Que sont ils devenus… Moussa Bagayoko, l’ambassadeur de la Venise malienne

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Le physique de Moussa Bagayoko nous rappelle celui d’un ancien de cette rubrique en la personne de Mamadou Doumbia dit l’HOMME de la radio Kledu. Le gabarit et l’élégance les ont prédisposés à la pratique de toutes les disciplines sportives. L’HOMME a été un grand basketteur et un excellent arbitre international. Moussa Bagayoko opta pour le football et s’est senti mieux dans les perches. Il est notre héros de la semaine dans le cadre de la rubrique “Que sont-ils devenus ?”. Quand il débarquait à Bamako en 1982, Moussa mesurait 1m90 pour 80 Kg, une véritable armoire à glace. Sur les corners, il surplombait partenaires et adversaires et ceux-ci évitaient de se retrouver à terre sous peine de se voir briser les côtes ou mis KO. Il prend rapidement le nom de Maier, en référence à l’emblématique gardien de but du Bayern Munich (record avec 696 matches) et de l’équipe d’Allemagne de football (record avec 95 matches) des années 1960-1970, Josef Maier dit Sepp Maier. Formé au Douga Club de Mopti, et après avoir brillé dans les compétitions inter scolaires, Moussa Bagayoko, sur instruction de son père, a débarqué  à Bamako pour jouer à l’AS Réal. En plaidant pour la cause des Scorpions, le vieux Bagayoko a juste respecté sa parole donnée, devant les sollicitations des dirigeants du Djoliba et du Stade malien de Bamako. Il s’est imposé comme l’un des meilleurs gardiens de l’histoire du football malien. Mais aujourd’hui Moussa Bagayoko est hanté par une erreur, qui a coûté la qualification aux Aiglons maliens en 1983, face aux Eléphanteaux de la Côte d’Ivoire. Il a de la peine à se remettre de ce faux pas qui a fait l’objet de beaucoup de commentaires et d’interprétations. Que s’est-il réellement passé ? L’ancien gardien des buts de l’AS Réal et des équipes nationales du Mali donne sa version des faits.

D’emblée, introduisons cet article par cette affaire qui avait fait couler beaucoup d’encre et de salive aux débuts de Moussa Bagayoko en sélection nationale.

Erreur et mea culpa

En effet, dans le cadre des éliminatoires directes de la Coupe d’Afrique des Nations Junior, les Aiglons maliens devraient confirmer à Abidjan leur exploit de 2 buts 1 à Bamako. Au match retour avec le score d’un but partout, ils tenaient le bon bout à quelques minutes du temps réglementaire. Subitement, feu le doyen Demba Coulibaly qui assurait la retransmission du match, ne se contrôlait plus au micro. Lorsqu’il le passa à son consultant pour qu’il commente ce qui s’est passé, celui-ci a tenté de mettre en cause l’inexpérience du jeune portier malien. A la limite, si Demba ne lui a pas retiré le micro pour bien savonner Moussa Bagayoko.

Moussa BagayokoQu’est-ce qui s’est réellement passé pour que feu le doyen pique une vive colère ? L’accusé s’explique: “Avec le score d’un but partout, le Mali était d’emblée qualifié. J’ai vu l’arbitre central signaler à ses assistants la fin du temps réglementaire. Donc, je ne pensais qu’à la manière de manifester la qualification. Ce qui m’a vraiment déconcentré, surtout que les Ivoiriens s’apprêtaient à tirer un coup franc. C’est sur ce coup que j’ai fait une mauvaise prise en relâchant le ballon, qui est tombé sur le pied de l’attaquant. Lequel marqua pour consacrer la victoire ivoirienne du jour et la parité à l’issue des deux matches. Aux tirs au but, le Mali a été éliminé. Mon action a été mal interprétée. J’ai fait l’objet de critiques virulentes. Demba Coulibaly a été très dur avec moi en tenant des propos discourtois. Je le comprends, c’est le revers de sa passion. Ce jour, très franchement, j’ai eu le dégoût de la vie, parce que je me suis senti coupable d’une faute grave. C’est d’ailleurs mon seul mauvais souvenir de la vie. A l’époque, la technologie n’était pas aussi avancée, comme elle l’est aujourd’hui. Sinon les uns et les autres pouvaient se faire une idée, sur ce qui s’est réellement passé. Autre temps, autre réalité, je pardonne à feu Demba Coulibaly, et à tous ceux qui m’ont offensé dans cette affaire. Je comprends leur état d’âme. Par la même occasion, je profite pour demander pardon à l’ensemble du peuple malien. Ce qui doit arriver est inévitable. Inch Allah en tant qu’entraineur je me rachèterai, pour consoler ce peuple à qui j’ai fait mal de façon involontaire “.

