Y a-t-il un avenir pour le Mali ?

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Un mauvais dirigeant joue un rôle destructeur dans la population  tout comme une grande sécheresse a un effet dévastateur sur la végétation. Ainsi résumé ce texte écrit par Ousmane sow avant son décès (NDLR).

Feu Ousmane Sow

Feu Ousmane Sow

Y a-t-il un avenir pour le Mali ?

Dans un monde appelé à connaître de terribles bouleversements liés à la rareté des ressources vitales, quel sera le sort du Mali ?

J’ai récemment rencontré un ingénieur malien qui œuvre dans la haute technologie à Montréal depuis près de 20 ans après de brillantes études à l’EN Sup de Bamako.

De prime abord, j’étais étonné de découvrir que l’homme était originaire du Mali puisqu’il parlait un anglais sans accent et semblait merveilleusement intégré à son environnement en Amérique du Nord.

Il est spécialiste dans un domaine scientifique extrêmement rare. Si l’on se réfère à la Théorie de l’accomplissement d’Abraham Maslow, notre homme est vraiment « arrivé » sur cette terre et ce à la sueur de son… cerveau.

Une fois passé le sujet de la rencontre, j’ai entamé une discussion personnelle avec lui. Naturellement, je ne pouvais ne pas évoquer la terre natale. Sur un éventuel geste d’engagement envers le Mali, sa réponse a été sèche : « Mon cher frère, je te donne un conseil d’ami : oublie ces républiques de banane et concentre-toi sur ton travail ici au Canada. Des pays comme le Mali n’ont aucun avenir, c’est comme les tocards aux courses de chevaux. A part le blablabla habituel, rien ne changera, rien n’avancera. Ne parle surtout pas de ce pays natal à tes enfants, tu vas les déstabiliser en leur faisant croire qu’il y a quelque chose de bon là-bas. Personnellement, je n’ai aucune intention de m’y installer même après ma retraite et franchement, je suis content que mes enfants n’y aient rien à cirer. Ce genre de pays est appelé à faire partie des reliques de l’Histoire de l’humanité ! ».

J’avoue que sur le coup, je suis resté sonné, sans mot. Je ne pouvais pas répliquer tellement la charge était empreinte de mépris. Il ne semblait y avoir aucune forme de nostalgie ou de reconnaissance dans sa voix. Pour lui, le Mali se conjugue au passé et passons à autre chose. Et ce n’est pas la première fois que j’entends ce genre de discours de la part d’autres nationalités africaines ou antillaises. Mais d’un Malien !

De par ma nature, je fuis systématiquement les personnes négatives, celles qui répètent ad nauseam qu’il n’y a pas de futur, ne sont pas capables de faire des nuances. Franchement, je n’aime pas les fatalistes et les défaitistes. De même que je n’aime pas les personnes soumises, incapables de se rebeller, prêtes à tout accepter sans broncher tant que cela leur procure un cure-dent.

De mon point de vue, la grâce de l’Homme sur terre est son intelligence. Nous devons remercier Dieu de nous avoir pourvu de cette extraordinaire capacité de raisonnement et d’action qui nous permet de dompter la nature et d’améliorer notre sort. C’est cette intelligence également qui offre à l’homme le libre-arbitre : se coucher devant l’incurie ou se mettre debout chaque fois qu’il en sent le besoin.

Une fois à la maison, la discussion avec ce scientifique m’a longuement taraudé l’esprit. J’ai pensé à ce Mali : un pays de 1 240 000 km2 (et des poussières) ; deux des plus grands fleuves d’Afrique (le Niger et le Sénégal) ; un delta central du Niger qui fait presque dix fois la superficie de la Belgique ; de l’or en quantité dans le sous-sol ; deux ethnies (les Soninké et les Diawando) parmi les plus douées du monde en commerce et surtout un capital humain impressionnant.

Et pourtant, ce pays continue tristement à figurer dans le peloton de queue des plus pauvres parmi les pauvres, l’Afrique. Que se passe-t-il donc ? Je n’avais aucune envie de foncer à la bibliothèque municipale pour dévorer des prescrits de sciences économiques ou autres documents ésotériques qui décortiquent la misère du continent noir. Encore moins les élucubrations lassantes des « spécialistes de l’Afrique ».

