Dugu lamini ani dugu sirafara ani dankun : au carrefour du débat de l’ordre des priorités !

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Ceci est un message pour l’esprit et le cœur de toute personne vouée au sauvetage du Mali et capable ou intéressée de transcender son conditionnement mental et culturel occidental pour retrouver son enracinement mental et culturel africain. Afin de donner un sens et un ordre à la vie aujourd’hui compromise de sa communauté malienne. Et aller au-delà des privilèges acquis d’un État dont ils voient aujourd’hui la faillite au point de vouloir le ‘refonder’. Il s’adresse aussi au cœur et à l’esprit des personnes vouées à instrumentaliser les aspirations des maliens sous les décombres pour les privilèges de leur État. Pour mériter la réputation acquise aux dépens d’un peuple estropié par l’insécurité et le déficit scolaire et auprès d’un africanisme militant en mal de succès africain… Afin d’éviter le retour de bâton patriotique du yabé militaire où l’on marque des buts contre son camp !

Le sauvetage du Mali doit être débattu sérieusement et non contre per diem par tous ses enfants qui l’ont failli, méritants ou pas, fonctionnaires milliardaires ou pas, présents ou exilés, qu’ils fussent présidents de la république, présidents d’Assemblée nationale ou autre institution, magistrats, militaires, animateurs de partis politiques, mais aussi professions libérales et leaders religieux, agitateurs et animateurs des réseaux sociaux, etc. Tous sont également interpellés par la nécessaire mise en ordre des priorités dans un pays en guerre et occupé ! Il est vain de faire des élections sans autre but que désigner sans discernement des nouveaux titulaires aux privilèges d’un État ‘refondé’ ou réformé mais voué à la reproduction des mêmes faillites tant qu’il reste incapable d’incarner les valeurs authentiquement africaines. Seul le débat sain peut amoindrir le mal de jouer la classe politique fautive ou la mettre à la retraite au lieu de la renverser. Vivement les woklos capables de comprendre et nous sortir de la médiocrité où nous enferment des gens qui ne savent pas ne pas savoir !

On doit se demander qu’est-ce un pays, les portraits présidentiels et images de Constitution accrochés aux murs ou les vécus et ressentis des gens vivant en son sein ? N’a-t-on rien appris des indépendances africaines du drapeau, des hymnes et copier-coller de Constitution Vè République française ? N’a-t-on rien appris d’un appel au secours de l’ex-armée coloniale contre une occupation maligne, rien appris de Aguelhok, Kidal, Gao, Farabougou, Ogossagou, Kani Bonzon ou Sirakorola etc. ? Le slogan ‘Support à la Transition’ a beau se vouloir mobilisateur ou délicieux dans sa version soupière mais pas au prix de la souveraineté ! Pour l’état des lieux, il peut être utile de donner un bref aperçu du débat de ceux qui animent ce slogan dans la presse pour mesurer l’état actuel du dialogue constitutionnel.

Dans un quolibet au lendemain du 26 mars dernier avec l’un de ses détracteurs, un aîné s’est défendu comme il le pouvait du long spectre de la démocratie malienne qu’il a porté avec d’autres, avec force syllogismes et arguments d’autorité. Il a égrené un questionnaire final qui est un brûlot à trois mèches : manifeste contre la transition, mode d’emploi de Mali Koro et suggestion ethniciste… La même semaine, un autre l’avait précédé dans la presse de son brûlot à mèche unique mais inflammable aux deux bouts. À un bout, par un appel du pied à la Transition en supportant le projet de révision constitutionnelle et taisant son inopportunité toute criminelle dans un pays en guerre et occupé. À l’autre bout, par une péroraison d’aliénation et d’obscurantisme en réplique à un …imam ayant eu le tort de briller à la télé et surtout d’avoir éclipsé une classe politique sans lueur et sans levier ! Ces deux discutants ont chacun fait usage de prestige. Est-il significatif qu’ils soient des ténors de l’Adema ?

