Election présidentielle 2012 : IBK à deux doigts de Koulouba…

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A quelques encablures des échéances électorales présidentielles de 2012, tous les Etats-majors politiques sont en ébullition. Candidats déclarés ou non, chacun grouille royalement pour montrer son côté le plus photogénique en attendant le moment fatidique. Parmi eux, Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK), président et candidat investi du RPM, sa formation politique, prépare discrètement sa monture. Pour ses partisans, il n’est qu’à deux doigts du Palais présidentiel. «Les moyens les plus sûrs d’arriver à Koulouba sont ceux qui auront été les mieux préparés», nous confie un de ses «lieutenants». Pourquoi tant d’assurance ? Analyse d’une candidature chargée de symboles.

Depuis son arrivée aux affaires sous le régime du président Alpha Omar Konaré dans les années chaudes de 1994 comme Premier Ministre, Chef de Gouvernement, Ibrahim Boubacar Kéïta, a imposé aux Maliens l’image d’un homme d’Etat, d’un homme intègre épris de justice et patriote. Cette image lui colle si bien à la peau qu’il brille de son éclat à chaque occasion de rencontre avec ce peuple convaincu et acquis à sa cause. «On peut tout lui enlever, tout lui prendre, sauf cet admirable pli qui fait sa personnalité», témoigne un de ses anciens collaborateurs qui a requis l’anonymat. Il est clair qu’au Mali, IBK est sans conteste l’une des plus fortes personnalités du Mali contemporain. C’est bien à ce titre qu’il ne peut plus se contenter d’un rôle de second couteau dans l’œuvre de construction nationale. Il a un destin particulier, très particulier.

Pourtant au départ, rien ne le prédestinait pour être une personnalité centrale du Mali à un des moments les plus déterminants de notre histoire. Ceux qui ne l’aiment pas trop, l’accuse d’être un consultant pour de sombres structures en Europe et en Afrique. Or, plus qu’un simple consultant, IBK fut un militant agitateur dans les campus universitaires de la France. Il y eut l’occasion de côtoyer de grands leaders africains avec qui il partageait les idées, les convictions politiques et syndicales. Il n’est donc pas militant de la vingt cinquième heure.

Il marquera les observateurs politiques de l’aube de notre ère démocratique, lorsqu’il est appelé à des fonctions de Conseiller à la présidence de la République sous son amis et frère Alpha. Très vite, il se voit attribuer des épithètes de celui de «Conseiller qui dérange». Son franc-parler et sa liberté d’opinion font de lui un cadre craint de ses collaborateurs. Il se retrouve Ambassadeur du Mali en Côte d’Ivoire sous Félix Houphouët Boigny qui refuse sa lettre de créance à cause de ses amitiés avec l’opposant téméraire de l’époque, Laurent Gbagbo.

En 1994, la jeune démocratie malienne commence à vaciller avec les mouvements violents du très agressif syndicat des élèves et étudiants du Mali. Deux Gouvernements rendent successivement le tablier. Abdoulaye Sékou Sow, et Younoussi Touré alors premiers ministres respectivement ne réussissent pas à restaurer l’autorité de l’Etat. Le Mali tangue sous la menace d’une prise de pouvoir par la rue. Pour sauver les meubles, Alpha avait besoin d’un «fusible», un téméraire comme IBK pour prendre les choses en mains. Rétablir la dignité de l’Etat et faire prévaloir le respect dû aux institutions. Le Parlement, à l’époque, ne voulait presque rien dire aux Maliens. Leurs locaux ont été purement et simplement saccagés.

Pour la première fois, le Mali démocratique faisait face aux épreuves de la gouvernance démocratique. A la tête d’un Gouvernement à moitié rajeuni et légèrement féminisé, IBK sauve le Mali du péril anarchique qui se profilait à l’horizon. Au sein du parti, il tient à mettre les points sur les «i». Les comploteurs ont été démasqués et anéantis. Alpha doit sa survie politique de l’époque à l’homme qui le «dérangeait» pourtant. Pendant six ans de règne à la tête du Gouvernement, IBK a été le véritable fusible dont Alpha avait besoin. Il réussit à gérer les contingences au sein du parti qu’il impose comme une véritable force politique, une machine électorale que rien ne pouvait arrêter. En clair, il donne à Alpha les moyens de «régner» presque sans ennuis pendant ses deux mandats.

Sa popularité ne fait que prendre l’ascenseur pendant les trois premières années du second mandat d’Alpha. Au plan international, IBK était devenu un homme d’Etat de référence en Afrique. Certains chefs d’Etat imprudents vont jusqu’à dire de lui qu’il est le «successeur naturel du président Alpha». Ce que pensaient de lui la majorité des militants du parti Adéma-PASJ. Un monstre électoral qu’il avait créé dans la perspective de conservation du pouvoir après Alpha. Mais, ce dernier avait son plan qu’il n’a jamais évoqué publiquement.

