Infos ou intox : Drôles de zèbres !

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«Où va le Mali ?», c’est par cette interrogation «généreuse» que le confrère Jeune Afrique (J.A) s’intéresse à notre pays pendant 34 pages. Où va le Mali ? Certainement pas dans la direction vers laquelle semblent vouloir le tirer Me Kassoum Tapo et ses petits copains de la majorité gouvernementale et de l’hebdomadaire panafricain. Me Kassoum Tapo ? Il parait qu’il est le président de la commission des lois de l’Assemblée nationale, élu je ne sais plus où. A lire l’interview qu’il a accordée à J.A, la question qui vient à l’esprit n’est pas de savoir qui il est mais plutôt celle-ci : d’où sort-il, celui-là ? Parce qu’on dit qu’il est juriste (avocat, peut-être), qu’il a été président de la CENI de 1997 au compte de la société civile (ce qu’aucun Malien n’est près d’oublier), qu’il a créé puis cédé à l’Adema le parti RND. Et que depuis, il tente sans grand succès de se faire valoir dans la Ruche où il serait plus proche des frelons. Mais ce que personne n’aurait soupçonné chez lui, c’est que cet avocat, d’après lui, inscrit au barreau de Paris, est un fin connaisseur du Mali, un spécialiste de la décentralisation, un détenteur des secrets les plus cachés de la République.

Il aurait ainsi déclaré à J.A que le Mali est composé de huit régions et d’un district, ce que tout le monde sait ; que le Mali compte 54 cercles ou sous-préfectures et 797 communes, ce qu’à part lui et lui seul, personne d’autre ne savait en Afrique. Depuis des années, notamment depuis qu’il s’est mis en tête le redécoupage administratif de son pays, le président Amadou Toumani Touré, à chaque adresse à la nation rappelle que le Mali a 703 communes et 48 cercles. A préciser, en passant, que s’il y a des sous-préfets au Mali, il n’y a pas encore de sous-préfecture, l’administration ayant gardé l’ancienne appellation de cercle. Dans le métier, le conditionnel et le doute sont nécessaires, d’où cette interrogation : Kassoum Tapo a-t-il réellement dit tout cela ou bien c’est Cherif Ouazani (l’envoyé spécial de J.A à Bamako) qui invente ? Les deux hypothèses sont possibles.

En effet, Me Kassoum Tapo, migrant politique notoire sans véritable conviction politique, pourrait raconter n’importe quoi. Surtout si on se rappelle qu’il est le principal organisateur des élections les plus bâclées, catastrophiques et contestées de l’histoire nationale. Elections pendant lesquelles des milliards de FCFA, fruits de la générosité de l’extérieur, sont partis en fumée sans forcément suivre la direction du bon vent. De plus, au cours du même entretien, «l’éminent» avocat, se prétendant dans le secret des dieux, aurait révélé que la question du fichier électoral a été tranchée et que c’est le RACE (Recensement administratif à caractère électoral), élaboré en 2002, qui sera utilisé. Et quid du FEC (Fichier électoral consensuel) du général Kafougouna Koné ? Apparemment, Me Tapo ne même connaît même pas. Pire, ce monsieur qui crève de travail à l’Assemblée nationale ne suit même plus l’actualité et ses propres prismes et règles. Pour lui et lui seul, la nouvelle CENI compte 20 membres au lieu des 15 imposés par le ministère de l’administration territoriale et des collectivités locales. A moins qu’il ne dise vrai et que 05 membres soient cachés dans la manche du général, prêts à faire basculer la vérité dans le camp du plus fort.

D’autre part, l’envoyé spécial de J.A peut tout autant être épinglé sur plusieurs sujets, preuve qu’il ne maîtrise pas tant que ça son sujet, qu’il était plus préoccupé par les contrats publicitaires, ou que, tout simplement, il n’a pas effectué le déplacement de Bamako. En effet, dans son «classement» des partis politiques, il met derrière le PASJ (en tête) tantôt le PDES tantôt l’URD. Et pour en rajouter à la confusion, en ces temps où l’on polémique beaucoup sur l’âge des présidentiables, il écrit, sans sourciller, que Soumi Champion est revenu au Mali en 1984 à l’âge de 45 ans ; ce qui, 27 ans plus tard, lui aurait fait 72 ans au lieu des 62 mentionnés. Panne de calculette ?

Dans un autre papier sur « ce qu’ATT veut laisser en héritage », Ouazani affirme qu’Ali Nouhoum Diallo s’est engagé avec « touche pas à ma constitution » dans le combat contre la « présidentialisation du régime » à titre personnel, alors que l’ancien président de l’Assemblée nationale ne cesse de crier sur tous les toits et terrasses qu’il agit sous couvert de l’Adema association. Dans le même papier, une autre «révélation» : «la révision du fichier électoral a débuté le 1er octobre et s’achève le 30 novembre». Faux, aurait affirmé Kafougouna Koné qui ne cesse de déclamer sur les antennes de l’ORTM que la révision de la liste électorale se déroule du 1er au 31 octobre. Et comme les Maliens, en général, attendent toujours la dernière minute pour agir, ils pourraient bien croire en J.A et attendre novembre.

Voilà un grief à l’endroit de l’envoyé spécial. Il est nourri par Oumar Mariko (SADI, opposition) à qui le journal prête plusieurs déclarations. Pourtant, le député affirme n’avoir été contacté ni de près ni de loin par Ouazani.

Pour conclure : les deux peuvent avoir raconté des craques. Le député voulant avoir sa tronche dans un canard international. Le journaliste désirant justifier les nombreuses pages d’insertions et le publireportage qui ne dit pas son nom. Et dire que certains trouvent le moyen de défendre ces drôles de zèbres contre Le Canard enchaîné!

Cheick TANDINA

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