Clôture du FOPAME à Bamako : Une synergie pour relever les défis des médias africains…
Les rideaux sont tombés sur une première édition historique du Forum Panafricain des Médias.
Prévu le 3 mai à Bamako concurremment avec la Semaine de la Liberté de la Presse, ce rendez-vous avait été reporté pour ces 3, 4, 5 et 6 juin 2026 au CICB. Grâce à la diligence de la Maison de la Presse et le dévouement total de son président - Bandiougou Danté - et sous la bonne et intelligente de Salif Sanogo, coordinateur général de Tafouk TV ou Télévision AES, l’ensemble de l’écosystème médiatique continental s’est réuni autour du thème central : «Unir les voix, les liens entre les médias d’Afrique», à Bamako. À signaler la forte présence de la délégation marocaine, pays hôte invité.
Pendant quatre jours, la capitale malienne s’est transformée en épicentre de la réflexion journalistique face à la dépendance numérique et aux mutations de l’intelligence artificielle. La cérémonie solennelle d’ouverture s’est tenue le mercredi 3 juin dans la Salle des Banquets du CICB. Après l’accueil des invités, le président de la Maison de la Presse, Bandiougou Danté, a prononcé un discours de bienvenue, suivi par Salif Sanogo, président de la Commission d’organisation, qui a campé l’esprit du Forum. La conférence inaugurale, animée par Martin Faye, a posé les bases du débat : «Médias africains à l’ère du numérique : indépendance, innovation et souveraineté narrative». Le Premier ministre, le général de division Abdoulaye Maïga, a ensuite délivré un discours solennel d’ouverture, insistant sur la nécessité pour l’Afrique de maîtriser son récit et de renforcer sa souveraineté informationnelle.
Les panels thématiques
Le deuxième jour, les débats se sont ouverts dans la Salle Balla Moussa Kéïta avec un premier panel consacré à la guerre informationnelle et à la construction d’une narration africaine souveraine. Les interventions ont porté sur la formation des journalistes, la liberté de la presse, l’autorégulation et les nouveaux formats audiovisuels. Dr Fatoumata Fofana, Alexis Kalambry, Seydou Sissouma et Dr Manal El Akhdari ont apporté des perspectives complémentaires, soulignant l’importance d’un journalisme responsable et innovant. Le Panel II, animé par Abdoul Salam Hama, a exploré les liens entre médias et réconciliation dans un contexte de conflit. Les intervenants ont insisté sur l’intégration communautaire et le rôle des médias dans le développement local comme vecteur de paix.
L’après-midi, une table ronde sur l’éducation aux médias a réuni chercheurs et praticiens. Les discussions ont porté sur l’éducation citoyenne, la lutte contre le désordre informationnel, la formation académique et la régulation du cyberespace. Les contributions de Sadou Yattara, Boureyma Soulo, Aboubacar Maïga, Modibo Fofana et Dr Aly Haïdara ont montré que l’éducation aux médias est un outil de résilience démocratique.
Coopération et solidarité médiatique
Le troisième jour, le Forum a mis l’accent sur la coopération médiatique. Les maisons de presse du Mali, du Bénin, de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Burkina Faso, de Guinée et du Togo ont partagé leurs expériences. Les débats ont porté sur la mutualisation des ressources et sur les modèles économiques durables pour les médias africains. Le Panel IV a abordé le défi de l’information en période de crise. Les intervenants ont discuté du journalisme de paix, de la communication de crise, de la contribution des médias à la prospérité continentale et de la formation au journalisme de guerre. Les échanges ont montré que la souveraineté narrative est indissociable de la gestion des crises et de la lutte contre la désinformation. Une table ronde sur la protection professionnelle et sociale des journalistes a ensuite permis de comparer les expériences du Sénégal, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire et du Maroc. Les discussions ont porté sur la protection sociale, les conventions collectives, les fonds d’aide aux médias et le dialogue social.
Leadership féminin et intelligence artificielle
Le quatrième jour, le Forum s’est penché sur le rôle des femmes dans les médias. Les panélistes ont partagé des récits de résilience et discuté des défis liés à la représentativité. Les interventions de Coumba Bah, Ndèye Tapha Touré, Yolande Bodiong et Mariam Maïga ont mis en lumière l’importance du leadership féminin dans la construction d’un narratif inclusif. La table ronde sur les médias, les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle - qui a suscité beaucoup de passions - a ensuite abordé l’impact des influenceurs, les opportunités et menaces des réseaux sociaux, ainsi que les effets de l’IA sur le journalisme. Mme Dado Camara a insisté sur la désinformation genrée en contexte de conflits, rappelant la vulnérabilité des femmes journalistes face aux campagnes automatisées.
Les commissions de rédaction ont finalisé quatre documents majeurs : le rapport de synthèse, les recommandations, les motions et l’Appel de Bamako. Lors de la séance plénière, ces textes ont été adoptés à l’unanimité. L’Appel de Bamako, lu par Salif Sanogo, exhorte les États africains et les collectifs de médias à une union sacrée contre la manipulation de l’information.
Une clôture solennelle et festive
La cérémonie de clôture, organisée dans la Salle des Banquets, a rendu hommage aux partenaires et aux participants. Bandiougou Danté a salué la mobilisation historique et remercié le Royaume du Maroc, invité d’honneur. Des attestations de reconnaissance ont été remises à des figures marquantes du secteur, et des motions de remerciements ont été adressées. C'est ainsi qu'une motion de remerciements a été adressée au Président Assimi Goïta, parrain du Forum, pour son engagement et son soutien constant à la liberté de la presse et à la coopération panafricaine. Une motion a été adoptée en direction du Gouvernement du Mali pour saluer son appui logistique, institutionnel et financier à l’organisation de cette première édition du FOPAME. Un hommage solennel a été rendu à Mahamane Hamèye Cissé, figure emblématique du journalisme malien et président du comité scientifique du Forum, disparu en avril dernier, pour qui il a été plaidé par Bandiougou Danté que la Maison de la presse soit rebaptisée de son nom. La délégation du Royaume du Maroc, composée de 11 membres et invitée d’honneur, a été chaleureusement remerciée pour sa participation active et son apport aux débats. Un hommage particulier a été rendu aux anciens journalistes du Mali, dont Bombote, parmi les pionniers et bâtisseurs de la mémoire médiatique nationale, pour leur contribution historique à la profession. Le ministre de la Communication a prononcé le discours de clôture officielle, promettant que les recommandations du Forum, notamment celles touchant à l’adaptation des cadres réglementaires face à l’IA, seraient examinées avec attention par les plus hautes autorités. C’est sur des notes musicales célébrant l’unité culturelle africaine que la première édition du FOPAME s’est achevée, donnant rendez-vous pour une deuxième édition pleine de promesses.
MKL