Chronique satirique : l’adema ou le parti du festin à l’Adema, manger est une religion. Et tant pis pour les programmes !

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festinademaOn l’oublie souvent, mais l’ADEMA est le seul parti à avoir conjugué (et pratiqué) le verbe “manger” à tous les temps de l’indicatif, notamment à l’imparfait, au passé simple, au passé composé et au présent de l’indicatif. Vous en doutez, hein ? Eh bien, conjuguons donc !

L’ADEMA avait mangé (et comment !) sous Balla et les Balladins: à cette époque de parti unique, comme le “grand républicain” de l’UDPM était fort craint, les démocrates convaincus et les patriotes mangeurs de l’ADEMA mangeaient en cachette sous le couvert d’une doctrine toute alimentaire : l’entrisme politique.

A la chute de Balla, l’ADEMA mangeait aussi sous la Transition de 1991. Le “Vieux Commando”,  chef de la Transition, avait à coeur de donner de gros gigots à l’ADEMA car il craignait comme la peste de léguer le pouvoir aux exaltés du CNID qui prétendaient faire du “Kokadjè” (lutte contre la corruption) dans un pays où les dessous de Boeing, pardon!, les dessous de table sont une vieille tradition.

A la fin de la Transition, l’ADEMA (Al-hamdoulillah!) gagna les élections et alla jusqu’à porter son candidat à Koulouba; elle mangea donc de plus belle. Et pour mieux tenir la marmite, le parti exigeait la Primature (rien de moins!). Le président Alpha Oumar Konaré lui refusa  ce privilège, de crainte, sans doute, que le parti ne meure d’indigestion. De colère, l’ADEMA, soutenue dans cette noble tâche par des opposants et l’association estudiantine (AEEM), mit le pays à feu et à sang jusqu’à l’avènement à la Primature d’un bastonneur de première classe, LadjiBourama, qui siffla la fin du festin de récréation.

Au départ de Konaré du pouvoir, l’ADEMA, battue aux législatives par la coalition “Espoir 2002” de LadjiBourama, freina des quatre fers quand on la pria d’occuper les bancs de l’opposition. Un opposant, se dit-elle, se nourrit-il d’autre chose que de cacahuètes ? Boit-il autre chose que du quinquéliba ? Le “Vieux Commando”, nouvel hôte de Koulouba, se résolut par conséquent à inviter les Abeilles à la table. Et elles se mirent à manger de bon appétit.

Quand, en 2007, le “Vieux Commando” décida de rempiler à la tête de la marmite nationale, l’ADEMA ne fit ni une ni deux: elle renonça à présenter son propre candidat et offrit son soutien à l’homme qui l’avait si bien fait manger depuis cinq ans. A l’occasion, son président, Dioncounda Traoré, la bouche remplie de gâteau beurré, se fendit d’une révélation fracassante en annonçant que le “Vieux Commando”, bien que militaire, fut un des tout premiers militants du parti.

Le “Vieux Commando” renversé, l’ADEMA se retrouva subitement (et encore une fois !) au milieu de la cuisine, entouré de gigots de mouton, de lait Nido et de pain au raisin. C’est, en effet, son président, Dioncounda, qui hérita de la direction de la Transition, malgré les hauts cris de la junte qui tenait à éradiquer la race politicienne et, surtout, alimentaire. L’ADEMA de manger, de manger !

L’intérim présidentiel de Dioncounda Traoré fini, le parti fait le mauvais choix de s’allier au candidat Soumaila Cissé, lequel est battu par LadjiBourama.  Sentant son destin alimentaire basculer vers les enfers, le parti rue dans les brancards. Son candidat attitré, Dramane Dembélé, nomadise avec armes, bagages, fourchettes et cuillères chez le nouvel élu. Il est vite rejoint par l’appareil entier de l’ADEMA qui, aujourd’hui comme hier, mange tranquillement dans les petits plats de LadjiBourama. Quand je vous parlais de conjuguer à tous les temps, j’avais raison, n’est-ce pas ? Même le futur simple y trouve son compte dans la mesure où, laissant les programmes et autres paperasses au vestiaire, l’ADEMA mangera si, demain, un Oumar Mariko ou un Guimba National arrive au pouvoir.

A force de manger à tous les râteliers et de se promener de table en table, le parti a oublié depuis longtemps sa profession de foi socialiste. Que l’hôte de Koulouba soit libéral ou communiste, indépendant ou dépendant, l’ADEMA est prête à l’accompagner. Du coup, la discipline a foutu le camp au profit du nomadisme alimentaire : dans la Ruche, chacun va et vient comme dans un moulin, sans encourir la moindre sanction. Au point qu’aujourd’hui, le parti a confié ses rênes à Tiémoko Sangaré qui, il y a quelques années, avait nomadisé vers le MIRIA avant de faire machine arrière à cause de la faim et de la soif. Quant à Dramane Dembélé, qui avait abandonné, en 2013, le parti au milieu du gué pour transhumer chez LadjiBourama, il est, depuis une semaine, le puissant 2ème vice-président de l’ADEMA. Ce retour en grâce, “Dra” ne l’aurait probablement pas obtenu s’il n’avait, entre-temps, gagné un poste ministériel, synonyme de festin.

Doit-on en vouloir à l’ADEMA ? Que non! Dans la conception locale de la démocratie, un politicien ne vaut que par les services qu’il peut rendre autour de lui. Un opposant n’ayant que des mots et des maux à distribuer, bien sot qui le suit!

 

 

Tiékorobani

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2 COMMENTAIRES

  1. Merci Tièkorobani pour cette vérité crue, écrite avec la manière. Les cadres auxquels le Parti a tout donné, ont trahi les idéaux pour leur ventre et leur confort personnel. Cela ne date pas d’aujourd’hui mais depuis l’avènement de l’actuel locataire de Koulouba à la présidence du Parti, par la complicité d’un certain AOK. Depuis, la légitimité politique a claqué la porte pour laisser place à ce que l’on sait aujourd’hui. L’ADEMA PASJ va vers son déclin et sa disparition de la scène politique malienne. Hélas.

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