Mémorandum pour un \”fichier électoral biométrique et fiable\” : Manœuvre de diversion politicienne ou agitation pour un report des élections?

0

On lui avait prêté l’intention de vouloir prolonger son pouvoir à la tête du Mali, son second mandat s’achevant dans dix petits mois. Le président de la République Amadou Toumani Touré, puisque c’est de lui qu’il s’agit, ne cesse d’affirmer et de prouver que les élections générales de l’an prochain doivent se tenir à bonne date pour lui permettre de passer le témoin à son successeur, au plus tard le 8 juin 2012, avant midi et aller s’offrir un repos bien mérité dans sa ville natale, Mopti . Seulement, il semble que la tâche ne va pas être facile à ATT quand une partie de la classe politique affiche une claire  intransigeante à propos du fichier électoral.

Après le choix du fichier électoral consensuel (FEC) ou fichier tiré du Recensement administratif à caractère électoral (RACE) amélioré fait par le Comité des experts des partis politiques et de la société civile sous la conduite du ministère en charge des élections, le département de l’Administration territoriale et des collectivités locales, une partie de la classe politique ne semble toujours pas rassurée. Elle affirme douter de la volonté du pouvoir à organiser des élections transparentes, libres et démocratiques.

     Le Pr Younouss Hamèye Dicko du Rassemblement pour le Développement et la solidarité (RDS), Dr Abdoulaye Amadou Sy du MPLUS/RAMATA et d’autres chefs de partis continuent de remuer ciel et terre pour ameuter l’opinion sur leur…patriotisme. "Nous aimons notre pays et nous ne voudrions pas que les soubresauts qui ont émaillé la période postélectorale dans certains pays arrivent chez nous", s’exclamait un leader de ce regroupement de 32 formations politiques qui était face à la presse le vendredi dernier.

 Nos leaders doutent de la volonté du Gouvernement d’organiser des «élections transparentes, libres et démocratiques» dans les délais constitutionnels l’an prochain. Certains leaders continuent de s’agiter afin  dit-on, de "faire la sentinelle pour une bonne organisation des élections générales de 2012". Les formations politiques comme l’ANC, BMDT, CNID-FYT, CODEM,COPP, FDM, MADI, MCRM, MDD, MPJS, MPLUS/RAMATA, MPR, PARENA, PARI, PASD, PDM, PE du Mali, PJD, PJDD, PPP, PRDT, PSDM, RCA, RDP, RDS, RpDM, SADI, UDM, UM-RDA Faso Jigi, URD, YELEMA viennent d’attirer bruyamment l’attention par un "Mémorandum des partis politiques pour un fichier électoral biométrique et fiable". Ce mémorandum, a expliqué face à la presse le conférencier principal, Pr Younouss Hamèye Dicko, a été rédigé le 24 juin 2011, remis ensuite au Chef de l’Etat avec une demande d’audience pour le rencontrer.

   Les représentants de ces partis ne sont pas encore reçus par le président de la République mais ils tenaient à faire connaître à l’opinion leur inquiétude. Pour  le président du RDS, le fichier électoral retenu par le comité des experts n’est pas le RACE et ne saurait l’être comme on tente de le faire croire à l’opinion.  Il avait réfuté toute idée de "Race améliorée" arguant, avec une teinte d’humour, que "les élections ne sont pas l’élevage au niveau duquel on peut avoir des races ou des espèces de vaches à améliorer…". Pour Pr Younouss Hamèye Dicko, il n’y a rien à améliorer dans un fichier  dont les insuffisances sont telles qu’il a été décrié par tous les partenaires des élections. Seulement, le hic est que ce fichier, conçu en 2001 a servi à toutes les élections jusqu’à aujourd’hui. Et l’impossibilité matérielle d’achever le processus du Recensement administratif à vocation d’Etat-civil (RAVEC) n’est contestée par aucun acteur politique. Et il faut souligner que les autorités et toute la classe politique avaient fondé beaucoup d’espoir sur le RAVEC.

Or, il est établi aujourd’hui que si le Gouvernement s’accroche à mettre au point un fichier électoral sur la base de ce recensement, il sera dans l’impossibilité d’organiser les élections dans le délai constitutionnel. Alors que l’exigence fondamentale et non négociable pour le modèle démocratique malien d’aujourd’hui est que les élections soient organisées selon le chronogramme que le Gouvernement s’apprête à rendre public : la présidentielle en avril-mai 2012, les législatives en juillet de la même année. Conséquence : la loi du "un tiens vaut mieux que deux tu l’auras" doit inexorablement s’appliquer  à la classe politique malienne. Ceci, surtout que tous les acteurs se sont accordés sur la nécessité d’améliorer, de façon substantielle, le fichier RACE existant. Un fichier qui, il faut le rappeler, a été conçu exclusivement  pour les élections; alors que le RAVEC devrait prioritairement servir à doter les Maliens de pièces d’identité.

En s’époumonant à alerter et à ainsi semer des germes de tension dans les consciences, les responsables politiques initiateurs de ce mémorandum semblent scier la branche d’arbre sur laquelle ils sont assis.

En outre, en criant urbi et orbi que le Gouvernement doit chercher à intégrer dans le fichier actuel des données biométriques dans un laps de temps aussi court, Pr Younouss Hamèye Dicko et ses amis pourraient plutôt donner l’impression d’être des leaders agitateurs dignes d’une époque révolue. Au point que certains observateurs de la scène politique nationale se demandent si ces sautes d’humeurs, ces coups de gueuele intempestifs sont des manœuvres politiciennes ou une tactique de pure diversion pour mettre ATT dans une position où le pays s’obligerait à une Transition aux conséquences insoupçonnées. Qu’à Dieu ne plaise ! 

Comme on le voit, le moindre mal  pour la démocratie malienne aujourd’hui est d’aller aux urnes à date échue avec le fichier existant, actualisé et rendu plus fiable grâce à la traditionnelle révision annuelle d’octobre à décembre. Les différents partis politiques gagneraient plus en crédibilité et en «patriotisme» à unir leurs efforts pour une participation de leurs militants à ces séances de révision avec les commissions administratives dans le but de marginaliser les insuffisances contenues dans ce dispositif électoral.  

  

 

Bruno D SEGBEDJI

 

Commentaires via Facebook :

PARTAGER