Après son investiture : Dioncounda Traoré doit se mettre au travail 

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L’actuel président de l’Assemblée nationale devra sérieusement retrousser ses manches avant avril 2012 face à des candidats aussi déterminés que lui. Redorer son blason après la fronde autour du Code de la famille, consolider les acquis du parti et travailler à renforcer l’unité et la cohésion au sein des troupes… Le  défi est immense pour le représentant des Abeilles. 

Au travail, et maintenant ! Le président de l’Adéma/PASJ, Dioncounda Traoré, est parvenu à faire l’unanimité autour de sa candidature pour défendre les couleurs du parti aux élections présidentielles d’avril 2012. Son investiture officielle a eu lieu ce week-end en présence des autres prétendants. Et le discours tenu par l’un de ses  concurrents sérieux, Ibrahima N’Diaye, est plus rassurant : « Nous respectons la conclusion de la Commission et les engagements que nous avons pris. Notre devoir est de nous rallier derrière le candidat choisi, et de l’aider dans le combat ».

Face à un Code de la discorde
Si Dioncounda Traoré a franchi l’étape la plus difficile dans sa course à la présidence de la république, il n’est pas au bout de ses peines.  L’actuel président de l’Assemblée nationale sait qu’il devra retrousser ses manches avant le jour-J face à des candidats aussi déterminés que lui. Le candidat de l’Adéma sait qu’il doit  redorer son blason auprès de la communauté religieuse. Au sein de l’opinion publique, ses partisans devraient faire appel à de grands spécialistes en communication pour travailler son image ternie par le vote du projet du Code des personnes et de la famille, le 3 août 2009, par l’Assemblée nationale. Tout au long de la fronde née de l’adoption de ce texte très controversé, Dioncounda Traoré a encaissé beaucoup de coups dont il porte encore les stigmates. Mais il a conscience du défi à ce niveau. Et ces récentes sorties pendant les rencontres religieuses, commencent à porter leurs fruits. Sa visite chez le Chérif de Nioro du Sahel, sa participation à la rencontre des Oulémas de l’Afrique de l’ouest, son parrainage de la Conférence internationale sur le dialogue islamo-chrétien, etc. participent d’une stratégie de séduction qui ne dit pas son nom. Le dimanche soir, dans l’émission « Questions d’Actualité » de la chaine nationale sur le Code de la famille, le président de l’Assemblée a eu un discours plutôt conciliateur. S’il est d’accord que le Code est indispensable pour notre pays, il donnera l’assurance que son adoption se fera sur la base du consensus, en prenant en compte les préoccupations de toutes les parties. Cette première opération de charme semble lui réussir après un contexte d’extrême tension entre les confessions religieuses et l’Assemblée nationale.

Un bilan à consolider
Dioncounda Traoré n’est pas une candidature à minimiser pour la succession au président Amadou Toumani Touré. A 69 ans, le député élu dans la circonscription électorale de Nara (région de Koulikoro)  attend son heure. Même si sa galaxie se met peu à peu en place, la tâche s’annonce difficile pour lui. Malgré toutes les vicissitudes, voire les peaux de bananes glissées sous ses pieds, cette figure emblématique du mouvement démocratique, « très cultivé et assez modeste » n’a jamais quitté les rangs de sa formation de base. Cet homme « courtisé pour son savoir, sa science et son expertise » dans divers domaines, continue de séduire également de nombreux militants du fait de son extrême humilité. Son bilan à la tête du parti pendant 11 ans est flatteur aux yeux de nombreux observateurs. Président de l’Adéma depuis 1999 (après le départ de IBK), Dioncounda Traoré est présenté comme « un homme de compromis » et celui qui « encaisse les coups ». Les analystes les plus avertis lui créditent de réelles chances. Beaucoup estiment que l’actuel président de l’Assemblée nationale bénéficie du soutien, jusqu’à preuve du contraire, de son mentor Alpha Oumar Konaré. Le bilan de son action à la tête du parti peut aussi jouer en sa faveur. Avec 53 députés actuellement à l’Assemblée nationale, et 3.336 conseillers municipaux, Dioncounda Traoré peut se vanter d’un bilan plutôt positif. Ancien ministre de la défense et de l’administration territoriale sous Alpha Oumar Konaré, le professeur de mathématiques a, sans doute, un parcours de présidentiable.

Son défi aujourd’hui est de consolider ce capital. Il doit davantage travailler au renforcement de l’unité et de la cohésion au sein de son parti et à redynamiser les structures de base. Si ces dernières années l’Adéma n’est pas exempte de démissions dans ses rangs, il en a enregistré très peu après les élections législatives d’août 2007. Au contraire, les adhésions ont pris le pas. En témoignent la fusion avec le RND de Me Abdoulaye Garba Tapo, et le rapprochement (après la fusion ratée) avec le Parena de Tiéblé Dramé. L’Adéma unifié jusqu’aux élections de 2012 constitue une grosse menace pour les partis (cités) favoris comme l’URD. Mais pour cela, le candidat Dioncounda Traoré doit davantage se mettre à la tâche avec ses hommes.
Issa Fakaba Sissoko

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