Orange : Une industrie inexploitée au Mali

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Le Mali a un potentiel agroalimentaire inexploité. Le pays se veut à vocation agropastorale. Alors qu’il y a le chômage, nombreux sont les produits agricoles qui peuvent générer beaucoup d’emplois. C’est le cas des oranges. Ce fruit, grâce aux technologies alimentaires, peut donner une multitude de sous-produits, créant par la même occasion des milliers d’emplois. Malheureusement, la filière orange, comme d’autres, semble inexploitée.

 

C’est à partir des régions de Sikasso, surtout du Wassoulou, que Bamako est approvisionnée en oranges. A Bamako, les zones d’approvisionnement sont surtout le Namassa-Dankan et Soukouni-Koura.

Le potentiel que l’on peut tirer des oranges est inestimable. Il y a plusieurs produits que l’on peut tirer des oranges. « L’orange est un agrume. Les produits que l’on peut tirer de l’orange sont d’abord le fruit, plusieurs produits alimentaires, de la confiture, du jus de fruit, de la pâte d’orange pour les industries de transformation alimentaire qui l’utilisent pour plusieurs besoins. C’est le côté alimentaire. L’écorce de l’orange peut être transformée en huiles essentielles. On peut tirer des flavonoïdes qui sont utilisés en pharmacie. Ensuite l’écorce intermédiaire, c’est-à-dire l’écorce blanche peut être utilisée dans de l’aliment pour les animaux. Cela est possible. Toutes les parties de l’orange sont utilisables», explique madame Dicko Seydou Traoré, spécialiste en industrie agroalimentaire.

«Le Mali est pratiquement un terrain vierge en termes d’exploitations de nos ressources locales parce que d’abord les producteurs d’orange ne sont pas ciblés. Or, pour avoir une production totale évaluée, il faut que les zones soient identifiées. Maintenant, il s’agit de mettre des systèmes de transformation au niveau des zones de production ou des systèmes de transformation transitoire de ces zones de production, faire contribuer ces populations à produire la matière première qui sera acheminée vers les zones de transformation définitive », ajoute madame Traoré.

« Tant qu’on n’a pas des entrepreneurs qui sont prêts à produire ces différents produits, on ne peut pas parler de transformation. Tant qu’on n’a pas de transformation, on utilise l’orange pratiquement à l’état primitif. C’est-à-dire qu’on la consomme simplement et c’est dommage», dénonce notre spécialiste en industrie agroalimentaire.

Pour elle, nous avons des zones qui produisent beaucoup d’oranges. Nous pouvons produire notre propre jus d’orange frais déjà pour commencer. Ensuite, nous pouvons produire nos confitures qu’on peut mettre à la disposition des populations, qu’on peut éventuellement même exporter. Elle met l’accent sur les huiles essentielles qui ont une plus-value énorme sur le marché, que l’on peut produire aussi à partir des oranges. « Au lieu de jeter, on peut faire beaucoup de choses avec la peau », précise l’expert.

« On peut utiliser ces peaux pour faire des huiles essentielles. Pour ceux qui connaissent, le marché des huiles essentielles a une plus-value énorme. Mais, tant que le secteur n’est pas regroupé, valorisé, on ne peut pas parler de production massive », déclare notre interlocutrice.

Parce que les coûts de transport entre les zones de production des oranges sont très chers. Si vous devez transporter l’orange de Sikasso à l’état frais pour venir la transformer à Bamako. Le coût de revient va devenir tellement cher que les gros producteurs d’orange des sous régions africaines comme le Maroc et on ne peut pas rivaliser avec leur coût de produit importé sur le marché. Donc du coup, ça devient non rentable. Il faut un système de pré-transformation sur les zones et un système de valorisation pratiquement sur les zones moins délocalisées semi-transformées. Il y a le marché pour ça.

« Mais tant qu’on n’a pas cette organisation, tant qu’on n’a pas bien sûr des gens qui veulent s’investir dans ce domaine, on va rester sur la consommation primitive. Ça, c’est la première des choses. Ensuite, il y a le deuxième point aussi, même si les gens veulent s’investir, on sait tous que le Mali n’est pas un pays très riche par rapport à ce genre de financement, d’accompagnement. Même s’il y a des financements, il y a des bases, il faut que les gens soient prêts à investir dedans, il faut que les gens aient la culture de l’entreprise. Il y a beaucoup de gens qui sont prêts, qui ont les moyens d’investir mais qui n’investissent pas, parce qu’ils se disent, il n’y a aucune infrastructure de support au Mali pour mettre une industrie de transformation en place. On n’a pas la main d’œuvre qualifiée, on n’a pas la culture de la grande entreprise et on n’a pas de loi qui protège les producteurs locaux. Il y a aussi cet aspect quand vous voulez développer une transformation de vos produits locaux et les aider à s’agrandir», précise notre spécialiste en industrie agroalimentaire.