Au second cycle au moment des faits, nous avons vécu ces moments de désolation liés à la défaite des Aiglons. Les commentaires de feu Demba Coulibaly, et l’interprétation de nos ainés contribuaient à nous attrister davantage.

Mais en écoutant Moussa Bagayoko, trente-cinq ans après les faits, l’émotion nous envahit. Pour deux raisons : le mea culpa teinté de regret, et le choc apparent qu’on ressent dans les propos de notre interlocuteur. Puisque nous avons commencé notre entretien par ce mauvais souvenir, comment fermer la parenthèse pour aborder autre chose ? Parce qu’il ne cessait de se justifier, et se posait la question de savoir comment il pourrait reconstituer l’histoire pour se blanchir. Il fallait trouver les mots justes pour le convaincre que l’homme ne suit que son destin, et qu’en bon musulman, on doit toujours s’en remettre à la volonté divine. Notre mini prêche l’a apparemment permis de se ressaisir, pour répondre à nos questions.

Au retour de l’équipe nationale à Bamako, l’ASEC d’Abidjan a proposé un contrat au jeune Moussa Bagayoko. Mais il a refusé, pour la simple raison que l’opinion aurait fait un parallèle entre cette sollicitation et l’erreur qu’il a commise quelques semaines plus tôt en terre ivoirienne.

Digne successeur de Guatigui !

Pour parler de son histoire avec l’AS Réal, il ressort des explications de notre héros du jour que les  dirigeants du club ont profité d’une mission à Mopti d’un des leurs, Idrissa Maïga dit Métiou, pour lui demander de ramener Moussa Bagayoko par avion. Meilleur gardien de la région à travers les semaines régionales, les coupes interscolaires, et autres compétitions, les supporters des Scorpions résidant dans la Venise malienne ont conseillé à leurs responsables, de tout faire pour approcher le jeune Moussa. Une fois les formules protocolaires et administratives remplies, il se présenta au terrain des Scorpions pour sa première séance d’entrainement. Une épreuve au cours de laquelle le gardien titulaire Seydou Traoré dit Guatigui s’est rendu compte qu’il peut tranquillement prendre sa retraite. Parce que les dirigeants réalistes s’y étaient opposés, au motif que la relève n’était pas assurée.

En toute sincérité, Guatigui prend le jeune Moussa Bagayoko de côté pour le mettre  en confiance. En conséquence, il devrait désormais se mettre dans la peau d’un prince héritier pour garder les buts du Réal. Son accompagnement a consisté à forger ses qualités par des séances d’entrainement individuelles.

Moussa Bagayoko, qui savait déjà ou mettre le pied, s’arma des conseils et des techniques inculquées par Guatigui, pour se départir de tout complexe. Son gabarit, la précision dans les prises de balles, ses détentes aériennes, un effectif des Scorpions surnommé la “Dream Team” ne pouvaient laisser personne indifférent. Surtout qu’en défense, Drissa Tangara dit GMC assurait, au milieu de terrain, Ousmane Doumbia dit Man et Amadou Pathé “Vieux” Diallo  régulaient, et en attaque Beïdy Sidibé “Baraka”, Antoine Ondono Sah, Amadou Samaké “Vieux Gaucher” et Mamadou Coulibaly “Benny” enflammaient les gradins, par leurs gris-gris.

L’entraineur des Aiglons, Mamadou Keïta dit Capi, ancien gardien de son état n’a pas beaucoup réfléchi pour se rendre compte que Moussa Bagayoko est un bon choix dans les buts, pour aborder les éliminatoires directes de la CAN junior.

