gao qui reproche au parti de faire la part belle aux militants de première heure : « ceux qui ont sauté dans le dernier wagon sont considérés comme de basse extraction, donc pas dignes d’occuper les postes les plus en vue. »

Confronté pour la première fois à l’exercice du pouvoir depuis l’élection à la présidence de la République d’Ibrahim Boubacar Keïta, le RPM fait face à une vague de contestation interne qui pourrait freiner l’arrivée de sang neuf. Mais combien sont-ils à déménager avec armes et bagages ? Dans un pays en conflit avec toute comptabilité précise, l’exercice de chiffrage des nouvelles adhésions est malaisé. Une chose emporte l’adhésion : ils sont nombreux, très nombreux. Beaucoup ayant compris que le vent a tourné, pour ne pas voir le dernier clou enfoncé dans le cercueil de leurs ambitions, ont jeté leur dévolu sur le RPM. Chiffrables ou non, ces arrivées massives inattendues donnent du fil à retordre aux structures de base du parti peu préparées pour cela.

Démocrate du bout des lèvres

« Les passions jouent un grand rôle dans la vie politique » nous apprend Pierre Lenain, dans Economica, Paris, 1985. Et ces passions qui déjà démangent l’homme de la rue, s’exercent sous la forme la plus cruelle dans le petit monde politicien. Détruire l’autre, un frisson parcourt l’échine à la simple évocation de ce mal. Les postulants aux bureaux de comité, sous-section et section lorsqu’ils apparaissent en assemblée élective sourient à pleines dents. A l’évidence, ces dents blanches sont carnassières. Que certains politiques soient haineux qu’ils prennent un plaisir dissimulé ou non dans la défaite de leurs adversaires et de leurs ennemis est dans l’ordre normal des choses. Neutraliser, éliminer le concurrent n’est qu’un simple effet de nécessité, à cela point n’est besoin de sentiment, bon ou mauvais.

Un camarade est candidat au poste de secrétaire général. Ce n’est pas le poste qu’il veut vous enlever. C’est votre vie qu’il veut vous prendre. On devient dès lors furieux, injurieux. On recrute des hommes de main qui au moindre signal passent à tabac un adversaire s’ils ne perturbent  carrément pas une assemblée générale dont l’issue n’est pas favorable. Tous les moyens sont bons pour barrer la route  à ce  «  militant de la 25ème heure ». Comment peut-il oser se frotter à moi qui ai bâti ce parti aux côtés du leader incontesté et après tant d’années de lutte.

En somme, ils se réclament démocrates, à condition qu’ils n’en soient pas victimes. Passer la main après un ou deux mandats est absent du vocabulaire. Pas si vite, surtout que l’heure est venu de goûter les délices  du pouvoir. Jamais, on n’a été proche d’espérer réaliser des projets de sa vie. A moins qu’une fronde à l’instar d’une vingtaine de députés vienne déjouer les plans. Finalement, ces derniers ont obtenu les têtes des présidents de commissions parlementaires qu’ils voulaient. Une chaude alerte certes, mais aussi symptomatique des querelles intestines qui si elles ne sont pas bien traitées à temps risquent de freiner l’arrivée de sang neuf dont le parti a besoin pour mieux aborder les élections municipales, régionales et du District reportées à plusieurs reprises et qui pourraient se tenir l’année prochaine.

Georges François Traoré

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