Que sont-ils devenus … Soro Camara : L’immense talent gâché du Maradona des Balanzans

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Le talent de certains footballeurs est naturel. Le revers qui donne un goût inachevé à leur avenir prometteur demeure parfois le manque de chance ou un cumul de circonstances défavorables. Des joueurs comme Yacouba Diarra dit Yacou Pelé,  Boubacar Sanogo du Stade malien de Bamako, Alassane Diallo dit Tom Foot du Djoliba, Amadou Vieux Samaké du Réal sont de ce lot. Ils ont eu l’occasion d’expliquer les raisons qui ont estompé leur brillante carrière. Est-ce une injustice de la nature ?  Est-ce le manque de soutien psychologique ? En la matière, les supputations ne manquent pas. La conclusion est toujours hélas. Un cadet des joueurs talentueux cités, Soro Camara, est le héros de la semaine pour l’animation de la rubrique “Que sont-ils devenus ?” C’était un jeunot au talent incontestable, qui évoluait à l’AS Biton de Ségou, avant de transférer dans un grand club à Bamako. Telle une étoile filante, sa gloire n’a pas duré dans le temps. Sinon il a tellement émerveillé que nous avons été choqués par l’arrêt brutal de sa carrière. Parce qu’il méritait mieux, c’est-à-dire jouer au moins dans un championnat européen, fut-il la 2e division. Son destin sur le plan footballistique n’a pas brillé comme il fallait. Comment ? Qui est cet enfant de la Cité des Balanzans ? Comment sa carrière s’est arrêtée ? La rubrique “Que sont-ils devenus ?” avec Soro Camara pour remémorer son passé qu’il rumine. Pour la simple raison que ses qualités techniques n’ont pas produit les résultats escomptés.

oro Camara était un jeune technicien qui évoluait comme dépositaire du jeu au milieu ou en attaque. Ce qui faisait de lui un buteur potentiel. Aux deux postes, il avait l’atout de faire des passes judicieuses ou de marquer des buts d’anthologie. Cependant, il ne se contentait pas des erreurs ou d’exploiter les failles de la défense adverse. Il forçait le passage par les dribbles éliminatoires, les pénétrations audacieuses pour semer la panique ou animer l’attaque de son club.

Soro était déjà à Bamako au début de la saison 1992-1993, au moment où son équipe, l’AS Biton de Ségou écopait d’une suspension de trois mois pour manquement aux règles du fair-play lors d’un match de championnat à domicile. Le Djoliba AC et le Stade malien de Bamako le démarchaient pour le débaucher. Le président de l’AS Biton Amary Ndaw appuya Karounga Kéïta dit Kéké dans sa volonté de transférer Soro Camara au Djoliba.

Des pourparlers, soutenus par des propositions alléchantes, ont mis fin à leur première rencontre. Cela n’a pas suffi. Puisque son idole Vital Ky lui a conseillé de jouer au Stade. Mieux  une décision familiale s’imposa au jeune Soro Camara. Le président du Stade malien à l’époque, Mamadou Makadji, originaire de Ségou, dont la grande famille se trouve dans le même carré que les parents de Soro, va mettre en avant les valeurs cardinales de la société.

A l’issue d’un conseil de famille, Soro Camara transféra au Stade malien pour trois saisons (1992-1995), sanctionnées par une Coupe du Mali en 1994 contre le Nianan de Koulikoro, et un doublé (coupe/championnat) l’année suivante.

Comment le joueur a été découvert pour se retrouver au centre d’une sollicitation entre les deux grands clubs du Mali ?

C’est dans le 2e Quartier de Ségou, que Soro Camara fit ses débuts dans l’équipe de Sogolakono. Les compétitions inter scolaires et quartiers lui valurent une sélection dans l’équipe régionale,  l’AS Biton pendant la saison 1990-1991. Très jeune et physiquement faible à l’époque, il est demeuré durant la saison complément d’effectif. L’entraîneur avait des soucis sur son physique pour le jeter dans le bain. Soro Camara ne s’est pas découragé, finalement les supporters ont mis la pression sur le coach l’année suivante.

