Que sont-ils devenus Malal N’Diaye : Le chouchou des Aigles du temps de Christian Sarramagna

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En 1998, le Français Christian Sarramagna, entraîneur des Aigles du Mali, parlait tellement en bien d’un joueur malien que tout le public sportif avait hâte de découvrir le nouvel oiseau rare. De façon virtuelle, le coach bâtissait son dispositif autour de ce joueur. Il avait toujours à la bouche “N” Diaye. L’on finira par comprendre qu’il s’agissait de l’international Malal N’Diaye, sociétaire du FC Lausanne de Suisse. C’est un autre coach français qui lui avait soufflé à l’oreille la présence d’un joueur malien en Suisse qui ne faisait que marquer des buts. L’entraîneur des Aigles mettra tout en œuvre pour sélectionner Malal N’Diaye, devenu en son temps plus qu’un titulaire indiscutable au sein de l’E. N, le chouchou du public sportif. C’est ce joueur très calme sur un terrain de football, mais véritable renard des surfaces qui pouvait marquer des buts dans toutes les positions qui est notre invité de la semaine. La rubrique s’intitule “Que sont-ils devenus ?”  Mais, avant de rentrer dans le vif du sujet, la nature des choses nous impose une fois de plus le respect d’une tradition. Il nous revient dans l’année de parler des critiques, des observations, des contributions pour la rubrique “Que sont-ils devenus ?”. Ils émanent d’inconditionnels d'”Aujourd’hui-Mali”. Ils ne cessent de téléphoner dans le but de nous aider à améliorer le contenu du journal en général et de cette rubrique en particulier. Il s’agit du vieux Mohamed Nomoko, ancien policier, de Me Ousmane Thierno Diallo, ex-secrétaire général de la Fémafoot, d’Amara Diombéra, grand supporter du Stade malien de Bamako. A ceux-ci, il faut ajouter M. Amadou Koïta, professeur à l’ex Flash. A la différence des autres, il nous déconseille l’emploi de certains mots au motif qu’ils sont lourds ou péjoratifs. Nous prenons acte de ces conseils et directives. Ces aînés, issus de la vieille école, s’avèrent des mentors indispensables d’autant que nous sommes les fruits de l’école de l’après-26 mars 1991, caractérisée par des années blanches, facultatives, des grèves. Merci à eux !

 

alal N’Diaye est un ami d’enfance, un camarade de classe. Il est né avec des qualités pour devenir un grand joueur de football. Il n’a rien inventé ou forcé, il a seulement profité, sinon exploiter ses atouts naturels. Qui croira que Malal N’Diaye était d’abord un grand gardien de but ?

Pour avoir fait le 1er cycle avec lui à l’école de Bolibana A sise au Badialan II, nous pouvons témoigner qu’il était cet excellent portier qui gardait les buts de l’école lors des compétitions inter scolaires de l’Inspection fondamentale. Les maîtres terminalistes de l’Institut pédagogique national (IPN), affectés à l’école de Bolibana pour se faire la main, se souviendront peut-être de ces moments en lisant ces lignes. A l’époque, ils ne juraient que par deux joueurs : Malal N’Diaye et Moussa Samaké, sur lequel l’ombre de son frère aîné, feu Gaoussou Samaké, planait.

A notre admission au second cycle à l’école de Darsalam, nous étions convaincus qu’avec ses parades et ses rouleaux, il pouvait être d’un apport capital pour l’établissement. Surtout que nous devions cheminer avec les Makan Kéita dit Lebry, Oumar Bagayoko, Boubacar Sanogo, Aly Diaby, Lamine Sissoko dit Le Guen.

Nous ignorions que pendant les vacances, son oncle l’avait inscrit au centre de formation du Djoliba. A la reprise des classes, tout le monde a fait le constat que Malal N’Diaye était devenu un attaquant avec les étiquettes de “renard de surface”, de “buteur patenté”.

Cinq buts en 45 minutes

Comment cette mutation s’est faite ? Il répond : “J’ai commencé les entraînements avec les cadets du Djoliba, sous la houlette du technicien Aly Koïta dit Faye pendant les vacances en 1984. J’étais gardien de but confirmé, jusqu’à ce jour où, lors d’un match amical avec une équipe de quartier, le Djoliba cadet s’est trouvé mené au score par 4 buts 0 en première mi-temps. C’était la désolation totale chez Faye. Dans son bambara mal articulé, il ne cessait de vociférer sur ses joueurs. A un moment donné, j’ai permuté avec un coéquipier qui a pris ma place et je suis allé en attaque.

Coup sur coup, j’ai égalisé et marqué un cinquième but. Des supporters qui étaient présents au terrain, peuvent le témoigner, et même Faye. Bref, on a gagné et ce jour mes poches ont été remplies de jetons d’argent. Le lendemain quand j’ai pris position dans les buts, Faye m’a grossièrement insulté, m’intimant l’ordre de venir à l’attaque. Voilà l’histoire de ma métamorphose. Petit à petit, notre génération a monté les escaliers, c’est-à-dire la progression normale jusqu’au niveau sénior. Ce qui a facilité notre intégration et notre adaptation avec les aînés”.

A son admission dans la catégorie senior du Djoliba au début de la saison 1992-1993, Malal alternait banc de touche et titularisation. Comme il se trouvait dans une posture qui pouvait annoncer un bel avenir, l’enfant du Badialan, même s’il n’était pas d’accord avec ce statut, prendra son mal en patience.