Après Capi, l’entraineur Russe, Steve Manfred, le sélectionna la même année de 1983 pour la première fois en équipe nationale sénior, pour jouer le tournoi Cabral en Mauritanie. De cette date jusqu’à sa retraite en 1992, il n’a pas quitté la liste des Aigles. Cependant, il a eu la malchance de rater la fameuse édition du tournoi Cabral remportés par les Aigles à Bamako. Ce qui lui a fait plus mal dans cette affaire, est son exclusion des retombées de ce sacre par les responsables. A la veille, il s’était blessé en Algérie lors de la préparation. Quelles sont les motivations de cette retraite footballistique ?  Moussa Bagayoko le lie à un mal de genou, qui l’empêchait d’exploiter toutes ces potentialités reconnues à un gardien de but. Ainsi se referme la page de l’histoire la  riche carrière de Moussa Bagayoko, au cours de laquelle il a remporté trois titres de champion (1983-1986-1991), joué deux coupes du Mali : l’une perdue contre le Sigui de Kayes en 1987, et celle remportée deux ans plus tard face au  Djoliba AC.

Comment a-t-il vécu sa retraite ? Qu’est ce qu’il est devenu depuis 1992 ? L’enfant de Mopti retrace sa retraite : “Je travaillais déjà à la Société Malienne de Friperie (SOMAFRI), au moment où je jouais au Réal.  De là-bas, je suis parti à Tobacco Exporter, puis à la SOMARC. En 1994, j’ai décidé de monter ma propre entreprise, une société de désinsectisation et d’entretien. C’est après que des enfants du quartier  sont venus me chercher pour les encadrer en tant qu’entraineur. Ce qui a créé en moi l’envie d’apprendre des formations dans ce sens. Voilà pourquoi, les dirigeants du Stade malien de Bamako m’ont recruté pour être l’adjoint de l’entraineur Kamel Djabour en 2010. La même année, j’ai assuré la préparation des gardiens de l’équipe nationale junior avec Cheick Diallo, tout en bénéficiant également du programme d’insertion des anciens footballeurs. C’est à ce titre que j’ai hérité en compagnie d’Ilias Oumar Dicko et Ichiaka Keïta, du centre de formation logée au Stade du 26 Mars.  Depuis 2016, je suis l’adjoint de l’entraineur de l’équipe nationale féminine cadette, mais pour le moment nous n’avons pas commencé de travail dans ce sens. Dans le cadre du programme d’insertion dont j’ai parlé, le département nous donne seulement une prime mensuelle. C’est-à-dire que nous devrons gérer le reste des problèmes. L’amour des enfants et notre envie de sortir le pays de l’ornière nous obligent à tenir le coup”.

Agé de 57 ans, marié et père de  sept enfants, Moussa Bagayoko a tenu à nous dire que certes  notre entretien a débuté par une page sombre de sa carrière, mais force est de reconnaitre qu’il a vécu des bons moments en termes de souvenirs, parmi lesquels il a cité ses premières sorties internationales avec les équipes nationales junior er sénior, les matches de coupe d’Afrique de clubs avec l’AS Réal, toute cette ambiance qui caractérisait les regroupements a l’internat.

Dans la vie il aime le football, la musique et la lecture. Il déteste  le mensonge et son plat préféré est la sauce tomate.

O. Roger Sissoko

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2 COMMENTAIRES

  1. Le travail sur pointe est un exercice assez difficile.
    Après plusieurs expériences, j’ai bien apprécié mes Grishko 2007 Pro Flex , assez difficile à en trouver tout comme après quelques années sur mes bloch Suprima S0132L (superbe en version blanche pour le spectacle et assez comparable au Serenade S0131S ) pour pieds étroits et fort cou et commencé par des Grishko Exam 30 & sans oublier mes Triomphe S0139F avec de la mousse au fond, embout cuir est idéal aussi que j’avais eu pour débuter! Voili voilà pour mes quatre modèles préférés.
    Nous les garçons ont devait faire aussi des exercices sur pointes
    Pour ma part j’utilise des 2007 pro depuis mon jeune age (je chaussais deja du 32,5 que j’alternais avec des Triomphe S0139F que j’ai eu la premiere fois!)
    Par contre nous ne portons pas le tutu sauf lors des Ballets Trockadero de Monte Carlo.

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