Appel des journalistes pour l’exercice de la souveraineté

Le discours du Président de la Maison de la Presse du Mali, Bandiougou Danté, prononcé à l’ouverture du Forum Panafricain des Médias le 3 juin 2026, est un texte fort qui conjugue hommage, lucidité et ambition.

8 Juin 2026 - 01:29
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Appel des journalistes pour l’exercice de la souveraineté

Il s’inscrit dans le thème générique du Forum - «Unir les voix, renforcer les liens entre les médias d’Afrique» - et en propose une déclinaison concrète. 

Dante commence par une pensée émue pour les victimes du terrorisme et pour Mahamane Hamèye Cissé, président du comité scientifique du Forum, disparu en avril. Il propose que la Maison de la Presse porte désormais son nom, soulignant la dimension mémorielle et symbolique de cette rencontre. Il salue ensuite les délégations venues d’Afrique et d’ailleurs, rappelant que leur présence traduit une conviction commune : l’avenir du continent ne peut se construire sans des médias forts, crédibles et solidaires. 

Le cœur du discours insiste sur les bouleversements liés au numérique, aux réseaux sociaux et à l’intelligence artificielle. Ces technologies transforment radicalement les pratiques journalistiques, mais elles exposent aussi les rédactions africaines à la dépendance algorithmique et à la manipulation informationnelle. Dante met en garde contre la «bataille des récits», où l’image de l’Afrique est trop souvent racontée par d’autres, amplifiant les crises et minimisant les réussites. Il pose la question fondamentale : «Qui raconte l’Afrique ?» et appelle à ce que les Africains deviennent les premiers narrateurs de leur propre histoire.

Le Forum est présenté comme une réponse à cette urgence. Il doit permettre de réfléchir collectivement, de partager des expériences et de construire des pistes d’action autour de la souveraineté narrative, de la coopération entre médias africains, de la mutualisation des ressources et de la formation. Dante insiste sur la nécessité de bâtir un espace médiatique intégré et résilient, capable de répondre aux défis économiques - baisse des revenus publicitaires, dépendance aux subventions, précarité des rédactions - et aux défis sécuritaires.

La liberté de la presse et la protection des journalistes occupent une place centrale. Dante appelle à la libération du journaliste malien Youssouf Sissoko, emprisonné dans le cadre de son travail, et rappelle que le journalisme doit être exercé avec rigueur, responsabilité et humanité, surtout en période de crise. Il souligne que les médias peuvent être des acteurs de paix et de réconciliation, et non des vecteurs de division.

Le discours aborde également les opportunités offertes par les nouvelles technologies. Les réseaux sociaux et l’IA doivent être utilisés comme leviers de progrès, à condition que les journalistes soient formés aux enjeux du siècle : Codage, Cybersécurité, Fact-checking, détection des Deepfakes. La formation est présentée comme le premier logiciel de souveraineté, indispensable pour que les journalistes africains deviennent des acteurs hybrides, capables de conjuguer reportage et analyse numérique.

Enfin, Dante annonce la préparation d’un texte de référence, l’«Appel de Bamako», qui devra incarner la volonté commune de promouvoir une information responsable, de renforcer la coopération panafricaine et de construire une souveraineté informationnelle au service des peuples. Il conclut en affirmant que «l’Afrique des médias existe, pense, crée, innove» et qu’elle entend désormais parler d’une voix plus forte, plus libre et plus unie.

Ce discours, enrichi par sa dimension politique et mémorielle, optimisé par sa clarté et sa force d’appel, illustre la convergence entre les aspirations panafricaines et les réalités locales. À Bamako, ce 3 juin 2026, il ne s’agissait pas seulement d’ouvrir un Forum, mais bien d’ouvrir une nouvelle page de l’histoire médiatique du continent.

KML