Il signe son premier match contre le Djoliba en championnat national. Le club rouge a mené par deux buts à zéro. Le dernier quart d’heure lui a permis de réduire le score et de séduire une fois de plus le public par ses gestes techniques audacieux. Il récidivera le week-end suivant et déterminer l’issue du match par une défaite du Stade malien de Bamako (but de Soro Camara).  L’envoyé spécial de L’ORTM à Ségou, Papa Oumar Diop, réputé pour sa maîtrise de la langue de Molière, a trouvé les termes à la dimension de la prestation de l’enfant Sogolakono.

De simple enfant du 2e Quartier de Ségou, il est  devenu la vedette de la cité. Soro Camara était envahi par les enfants à la fin des séances d’entraînement. Ces fervents supporters spontanés ignoraient que leur idole ne demeurera  pas  longtemps sous leurs yeux. Les commentaires de notre confrère à la radio sur le joueur et sa prestation à Bamako contre l’AS Réal précipitèrent son ascension.

Telle une rose, l’espace d’un matin

Alors commencèrent les démarches pour un éventuel transfert. Soro Camara ne retourna pas à Ségou, il est resté à Bamako pour les pourparlers avec les dirigeants. Entre-temps, l’AS Biton est suspendue comme évoqué plus haut. Au même moment, l’entraîneur national, Mamadou Kéita dit Capi, à la recherche d’une équipe jeune pour la Can de Tunis 1994, le convoqua en équipe nationale. Son premier match avec les Aigles, se joue à domicile contre le Ghana (0-0). Face à la Mauritanie à Nouadhibou, le Mali s’impose par trois buts à zéro, marqués par le jeune Soro Camara.

Ce jour et à quelques semaines du voyage de Tunis, Capi confiera à un membre de son staff que l’enfant de Sogolakono est retenu pour la Can.  A la publication de la liste pour  cette compétition, il s’est fixé un objectif au terme d’une analyse de sa carrière qui venait juste de commencer, mais avec un avenir prometteur. Autrement dit, Soro a pensé que la Can lui servirait de pont pour décrocher un contrat professionnel en Europe. Hélas ! Que s’est-il passé ?

Soro explique : “Le fait d’être sélectionné en équipe nationale pour un événement comme la Can, après vingt-trois ans d’absence du Mali était honorable. Mais j’ai été très déçu, pour n’avoir pas bénéficié de la confiance de l’encadrement technique, au moins pendant quelques minutes. Je suis convaincu que ma détermination à migrer vers l’Europe passait par cette Can. Mais si je ne joue pas, le rêve  se transformerait en cauchemar. Je suis retourné à Bamako dans un état d’âme amer,  pour ensuite me résigner afin de ne pas heurter la sensibilité de l’entraîneur qui m’a fait honneur à travers sa sélection pendant que j’étais un novice”.

Cette Can qui a consacré le retour des Aigles du Mali sur la scène internationale, a eu un effet contraire sur Soro. L’occasion d’entamer une carrière internationale s’envola en éclat. Bref, il conclut à un avenir incertain dans le pays. Il s’en va en France en 1995. Là aussi les choses n’ont été faciles, il n’a pas de manager, il n’est non plus invité par un club. Soro, tel un aventurier, signe dans un club de 4e division pour une saison. L’année suivante, il est recruté par Dijon pour un contrat de deux ans (1997-1999). Dans l’expectative de renouveler son bail, Soro est victime d’une blessure au genou.

Malgré l’intervention chirurgicale et une rééducation de plusieurs semaines, il a du mal à retrouver toutes ses sensations pour rebondir. Son ultime alternative fut son retour en famille pour jouer au Stade malien. Mais le cœur n’y était plus ? En 2000, il met fin à sa carrière et rejoint son grand frère aux Etats-Unis, où il restera six ans. Par la suite Soro Camara mit le cap sur la France pour des raisons de famille, sa femme y réside. Spécialisé dans l’étanchéité, il gagne sa vie. Marié et père de trois filles, l’enfant Sogolakono aime la musique, le football. Il déteste l’hypocrisie et l’égoïsme. En regardant dans le rétroviseur, il retient la Can de Tunis 1994 comme son meilleur bon souvenir. Une aventure qui lui a permis de côtoyer des grands jouteurs d’Afrique. Sa blessure au genou à Dijon, ayant entravé sa progression  est son plus mauvais souvenir.

O. Roger   Tél (00223) 63 88 24 23

 

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