La saison suivante, il atteindra sa vitesse de croisière. Il est reconnu de tous qu’on ne s’impose pas au Djoliba dans la complaisance. Mieux, la pression y est toujours trop forte, surtout pour les jeunes recrues parce que le club de sa création jusqu’à la fin des années 2010 a toujours disposé d’un effectif homogène, et parfois de qualité.

Alors comment faire pour arracher une place de titulaire ? A cette question Malal N’Diaye trouvera une réponse qui a consisté à tout abandonner et à consacrer la saison morte aux entraînements individuels. Aux tournois d’ouverture de la Ligue, ses prestations le requinquèrent à bloc pour tenir la rivalité dans le club. Titulaire et maillon important de l’attaque djolibiste, il a explosé pendant la saison et décrochera même le prix de meilleur buteur avec onze buts.

Il ratera de justesse un contrat en Egypte, les dirigeants de l’Arab Contractor après un test manifestèrent leur volonté de le recruter. Les négociations entre les deux parties ont échoué et Malal est retourné au Mali dans un état de résignation. Les Arabes l’informèrent que son président demandait trop.

Un an après (saison 1995-1996), il signera à Constantine (en Algérie), mais son président Karounga Kéïta alias Kéké a profité de la saison morte pour répondre plutôt aux sollicitations des dirigeants du FC Erevan, dont l’équipe se trouvait déjà en stage bloqué à Marseille (France).

Les Algériens de Constantine ont beau prier Kéké afin qu’il revienne sur sa décision de débaucher Malal N’Diaye, c’était trop tard. Le joueur avait pris sa décision. Malal N’Diaye et Dédé Tamboura sont retenus pour deux ans. Dans sa deuxième année en Arménie, le FC Lausanne de Suisse le débauchera avec toutes les conséquences juridiques. Là aussi il s’est imposé avec des buts, des passes décisives, une troisième place au championnat et la Coupe nationale du pays. Comme précédemment annoncé, l’entraîneur des Aigles d’alors l’a découvert et a fait de lui son joueur préféré.

Globetrotter

Dans l’attente des pourparlers pour revoir les clauses contractuelles, Malal sera victime d’une fracture. Les dirigeants du club se sont engagés à l’opérer et à prendre en charge sa rééducation. Cet incident malheureux a sonné la fin de son contrat, c’est pourquoi Malal est retourné au Djoliba. Entre-temps une autre équipe arménienne (Pyinic) s’est signalée et lui a proposé un contrat de deux ans (2001-2003). Ici aussi, il sera tellement adulé que les dirigeants de l’équipe le chargèrent de proposer d’autres joueurs maliens pour étoffer le groupe. C’est ainsi que les Alou Traoré, Arouna Macalou, Mamadou Diawara vont le rejoindre en Arménie.

Difficile de comprendre, selon Malal N’Diaye les conditions lesquelles l’équipe a dégringolé pour se retrouver très bas. Il retient que le président du club était mal conseillé, ce qui a répercuté sur les performances. Finalement, l’irréparable s’est produit, le FC Pyinic a chuté et tous les joueurs étrangers se sont sauvés.

De retour au Mali en 2003, Malal était dans la logique de relancer sa carrière, du moins continuer au Djoliba pour finir en beauté sa carrière. Il a réussi ce pari pour avoir joué quatre saisons avec les Rouges. Au début de la saison 2008, il s’est retrouvé à l’AS Bakaridjan sous la forme d’un prêt. C’est là qu’il a pris sa retraite au milieu de la saison. Avec le Djoliba, Malal N’Diaye a gagné six Coupes du Mali et réalisé un doublé.

En analysant le cursus footballistique du joueur, on relèvera qu’il a beaucoup voyagé, avec différentes équipes. Cela a-t-il eu son pesant d’or en termes de bons et de mauvais souvenirs ? “Il m’est difficile de parler de bons souvenirs parce que naturellement je suis un homme positif, c’est-à-dire que mon parcours de Bamako à l’extérieur, n’a enregistré que de bons souvenirs, dont je me réserve de citer tous. Mais le match contre l’AS Mandé de la Commune IV en 1993, le doublé de 2004 sont de ceux-ci. Mon seul mauvais souvenir est ma fracture au pied en Arménie en 2002”.

Dans la vie Malal N’Diaye aime la paix, mais pas la mort, le respect réciproque. Il déteste le mépris, l’irrespect. Le jeune Malal est marié et père de quatre enfants, dont un garçon.

O.Roger

Tél (00223) 63 88 24 23

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3 COMMENTAIRES

  1. Je suis parmi ses grands frères du Badialan I. La reussite de ce garçon était prévisible. Malal a toujours pris au sérieux tout ce qu’il fait dans la vie. Sa reussite au foot est le fruit non seulement d’un don naturel mais également le résultat de son sérieux et de son abnégation. Je me rappelle toujours, au moment où ses copains se levaient de leurs grâces matinées, c’est ce moment qu’on voyait Malal revenir de son entrainement du stade Mamadou Konaté. Malal est un cas d’école pour les enfants qui désirent faire carrière dans le foot.

  2. Merci Roger pour ces rappels qui nous mettent du baume au Coeur.

    Toutefois je n’ai pas compris ce passage: “Dans la vie Malal N’Diaye aime la paix, MAIS PAS LA MORT” Doit on comprendre qu’il y a des gens qui aiment la mort?

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