Alpha estime qu’IBK n’a travaillé que pour lui-même. Secrètement, certains cadres du parti et Conseillers du président Alpha avaient mission de voir dans quelle mesure on pourrait revoir le mandat présidentiel. Sur leur chemin, IBK se dresse, ferme et déterminé à tuer le projet pour la simple raison qu’il n’a pas été consulté et donc, il s’agirait d’une manœuvre initiée par des opportunistes du Palais. Mal lui en prit lorsque par naïveté, il aborde le sujet avec des «espions» de Koulouba qui rapportent méchamment au président que IBK aurait dit «qu’il ferait tout pour s’opposer au projet qu’il qualifie de tentative de trahison du peuple Malien». L’histoire retiendra donc que c’est de là qu’est parti le divorce entre les deux hommes qui ont désormais choisi de ne plus jamais s’entendre. Exit alors IBK jusqu’en 2012 où Alpha impose ATT comme son candidat estimant que l’Adéma-PASJ n’a pas de candidat crédible et qu’il fallait tout faire pour barrer la route à IBK.

L’ouragan qu’il trimballe est pourtant trop puissant. Les Maliens voient en IBK, un président spolié de son mandat avant même le scrutin. L’Adéma-PASJ, ou du moins ce qu’il en, restait vacillant derrière son candidat Soumaïla Cissé qu’Alpha et ses amis refusent de soutenir.

ATT lui-même est déstabilisé par le courant de sympathie qui mène le destin d’IBK. Le résultat des urnes mourra avec ses secrets. Mais, les partisans d’IBK sont inconsolables et refusent de croire à la défaite de leur candidat dès le premier tour. Entre les deux tours de l’élection présidentielle, le destin commun des Maliens et de leur démocratie ne tient qu’à un seul homme : Ibrahim Boubacar Kéïta rejoint par les leaders de l’opposition radicale qu’il avait pourtant séquestrés en 1997.

Les plus radicaux des militants du RPM mettent la pression sur IBK pour qu’il refuse de reconnaître sa défaite. Pour les soulager, IBK décide d’organiser un meeting. Le Stade du 26 Mars refuse du monde. Tout le Mali retient son souffle, Alpha croise les doigts. IBK presqu’en larmes est appelé à nouveau à faire le choix entre le Mali et ses intérêts personnels. Il sait qu’avec un seul mot, le Mali prenait feu. L’homme choisit non seulement le ton, mais il pèse chaque geste et mesure la portée de chaque propos. Les mots ne viennent pas du hasard. Bref, rien n’est improvisé.

Ce jour-là, IBK savait bien qu’il n’avait aucune gloire de prendre le pouvoir dans le sang des Maliens. Il s’en remet au verdict truqué des urnes et appelle ses partisans au calme. «Le jour de notre gloire arrivera. Ce jour arrivera où la vérité finira par triompher du mensonge et de la calomnie», confia-t-il à ses amis, tenant un mouchoir blanc en main. Tout un symbole pour un peuple

Pour réaffirmer sa grandeur d’âme, il n’hésita pas appeler à voter pour ceux qui lui avaient «volé» son mandat. Ce n’était pas la descente aux enfers pour autant. IBK accepte humblement d’aller compétir aux législatives en Commune IV où il doit croiser le fer avec de jeunes loups aux dents longues, décidés à «l’enterrer définitivement».

Il réussit à sauver la mise de justesse. Il est élu président de l’Assemblée Nationale. Encore une fois, il a tout pour devenir un opposant nerveux, mais il choisit de «composer» avec le régime, exigeant le respect de sa dignité d’homme d’Etat. Chose que d’aucuns voulaient lui arracher à tout prix. Or, IBK tenait à une seule chose plus qu’à tout : rester digne jusqu’au bout, quoi qu’il advienne. Ce pari, il l’a gagné. Ce capital de personnalité qu’il s’est forgé tout au long de sa carrière politique, fait de lui aujourd’hui l’homme politique le plus crédible de toute la scène politique nationale.

Parmi donc les candidats qui se sont affichés ou non, le président du RPM sort du lot de ceux qui doivent d’abord convaincre de leur intégrité morale, de leur qualité d’homme d’Etat et de leur personnalité. Il n’appartient pas à la catégorie de ceux qui doivent prouver qu’ils aiment leur pays. IBK est un homme qui n’a pas froid aux yeux à n’importe quelle tribune.  Totalement différent des flagorneurs de la génération fourvoyée, il est un Malien, le vrai que les Maliens méritent pour rendre à notre pays toute sa dignité et sa grandeur. Mais, il sait aussi qu’il ne doit pas trahir le peuple qui l’attend au seuil de 2012. Trahir, voulant dire garder les pantoufles jusqu’au dernier moment. Car, à deux pas de Koulouba, on ne dort jamais !
Abdoulaye NIANGALY

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