Arrestation de deux dignitaires du régime IBK : Volonté de rendre justice ou règlement de compte politique ?

0

Soumeylou Boubèye Maïga et Mme Bouaré Fily Sissoko ont été placés sous mandat de dépôt par le Procureur général près la Cour suprême. Tel un séisme politique, la nouvelle de l’arrestation de l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga alias « le Tigre » s’est répandue comme une traînée de poudre. C’est un nouveau rebondissement dans l’affaire de l’achat de l’avion présidentiel et de l’acquisition des équipements militaires. Dans le cadre du même dossier, fut interpellée et mise aux arrêts l’ancienne ministre de l’Economie et des Finances de l’époque des faits, Mme Bouaré Fily Sissoko. Moussa Djombana, professeur de maths, un éminent analyste politique et géostratégique, a porté un regard sur ce sujet brûlant de l’actualité. Lissez plutôt!

Des arrestations qui ne font pas l’unanimité:

Selon Moussa Djombana, les citoyens maliens, dans leur écrasante majorité, sont toujours soulagés par les arrestations de hauts cadres du pays, surtout quand ceux-ci sont cités dans des scandales financiers, leur donnant l’impression que nul n’est au-dessus de la loi, surtout ces supers citoyens auxquels le législateur semble avoir fait cadeau d’un privilège de juridiction. D’après lui, l’arrestation d’un haut cadre du pays est un événement tellement rare qu’elle fait l’effet d’une bombe et tient tout le pays en haleine. La mise sous mandat de dépôt de Soumeylou Boubèye Maïga, ex-patron de la S.E, ex-ministre de la Défense et ex-Premier ministre ne déroge point à cette règle. À ses dires, la nouvelle de son arrestation trône majestueusement sur tous les sujets de conversation, éclipsant tous les autres, pourtant d’une nécessité vitale pour l’avenir du pays. Des campagnes maliennes aux villes, le sujet divise. Même les hommes de droit ne font pas exception à la règle.
Pour s’en convaincre, dit-il, il suffit de lire les communiqués de l’Ampp-Refsyma et du SAM-Sylima. Pour les premiers, poursuit-il, SBM est victime « d’injustice » du fait de « l’irrégularité » de la procédure dont il a été l’objet. Pour les derniers, la procédure qui a abouti à son arrestation est belle et bien régulière. En réalité, les avis divergent diamétralement quant au cas SBM.

«Dans un tweet récent, l’ancien ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Mamadou Ismaïlia Konaté, dénonce une arrestation ‘’irrégulière’’. Par contre, Me Mohamed Ali Bathily, également ex-ministre de la Justice, Garde des Sceaux, soutient que cette arrestation est régulière. On est donc face à un cas d’imbroglio juridique qui fait perdre le latin même aux grands techniciens du droit du pays. Seul le temps dira laquelle des deux écoles juridiques a raison », a-t-il indiqué.

Tentative de liquidation politique ?
A en croire Djombana, la transition en cours tire à son terme. Il ne lui reste que 6 mois sur les 18 initiaux. Du coup, le débat sur l’avenir de cette transition passionne et enflamme l’opinion publique. Pour les uns, la transition doit être prolongée tandis que pour les autres, elle doit respecter le délai imparti. Et parmi les figures de proue de la scène politique, qui défendent urbi et orbi le respect des délais, figure Soumeylou Boubèye Maïga. Curieusement, après la sortie médiatique du regroupement politique hétéroclite dont il est  membre avec bien d’autres, exigeant la fin de la transition actuelle dans le délai imparti, SBM a été mis aux arrêts dans un dossier qui, selon lui, il faut le reconnaître, après plusieurs rebondissements, avait été classé sans suite.
Donc pour lui, le timing du déterrage de ce dossier, couplé avec la célérité avec laquelle le principal concerné a été mis au cachot, nonobstant son statut d’ancien ministre, amène beaucoup de citoyens, à l’instar de l’Association malienne des procureurs et poursuivants, à poser la problématique d’un règlement de compte politique.

«Curieusement, d’autres membres de ce regroupement politique exigeant la fin de la transition dans les délais et non des moindres, comme Moussa Mara par exemple, seraient dans le collimateur de la justice et cela pourrait être imminent. Toutes ces coïncidences troublantes militent en faveur d’une tentative de liquidation politique sur fond de divergences graves sur l’issue de la transition militaro-civile actuelle», a-t-il dit.

Quid de la jurisprudence ?

«Il est clair que Yamoussa Camara a été arrêté en violation de son statut d’ancien ministre. C’est une injustice qu’il a toujours dénoncée. Il a même écrit un livre pour cela. Et je suis d’accord avec lui. Admettons que le cas Yamoussa puisse constituer une jurisprudence. Le Général Camara a été libéré sans procès, de sorte qu’on ne sait pas ce qui s’est réellement passé. Est-ce que c’est ce que nous voulons pour tous les anciens ministres qui seront arrêtés ? Je ne le pense pas ! Il ne sert à rien d’arrêter les gens pour les libérer ensuite sans procès, tout en classant le dossier», a-t-il regretté.
Pour lui, si le cas Yamoussa Camara est un cas de jurisprudence, alors c’est une très mauvaise jurisprudence pour le Mali, car, d’après lui, elle sert à étouffer les affaires sans rentrer dans le fond pour faire véritablement justice.

Et Assimi Goïta dans tout ça?
Selon Moussa Djombana, le chef de l’État, le colonel Assimi Goïta doit bien ouvrir l’œil. «L’énigmatique colonel, jusqu’ici, est au-dessus de la mêlée. En tant que garant des institutions de la transition et de la bonne marche de la République, fruit d’une composante très républicaine de l’État, à savoir l’armée nationale, il ne doit faire aveuglément confiance à aucune sangsue de la 25ème heure. Cette espèce d’individus est spécialisée dans l’incrustation au sein de l’entourage immédiat du prince de l’heure, afin d’épier tous ces faits et gestes, à défaut de le contrôler. Et Dieu seul sait pour qui ils roulent réellement, tellement ils ont développé une expertise dans l’art de la dissimulation. Ce sont de véritables disciples de Machiavel», a-t-il alerté.

Avant de manifester sa crainte: «Ce que je crains véritablement, c’est une grosse entreprise d’ingénierie politique, consistant à poser des actions dont Goïta portera le chapeau à coup sûr puisqu’il est le chef, visant à l’isoler progressivement sur le plan politique, lui opposant la majeure partie des principaux partis politiques, tout en lui faisant croire que c’est dans son intérêt. Une fois isolée politiquement, empêtré dans la tempête de la grogne sociale car n’ayant pas de baguette magique pour régler tous les problèmes, ces gens-là pourront mettre ainsi à exécution leur véritable mission, la capture du pouvoir d’État sans grande difficulté. Le colonel Goïta doit ouvrir l’œil !».

Que reste à faire maintenant?
M. Djombana estime que le problème de la justice malienne, c’est  le privilège juridique faisant de certains de supers citoyens, alors que nous sommes tous censés être égaux devant la loi. Pour lui, il faut abolir dans les règles de l’art ces privilèges afin que tout le monde puisse être justiciable au même titre. En ce qui concerne les dossiers chez le Vérificateur général, il ajoute qu’il faudrait,  si c’est possible, créer un tribunal spécial pour les crimes économiques, chargé de juger tous ceux qui ont un dossier et sont suspectés de malversations, de magouilles. Et tout cela doit se faire sans esprit de règlement de compte, de vengeance et dans l’unique objectif de rendre justice au peuple malien.
Moussa Sékou Diaby

Commentaires via Facebook :

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here