Par ces deux brûlots, ce qu’on dit chez nous de l’œuvre de la souris, souffler et mordre, a été appliquée sans modération. Dans les deux cas, le ralliement a été tenté sans vergogne contre l’objecteur de conscience, nous offrant ainsi le spectacle éclatant de la force clivante et du pouvoir de nuisance de la classe politique qui a failli le Mali toutes ces décennies ! Pour l’un, c’était asséner quelques vérités bien senties avec la morgue de l’expérience de l’âge et de la vindicte partisane et qu’on a voulu une réplique cinglante. Pour l’autre, faire feu de tout bois eut son expression achevée mais une persuasion bien inachevée ! On se demande dans les deux cas pourquoi tant d’efforts d’influence de la Transition ? La dénonciation par l’un de ceux qui se font payer pour clasher toute personne âgée et la ténacité coléreuse de l’autre d’abattre un imam éclairé. Mais il faut aussi se demander pourquoi ce contradicteur ouvre mais fuit le débat avec l’imam. Il faut aussi se demander pourquoi l’imam qui appela tantôt le chef de la transition ‘une miséricorde pour le Mali’ garde le silence en réplique à ce contradicteur… Drôle de dialogues de sourds et de positionnement… !

Ce rapide détour indique la poursuite de la confusion qui paralyse notre pays dans son élite au pouvoir ou à côté. Le débat qui n’est pas fait sur le rôle de l’armée de libérer le territoire et sur la gouvernance s’est réduit à des invectives sur coup d’État, de personnes ou distractions. On est tenté par le cynisme que si l’élite civile ne sait pas s’assumer et ne sait que s’opposer et critiquer vainement, tant mieux si des colonels ont beau jeu de nous sortir de l’ornière tant qu’ils se battent pour la libération et l’intégrité territoriale pour trouver solution à problème ! Mais les efforts incomplets reconduisent les problèmes : la négociation subite avec la Cedeao a mis fin aux efforts de résilience du peuple que 7 mois d’embargo ont renforcés mais qui sont indisponibles aujourd’hui devant la montée des difficultés économiques ; la rupture avec un belligérant mais le lien avec ses avatars recrée la donne internationale initiale de belligérance… On déplore que la fête du Ramadan soit endeuillée du cinéma hélas macabre mais habituel des attaques d’avant renouvellement de mandat Minusma. La gravité des enjeux pour un pays gisant qui veut s’extirper de la boue est un appel, disons un devoir, de dénoncer la démarche actuelle désastreuse pour notre pays.

Dankun et sirafara désignent le même point dépendant d’où l’on se tourne. En pacifiant les confins du Mali dugu lamini, on aboutit au dankun. En clignotant à gauche et virant à droite, on va au sirafara du prétexte constitutionnel qui nous aveugle par la passion de mots vides qui nous endorment sur le danger de réformes utiles à examiner après extinction du feu mais mortelles avant ! Or, le développement durable du Mali après la paix, celui qui se développe par soi et qu’on ne développe pas, requiert de vivre avec nos valeurs de tolérance ancestrale qui nous vient de notre conception de la sacralité de la personne à l’image de Dieu ! Ces violences de peuls, dogons, touareg ou autres ne sont pas de nous mais iront contre nous si nous y prêtons nos acculturations et nos aliénations. Les maliens sont capables de s’inspirer de leur propre génie pour la refonte de textes caducs et d’institutions inadaptées avec leurs compétences propres plutôt que les titres convenus de l’ordre des autres. Nous pourrions ainsi créer des richesses qui ne nous détruisent pas ou notre environnement ou nos fleuves, avec nos enfants prodigues qui amènent au pouvoir nos champs et nos cultures, nos élevages et pêches et nos azalai et commerce au chant de Salif Keita : kulusi kolon benen be ceba la ni togo kolon ye – le mauvais pantalon sied mieux à la personne que le mauvais renom !

Amadou Cisse

Fonctionnaire à la retraite de la Banque mondiale et

Ancien membre de son Conseil d’administration

Washington, DC

[email protected]

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