Coin des Artistes :Moussa Keita

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Dans le souci de révéler les talents cachés des artistes méconnus par le public, l’équipe du coin des artistes s’est rendue la semaine dernière chez un jeune artiste peintre, très inspiré, au quartier Sokorodji en commune VI du district de Bamako. C’est à cette occasion que nous avons réalisé cette interview.

Le prétoire: Présentez-vous à nos lecteurs
Moussa Keïta: Je suis Moussa Keïta, fils de Yacouba et de Alimata Diarra, dessinateur, peintre de mon état. Je suis domicilié à Bamako, au quartier Sokorodji.                                                                                 

Comment avez-vous accédé à ce métier?
Moussa Keïta : Je suis un disciple de mon père, Yacouba Keïta,  un professeur de dessin au lycée Notre Dame du Niger de Bamako. C’est par amour que j’ai appris à dessiner et à faire des tableaux auprès de lui qui d’ailleurs disait que «l’art n’est pas considéré dans notre pays». C’est pour cette raison qu’il s’est consacré à l’agriculture dans son champ de culture où il passait plus de temps à cultiver que de faire des tableaux.

Pour la réalisation de vos tableaux, quels sont les matériaux que vous utilisez le plus souvent ?
Avant de répondre à votre question, je tiens à dire qu’il faut d’abord avoir l’amour et le don de la chose et surtout avoir la technique, notamment connaître le système de collage. Pour répondre alors à votre question, je dirai que pour la  confection des tableaux, il faut d’abord passer à la collecte d’un certain nombre de choses, à savoir le céréale, du sable que nous appelons en bambara «tien-tien bari», des perles, des brisures de riz, des supports en bois verts ou du miroir. Tout ça, selon le format souhaité par le client.

Combien de jours faut-il pour la confection d’un tableau?
Moussa Keïta: Nous prenons beaucoup de temps des fois pour la fabrication des tableaux, pour la simple raison que le travail est beaucoup plus complexe et ça dépend aussi du format dudit tableau. Donc le temps varie entre deux et trois jours, voire une semaine pour certains tableaux.

Envisagez-vous de créer une entreprise dans les jours à venir?
Moussa Keïta: Bien sûr que oui ! Si Dieu me donne les moyens de créer une entreprise. Mais pour le moment, je travaille à la maison et mon père m’aide pour la réalisation des tableaux.  J’avoue également que cette idée de création d’entreprise m’est venue il ya très longtemps, mais il faut savoir qu’au jour d’aujourd’hui, les Maliens ne portent pas autant d’intérêt, c’est-à-dire  les moyens ne sont pas mis pour aider les artistes. A titre d’exemple, même les élèves de l’Institut national des arts sont en train de suivre leurs formations dans des conditions très difficiles car le matériel utilisé n’est pas la qualité souhaitée.                                                                                                                                            

Avez-vous participé à des expositions au Mali?
 Moussa Keïta: Non, pas pour le moment car je trouve que les prix des stands des expositions sont trop chers pour moi. Comme je vous l’ai dit tantôt, le Malien n’accorde pas trop d’importance à la culture, encore moins à ce que nous faisons. Imaginez qu’un tableau qu’on fabrique durant deux ou trois jours et avec tout ce que nous dépensons, ne puisse se vendre qu’à 4000 ou 5000Fcfa au maximum. Donc pourquoi faire plus de dépenses pour ne rien avoir au finish ?

Quand est-ce que vous recevez beaucoup de commandes?
Moussa Keïta: Nous avons des commande durant les douze mois de l’année, mais j’avoue que c’est généralement aux moments des fêtes de fin d’année, de  Saint valentin, de la fête des mères et quelques fois pour des cadeaux de mariage, d’anniversaire, etc.  

Quelle est votre appel et votre dernier mot?
Moussa Keïta: Je lance un appel aux autorités de notre pays, en leur demandant d’investir encore plus de moyens dans le secteur de l’artisanat. Ils en ont beaucoup fait, j’en suis conscient, mais il reste encore beaucoup à faire. Quant à la société civile, je lui demande tout simplement d’accorder une importance capitale aux réalisations des artistes du pays. Les tableaux que les gens achètent en Europe à des prix trop élevés, ils peuvent les avoir ici, mais le problème est que ce sont les ressortissants d’autres pays qui accordent beaucoup plus de valeur aux œuvres des artistes maliens que les Maliens eux-mêmes. Donc je demande à la société civile et au gouvernement, encore une fois, de nous aider beaucoup plus. 
Seydou Oumar N’DIAYE

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