Il m’est simplement revenu en mémoire une conférence publique de l’ancien Premier ministre du Québec Jacques Parizeau. M. Parizeau, ce jour-là, s’était longuement appesanti sur la situation du Québec de la fin des années 1950 : « A peine 10 % des Québécois savaient lire et écrire. La misère crasse régnait partout. Les femmes faisaient en moyenne 10 enfants. La pauvreté se transmettait de génération en génération. Et une élite pourrie, corrompue, nous répétait sans cesse que nous étions nés pour un petit pain, que nous ne devions pas avoir d’ambition, que la richesse est satanique et que les riches iront tous en enfer, etc. » .

Le début des années 1960 a marqué une rupture fondamentale. Grâce à des réformes audacieuses dans tous les domaines, le Québec a comblé son gap de développement par rapport au reste du Canada. Mais, au-delà du travail titanesque réalisé par une génération qui s’était débarrassée de tous ses complexes, j’ai retenu ces mots extraordinaires de l’ex-Premier ministre : « La richesse ou la pauvreté d’un peuple est d’abord un état d’esprit. Il y a des peuples qui meurent de misère, qui se complaisent dans leur misère et prient abondamment le ciel de leur venir en aide sans comprendre qu’ils doivent d’abord s’aider. Il arrive aussi des moments où un peuple en particulier se lève et dit : trop c’est trop ! Nous ne voulons plus nous suicider dans des complaintes et des lamentations stériles. En 1960, nous aurions pu continuer à brailler et rejeter toutes nos misères sur le dos du régime obscurantisme du Premier ministre Maurice Duplessis. Nous avons dit que le passé est le passé, se plaindre de l’histoire est de l’enfantillage. Mes chers amis, le développement d’une nation est un état d’esprit. Nous n’avons pas ouvert une usine de billets de banque mais nous sommes fiers de ce que nous avons fait du Québec. Il n’y a aucun miracle sur cette terre : soit un peuple décidé de se prendre en main et d’avancer, soit il se morfond dans le fatalisme et laisse les autres le diriger. Nous avons décidé que plus jamais nous ne serons les porteurs d’eau d’une autre nation. Et dans l’histoire, tous les peuples qui ont pris conscience de leur misère et l’ont refusé ont réussi des prouesses. Par contre, d’autres ont sombré, par défaitisme et fatalisme ».

Le souvenir de cette conférence m’a dopé momentanément le moral. Et pourtant, j’ai repensé immédiatement au scientifique malien et aux questions qu’il me posait : « Que deviendra le Mali si le baril de pétrole atteint 200 dollars ? Que l’eau manque ou tout simplement qu’une nouvelle donne mondiale oblige les pays du Nord à couper l’aide publique au développement. Réfléchis bien au sort d’un pays qui n’existera plus une fois sevré de l’aide internationale. Tu verras des gens s’entretuer dans la rue pour deux kilos de riz ou des bananes pourries ! »

Oui certes, il a fait son choix mais je ne suis pas capable de penser comme lui : cette terre qui abrite mon cordon ombilical ne sortira jamais de mon cœur, même en devenant une version 21e siècle de la cité perdue de l’Atlantide. En même temps, comment rester serein en pensant que tout est possible quand on le veut réellement ; en pensant à ce que sera le Mali dans 100 ans ; en pensant à ce pays que les colons voulaient transformer en grenier de l’Afrique de l’Ouest ?

Mon ambivalence et mon chagrin, c’est peut-être le souvenir de ce que disait mon grand-père il y a près de 30 ans : « Ada wawi yeguitindè lawi adounarou Allah fou, A yeguitata abada lawol soudou baba ! » C’est du peul from Macina et je n’ai aucune envie de traduire. Et surtout, je n’ai aucune réponse à la question du titre.

Ousmane Sow, journaliste.

SOURCE:  du   22 fév 2013.    

18 Réactions à Y a-t-il un avenir pour le Mali ?

  1. There is also a projected increase the demand for traditional office spaces
    this year. Of course, the mega-mom now thinks she is
    the victim of prejudicial thinking. People will call in and if you are working the phone they
    will become your client.

  2. malian27

    le rafale a un avenir grace au Mali

    cout unitaire 200 millions d euros
    serval 100 millions d euros

    Faire du Mali une vitrine commerciale du Rafale, une déclaration inouïe de François Hollande
    (Le Canard Enchaîné, ce 16 janvier 2013)
    dimanche 20 janvier 2013
    par Luc Douillard
    popularité : 1%
    Par Luc Douillard

    Il y a déjà 40 ans, quand la gauche alternative française se fédérait dans la solidarité contre le camp militaire du Larzac, elle ciblait avec lucidité le cœur du cœur du capitalisme moderne anti-humaniste : le militarisme et son omnipotent secteur industriel et commercial, le secteur le plus profitable dans tous les pays « riches », avant même le pétrole et les assurances sociales privées.