Il y a beaucoup d’avantages, vous avez la main d’œuvre d’abord, c’est-à-dire que ça va résorber une partie de la masse de chômage des jeunes. Vous avez la consommation locale, c’est-à-dire qu’on peut utiliser ces produits là pour faire d’autres produits. Vous avez l’exportation, c’est une possibilité et surtout pour les huiles essentielles qui s’exportent sans problème, a-t-elle ajouté.

Mais encore une fois, a-t-elle poursuivi, il faut cette base, ces infrastructures de support d’aide aux producteurs. C’est-à-dire les encadrer, voire ce qui ne va pas, comment les aider à multiplier leurs productions, à protéger leurs productions et en contrepartie les gens aussi qui veulent investir dans ce domaine-là doivent aussi être accompagnés. Non seulement accompagner techniquement, leur donner l’occasion de se former, de former leur personnel et surtout dans le domaine de la formation.

Plus loin, elle insiste sur le fait qu’il faut les accompagner financièrement. A ce niveau pour elle, il ne s’agit pas de donner juste un prêt à quelqu’un pour qu’il puisse ouvrir une entreprise non. Il s’agit de lui donner un prêt plus un accompagnement de suivi pour que les choses se fassent comme il faut. Et qu’il faut un appui conseil, il faut un contrôle et un suivi. De son point de vue, tant qu’on n’a pas développé ce genre de choses, ça va être très difficile économiquement de rentabiliser l’orange en tant que telle.

« Les pays européens et américains n’ont pas commencé l’industrie avec de grosses machines. Il faut qu’à un moment, nous même en tant que consommateurs, on accepte le semi-artisanal parce que le semi-artisanal a fait ses preuves en montrant qu’ils sont sérieux dans leur travail et qu’ils sont propres. Les normes sont respectées et ça, il faut une autorité de contrôle et qu’elle fasse son travail correctement. C’est-à-dire que si l’autorité de contrôle vienne trouver que les normes d’hygiène ne sont pas respectées en conséquence. Que les produits qui sont vendus sur le marché, s’ils ne correspondent pas aux normes, on les enlève. Non seulement, les gens qui vont produire vont mettre du sérieux mais le consommateur sera rassuré par rapport au produit local. Mais tant qu’on n’a pas tous ces systèmes en place, on va toujours nager, on va toujours rester dans la consommation primaire. Et ça, ça concerne pratiquement toutes les transformations au Mali», a-t-elle évoqué.

Pour notre interlocutrice, pour que le Mali puisse transformer les oranges, il doit mettre en place des supports qui aident.

« Si aujourd’hui, nous en tant que Maliens, on n’a pas les fonds nécessaires pour s’installer, il faut donner la possibilité et la facilité aux investisseurs pour s’installer. Et ça, c’est en leur accordant des privilèges par rapport à leur installation et en leur accordant une sécurité par rapport à leur investissement. C’est déjà la première des choses qu’on peut faire toute de suite sans qu’on ait de gros moyens. C’est la première des choses. La deuxième, c’est mettre en place l’institut qui s’en occupe. Mettre en place des équipes qui vont encadrer, sensibiliser, conseiller et même peut-être subventionner ces secteurs-là. D’une manière ou d’une autre, subventionner ces secteurs pour que les producteurs sachent qu’ils vont produire des oranges. Les oranges seront de qualité et ils pourront vendre leur produit à des preneurs qui sont sur place parce que chose qui peut pas te nourrir, tu ne te mets pas dedans. Voilà, donc il faut que le producteur soit sûr que derrière, il y a une reprise de produits et bien sûr, il faut que nous-mêmes, on valorise nos propres produits. C’est-à-dire qu’il faut qu’on commence à penser que localement on peut produire, on a les gens qu’il faut. On a le système qu’il faut et le contrôle qu’il faut», propose madame Traoré.

Au lieu d’aller acheter les jus d’orange à l’extérieur, on va consommer tout simplement nos jus d’orange comme Dafani le fait au niveau du Burkina Faso. Pourquoi pas ? On n’a rien de moins, on a les cadres nécessaires, les personnes nécessaires. Il suffit de mettre une gestion stricte. Il suffit de mettre les systèmes de contrôle en place. Que le terrain malien soit attractif pour les investisseurs pour qu’on ait des unités de transformation. On a tout à gagner.  Reconnu pour son apport en vitamine C. Ça, c’est la première des choses et qui dit vitamine C, dit le renforcement du système immunitaire. Ça, c’est déjà la première des choses. Ensuite le deuxième apport, c’est la fibre parce qu’il y a beaucoup de fibres quand on consomme l’orange et son apport à la hausse du système immunitaire, a soulevé notre interlocutrice.

« L’orange c’est un fruit qui a un apport en énergie mais qui n’a pas de grand apport calorifique, c’est à dire qui ne fait pas grossir. C’est tout un plus pour l’organisme de l’être humain. L’orange consommée comme le jus d’orange, c’est que de bénéfice. Parce que, si votre système immunitaire est fort, je pense que vous avez déjà battu 80 % de maladie », conclut madame Dicko Seydou Traoré.

 

Aminata Agaly Yattara

 

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