Processus de transition : La Cédéao exaspérée par l’immobilisme instauré par Choguel

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Théoricien du changement dans la gouvernance, Choguel Kokalla Maïga a installé le processus de transition dans un immobilisme qui commence à exaspérer les forces vives et les partenaires du pays. La récente mission de suivi (5-7 septembre 2021) de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) ne s’en est pas cachée. L’injonction de publier rapidement un chronogramme électoral traduit cette exaspération.

La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest est préoccupée par «l’insuffisance d’actions concrètes dans la préparation effective du processus électoral». Telle est la sentence  à l’issue de trois jours de mission que le président Goodluck Jonathan vient de mener dans notre pays (du 5 au 7 septembre 2021) afin d’évaluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la Feuille de route de la transition. La mission a ainsi encouragé le gouvernement de Dr Choguel Kokalla Maïga à «présenter un chronogramme détaillant le calendrier et les réformes à entreprendre pour aboutir aux élections».

Selon nos sources, la prolongation de la transition en cours a été la question la plus abordée par la médiation et ses interlocuteurs maliens. Et visiblement les arguments avancés par la partie malienne (qui s’est même attachée les services du Chérif de Nioro pour plaider la prolongation) n’ont pas été convaincants. Ainsi, Goodluck Jonathan a exhorté le gouvernement de transition à «respecter le délai de la transition, notamment le calendrier électoral».

Ce que Choguel n’a pas dit à ses hôtes, c’est que cette prolongation est déjà actée dans son agenda. Depuis sa nomination, Choguel est dans le dilatoire parce que le changement est facile à prononcer qu’à mettre en musique. La rectification qui justifie sa présence à la Primature tarde à se dessiner. Et cela d’autant plus que, pour lui et ses partisans, les Assises nationales de la refondation (ANR) semblent être une panacée qui va propulser le Mali dans l’ère de la gouvernance promise aux Maliens pendant des semaines dans la rue. Et cela au point qu’on se demande si le Programme d’action gouvernementale (PAG) a encore une quelconque importance politique à ses yeux. A Goodluck Jonathan,  il a déjà assuré que «les détails sur le chronogramme des opérations électorales» seraient «fournis par les futures Assises nationales de la refondation», dont les dates ne sont pas encore fixées.

Une camisole de force que des acteurs politiques majeurs ne veulent pas porter

Le Premier ministre, en vrai héritier du parti unique (Union démocratique du peuple malien/UDPM), fait de la participation à ses assises une obligation pour toutes les forces vives de la nation. Et cela d’autant plus que les recommandations qui vont les sanctionner vont s’appliquer à tout le monde. Autant dire que celles-ci (recommandations) seraient sans doute les axes prioritaires de la future constitution du pays.

Et sans compter que ces assises, une véritable camisole de force au finish, n’intéressent pas et ne mobilisent pas pour le moment au-delà du M5 RFP et des opportunistes de la République corvéables et malléables en fonction de leur cupidité vorace, des intérêts financiers en jeu.   Sinon cette initiative déjà controversée est rejetée sans ambages par les principales forces politiques du pays, notamment la Codem, le Parena, l’Adema… Selon un communiqué de «La Ruche», loin de s’inscrire dans une démarche inclusive, ces assises visent à «diviser le pays au moment où il a besoin d’être rassemblé pour faire face aux périls qui menacent l’existence de l’État».

Et l’Adéma, comme de nombreux acteurs politiques, ne se reconnaissent pas non plus  dans l’Organe unique de gestion des élections tel que pensé et voulu par le seul Premier ministre de transition par crainte que cela ne conduise le pays vers «un fiasco électoral, source de tous les dangers pour la stabilité de notre pays».

Des ANR pourquoi faire après la CEN en 2017, le DNI en 2019 et les concertations nationales en 2020 ?

Pourquoi veut-il prendre le risque de saborder la transition en défiant la République pour organiser ses assises ? Objectivement, a-t-on besoin aujourd’hui de dilapider l’argent du contribuable dans l’organisation de ces fameuses assises pour les besoins de la refondation ? Après la Conférence d’entente nationale (CEN, du 27 mars au 2 avril 2017), le Dialogue national inclusif (DNI, décembre 2019) et les Concertations nationales (10-11-12 septembre 2020) quelle peut-être l’utilité de ces assises sinon gaspiller de l’argent et perdre du temps dans la conduite de la transition ? Les problèmes du pays sont connus de tous. Les réformes à mener sont également clairement identifiées.

Le chef de gouvernement de transition ne doit pas surtout oublier que son allié (Colonel Assimi Goïta) s’est engagé devant la République et la Communauté internationale à tenir compte des recommandations du DNI et que les concertations  nationales étaient une initiative du Comité national du salut public (CNSP) pour dégager la Feuille de route et les organes de transition dans un élan d’inclusivité. Les Maliens doivent être maintenant fatigués de «s’asseoir» avec des recommandations fréquemment remises en question par ceux qui n’y trouvent pas leurs comptes personnels.  C’est d’un peuple débout que le pays a besoin pour se relever.

Choguel se trompe s’il pense que la confiance des «Colonels» est un blanc-seing  l’autorisant à gérer la transition à sa guise au risque de plonger le pays dans une nouvelle impasse. L’inclusivité du processus, notamment au niveau des réformes et la tenue des scrutins, est une condition sine qua non des Partenaires techniques et financiers (PTF) du Mali pour bénéficier de leur accompagnement. Et d’ailleurs, lors d’une rencontre (le 31 août 2021) avec la ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée des réformes politiques et institutionnelles,  l’Ambassadeur de l’Union Européenne (UE) a diplomatiquement mis le gouvernement en garde contre la tentation de faire cavalier seul dans ce processus.

En effet, M. Bart Ouvry a attiré l’attention de Mme Sylla Fatoumata Sékou Dicko sur la nécessité de consensus autour du processus, notamment en ce qui concerne l’organisation des élections par l’organe unique de gestion des élections dans le contexte de crise sécuritaire que traverse le Mali. Nous pensons que le message est clair pour qui veut réellement le comprendre. Ses partisans diront que le fait de rencontrer les différentes forces vives est la preuve de sa volonté d’ouverture. Ce show vise juste à se donner bonne conscience. Il pourra ainsi dire aux partenaires qu’il a rencontré tout le monde et qu’il a tendu la main à tous les acteurs. IBK avait aussi tendu la main à tout le monde pour sauver son régime.

Malgré toutes les alertes et tous les avertissements, pour le moment sans frais politiques, Choguel tient à ses assises comme une panacée pour sa mission de rectification où comme une bouée pour le sauver du naufrage politique qui le guette à la Primature.

Confondant volontairement malice et stratégie voire vision politique, Dr Choguel Kokalla Maïga espère avoir tout le monde à l’usure du temps. Y compris ses alliés militaires. Sauf que le temps est aussi implacable quand il s’agit de confondre ou de remettre chacun face à ses responsabilités !

Naby

 

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3 COMMENTAIRES

  1. Assimi & Choguel vont rester autant que necessaire!
    La poignée de politiciens mecontents n’a qu’à s’en prendre à elle meme pour avoir perdu la confiance du peuple!

  2. Belle analyse Naby. Choguel ve user de subterfuges pour rester au-delà de février 2022, il sera chassé avant cette date et on organisera les élections à date sans lui.

    • Toi tu n’es pas malien… juste un ba.tard avec une connexion internet…

      C’est 40 ans d’elections qui nous a mis dans le trou !

      Les elections, c’est les vieux minables politichiens avec leurs familles qui volent l’argent !

      Tu fais parti de quelle famille politichienne !

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