  3. bariuscoo

    Repose en paix…je ne dirais pas que le Mali se fera, mais plutôt qu’il peut se faire ; ce n’est pas que du fatalisme que d’accepter la réalité, c’est plutôt un réveil dur certes mais c’est un réveil pour les réalistes. Un pays n’est rien par son seul nom, mais a coz de sa population ; quand est-il du notre, nous Maliens ? Pour avancer dans la vie il faut souvent se remettre en question, et je pense que le Malien n’aime pas l’autocritique notamment à cause de notre excès de fierté et d’orgueil…remarquez que la plus part des commentaires ici sont rempli de haines, et ce entre nous-mêmes, chacun considère son approche et sa vision comme un verset sacrée ne laissant nul place pour une correction…c’est ce qu’on appelle l’orgueil !( même si j’ai tort je ne peux accepter ta vérité, car sinon mon orgueil en serait touché) ; la circulation routière d’un pays en dit long sur ces citoyens, noter que même quand quelqu’un commet une faute grave en circulation et que vous essayez de lui parler, c’est la guerre ! S’il ne vous insulte pas vous pouvez remercier le seigneur. Il faut une rééducation national pure et simple, car un, deux ou trois cerveaux à eux seul ne ferons rien bougé, le problème c’est les maliens, on se plein tout le temps des politiciens mais ne sont-ils pas venu de parmi cette même population ?c’est facile de pointé le doigt sur quelqu’un, et cette tendance généralisé ne changera absolument rien ! Si on est dans le gouffre que nous sommes today c’est bien parce que le sentiment de « ce n’est pas mon problème » avait prévalu, et persiste toujours, à en croire que nous n’avons toujours rien compris, personne ne se sent concerné, et pourtant c’est dans le même bateau que nous sommes tous embarqués, aurait-il fallu qu’on appelle l’ortm au sujet de leur programmes en tant de guerre ? Aurait-il fallu que l’état d’urgence soit décrété pour que les Bamakoi réalisent qu’on est vraiment en guerre et que le danger est bien réel ? Pourtant nombreux fils de ce pays sont tombés sur le champ de l’honneur ainsi que ceux qui ont laissé leur famille pour venir nous aidés afin qu’on puisse vivre tranquillement, ne serai-ce que par solidarité certaines activité aurait dû s’arrêté, et certains disent « la vie continu ici » voyez vous-même le niveau d’inconscience et d’insouciance, ce genre d’état n’est bon que pour la distraction, le jeux et l’amusement, pas pour le sérieux, et encore moins pour un peuple qui veut se construire. On se dit citoyen tant que nos intérêts ne sont pas menacés, mais dès qu’elles le sont on trouve un moyen de faire marche arrière sans être remarqué. Il faut le dire tout n’est pas perdu, mais il ne restera plus rien a sauvegardé si le peuple ne reconnait pas sa responsabilité dans la misère qu’elle vit, et essaye de la corrigé. Tout est lié de nos jours et nous sommes interdépendant, c’est ainsi qu’Allah nous a créé, et c’est pas du tout malin que d’agir égoïstement dans l’indifférence des autres, car l’effet de domino que cela entraine a beau tardé mais nous atteindra un jour…ce n’est donc pas à mon avis les investissements, les projets et je ne sais quoi qui feront bougé ce pays, c’est la conscience collective de notre identité de Malien, de nationaux, de patriotes, de considéré les autres comme des humains ayant droit à ce que nous souhaiterions pour nous-même, savoir que différence d’opinion ne veut pas dire inimité tant que le sujet de différence n’a pas de conséquences négatives sur notre humanité et sur l’avenir de la nation que sont les jeunes d’aujourd’hui…si le fond n’est pas bien peu importe alors la forme, et peu importe les parures dont on peut la revêtir car ça ne durera pas, au lieu de chercher le problème a une distance d’années lumières, que les maliens se regarde eux-mêmes, alors ce pays bougera plus vite que l’éclair…

  4. Anissa

    bo7, comme si ton pays en n’a un,ça fait longtemps que vous avez du pétrole ,mais votre peuple fuit vers l’occident et plus particulièrement en Amérique du Nord pour se chercher.Tu te la ferme.Vive le Mali, vive les Maliens sans terrorites Arabes.