Pression sur la Mauritanie pour se positionner sur le Mali

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La Mauritanie cédera-t-elle aux pressions de la Cédéao qui voudrait la voir appliquer ses sanctions contre le Mali? Une délégation malienne a fait le déplacement pour la convaincre du contraire. Analyse.

Depuis la prise de sanctions contre la junte au pouvoir au Mali, la Cédéao a multiplié les démarches auprès de la Mauritanie pour appliquer elle aussi ces sanctions, bien qu’elle ne soit pas membre de l’organisation sous-régionale.

Pour la convaincre du contraire, une délégation ministérielle malienne est arrivée lundi soir à Nouakchott pour plaider notamment en faveur du maintien de l’ouverture des frontières. La Mauritanie va donc devoir se positionner.

Solidarité entre voisins
“Le Mali peut toujours compter sur la solidarité de son voisin”. Voilà ce qu’a déclaré le ministre malien des affaires étrangères, Abdoulaye Diop, après sa rencontre avec le président Ghazouani.

Le Mali et la Mauritanie partagent en effet plus de 2.000 kilomètres de frontière terrestre. La Mauritanie, par le port de Nouakchott, est l’une des voies d’accès de son voisin à la mer.

Sur le plan sécuritaire, les deux Etats sont membres du G5 Sahel.

Embargo ou médiation
Compte tenu de ces liens, El Boukhary Mohamed Muemel, ancien colonel de l’armée mauritanienne, et actuellement responsable du Centre Oum Tounsy pour les études stratégiques, doute que la Mauritanie applique les décisions de la Cédéao.

Pour ce qui est de l’embargo sur certains produits, El Boukhary Mohamed Muemel pense qu’il ne sera pas difficile de le contourner : “Je ne dirais pas que le blocus est une chance pour la Mauritanie. Je pense que c’est une chance pour personne. C’est plutôt une malchance. Et c’est vrai que les exportations et relations entre les deux pays à travers les frontières vont inévitablement se renforcer. C’est aussi le sens et l’objet de la visite de la haute délégation que le Mali a envoyée en Mauritanie. A cela s’ajoute le fait que les décisions de la Cédéao et de l’Uemoa ne font pas l’unanimité au sein même de ces organisations. Moi, je pense que l’embargo ne sera pas très appliqué.”

El Boukhary Mohamed Muemel estime que la Mauritanie pourrait aider à trouver une solution négociée à la crise actuelle sur la durée de la transition au Mali, une solution intermédiaire en forme de compromis entre les propositions algérienne, malienne et les exigences de la Cédéo.

Mauvaise stratégie sous-régionale
Mohamed Ould Mohamed El Hacen, universitaire et directeur de l’Institut international de Recherche et d’études stratégiques, ne s’attend pas non plus à une fermeture de la frontière entre la Mauritanie et le Mali.

Il estime que “le front Cédéao-Uemoa, auquel s’est adjoint l’Europe, aurait dû commencer par lancer un ultimatum assorti de délais aux autorités maliennes au lieu de mettre à exécution sans attendre des mesures coercitives.”

Pour Mohamed Ould Mohamed El Hacen, une fermeture officielle de la frontière entre la Mauritanie et le Mali ne serait d’ailleurs que théorique en raison des populations en partie nomades vivant dans la zone frontalière.

Autres argument en faveur du maintien de l’ouverture des frontières : une partie de l’opinion publique mauritanienne comme celle des pays de la Cédéao juge les sanctions excessives et contreproductives.

SOURCE: https://www.dw.com/fr

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2 COMMENTAIRES

  1. ““Le Mali peut toujours compter sur la solidarité de son voisin”

    Oui, bien sûr. Mais que s’est il passé en 2012 ?

    Le président français François Hollande avait affirmé, le mardi 13 novembre, lors d’une conférence de presse, que la France n’interviendrait « en aucun cas elle-même » au Mali, mais qu’elle apporterait son « soutien logistique » à une éventuelle opération. Parallèlement, à Addis-Abeba, l’Union africaine (UA) avait validé le plan de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) devant mener à une intervention armée au nord du Mali pour y chasser les groupes islamistes. Seule une mission de formation des FAMA était envisagée dans le cadre d’une action européenne.

    C’est devant l’impossibilité d’intervention de l’UA, devant la dégradation sécuritaire extrêmement rapide mettant Bamako à portée de main des Djihadistes et à la demande express du gouvernement malien de l’époque que la France est intervenue.

    Face à une menace qui franchit les frontières, la vraie solidarité n’est elle pas avant tout d’écouter ses voisins ?

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