Forum sur les outils de prévention et de gestion des crises alimentaires et nutritionnelles au mali

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Un budget de 16 milliards de FCFA, qui sera mis à la disposition du gouvernement pour appuyer la mise en œuvre de la reforme contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle

La cérémonie d’ouverture de ce forum qui s’est tenu du 18 au 22 janvier 2016 était présidée par le Premier ministre, chef du gouvernement Modibo Keïta, en présence des membres du gouvernement, du chargé d’affaires de l’Union européenne, Andrzej Bielecki, de la coordinatrice du sous-groupe sécurité alimentaire nutritionnelle, des partenaires techniques et financiers, de la représentante résidente de la Fao, Mme Fatima Seïd.

L’initiative du Forum s’est inscrite dans le contexte de la reforme du DNSA engagée par l’Etat malien, avec l’appui de ses partenaires et consignée dans le protocole d’entente. Dans le cadre de la réflexion sur l’évolution souhaitable des modalités d’intervention, les étapes d’opérationnalisation de la reforme en cours, conformément aux engagements pris par le Premier Ministre le 27 mai 2015 devant l’Assemblée Nationale à travers la Déclaration de Politique Générale, en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle.

Eu égard, les changements intervenus dans la carte de l’insécurité alimentaire au Mali au cours des dernières années imposent des reformes appropriées, au sein du dispositif national de lutte contre phénomène.

Le Forum a été cofinancé par le CSA, la Commission européenne, avec la participation du PAM et de la FAO. Il a bénéficié de l’appui technique d’un pool d’experts, ainsi que de personnes ressources.

L’objectif général du forum était de mieux comprendre les facteurs déterminants de l’insécurité alimentaire au Mali et de définir les outils les plus appropriés pour la prévention et la gestion des crises alimentaires. Cela au regard des nouveaux contextes et enjeux en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle. Six objectifs spécifiques ont ét déterminés:Dresser l’état de l’évolution de la production et des importations alimentaires (céréales en particulier) au Mali durant les 10 dernières années ; analyser l’accès à la nourriture des ménages pauvres ruraux et urbains ; dresser l’état du marché céréalier national et sous régional et son impact sur la vulnérabilité alimentaire des ménages ruraux et urbains ; évaluer l’efficacité des outils actuels de prévention et de gestion des crises alimentaires (SNS, SIE, FSA, FCC) et des modalités d’intervention (DAG, Vente à prix modéré, vente d’intervention sur les marchés, cash for work, Aliment bétail, banque de céréales. Analyser l’efficacité des nouveaux outils en matière de gestion et prévention des crises alimentaires, Cash Transfert, bons alimentaires, distribution de petits ruminants et autres filets sociaux) par des exemples documentés et formuler des recommandations sur les types d’outils de réponse à privilégier en fonction des zones de moyens d’existence, des types de crise alimentaire et de leur gravité.

Le Premier ministre a estimé que les changements intervenus dans la carte de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle au Mali au cours des dernières années, imposaient de nouveaux défis à relever. En plus du milieu rural, cette carte couvre de plus en plus les villes, nécessitant des reformes appropriées au sein du Dispositif national de sécurité alimentaire. Au regard de ce constat, la nécessité s’impose de renforcer les outils du DNSA, dans le cadre du processus actuel des reformes en cours. il a  noté par ailleurs que l’évolution des causes sous-jacentes, des crises alimentaires et nutritionnelles cycliques, fait apparaître de nouveaux enjeux et défis liés à l’amélioration des méthodes d’intervention et des réponses d’atténuation consenties par l’État et ses partenaires.
Depuis juin 2014, le gouvernement s’est lancé avec l’appui des partenaires techniques et financiers intervenant dans la sécurité alimentaire, dans un processus de reforme structurelle, afin d’améliorer l’efficacité de la prévention et la gestion des crises alimentaires. Ainsi, un accord, de partenariat et de concertation a été signé en novembre 2015 entre l’État et ses principaux partenaires techniques et financiers, intervenant dans la sécurité alimentaire. D’autre part, le processus d’élaboration d’une Politique nationale de sécurité alimentaire est en cours.
Le chef du gouvernement a annoncé qu’une relecture des textes fondamentaux des différentes structures du Dispositif est en cours, afin de prendre en compte les besoins de changements à opérer dans le mandat du Commissariat à la sécurité alimentaire. En même temps, un plan de contingence pour le volet sécurité alimentaire sera élaboré pour une cohérence dans les réponses d’atténuation.

Andrzej Bielecki a, lui, indiqué qu’à l’instar du gouvernement malien, l’Union européenne plaçait la sécurité alimentaire au centre de ses préoccupations. Le développement rural constitue ainsi un secteur prioritaire de la coopération de l’UE au Mali et bénéficie d’un financement de plus de 65 milliards de FCFA pour la période 2014-2020.

Pour lutter contre les causes structurelles de l’insécurité alimentaire et améliorer la prévention et la gestion des crises conjoncturelles et accroître la résilience des populations, l’appui de l’UE s’organise autour de 3 axes : l’intensification durable de la production et la mise en valeur des productions agricoles ; la réduction de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition ; l’appui à la gouvernance du secteur agricole et de la sécurité alimentaire et nutritionnelle.
De plus, l’UE est fortement engagée dans la mise en place de l’Alliance globale pour la résilience (AGIR) au Mali. Elle a contribué activement aux travaux de formulation des priorités résilience pays du Mali et alignera ses interventions sur celles-ci, en contribuant aux 4 piliers stratégiques de l’Alliance.
Le chargé d’affaires de l’Union européenne a rappelé que l’audit institutionnel et financier du dispositif, qui a lieu en 2013 a formulé des recommandations pour entamer une reforme à la fois institutionnelle mais aussi technique et opérationnelle. Il a salué la concrétisation de la première étape de cette reforme par la signature en novembre dernier du protocole d’entente entre l’État et les PTF, pour le renforcement du dispositif.
Il a aussi encouragé le gouvernement à diligenter la mise en œuvre effective des organes de concertation, notamment la commission mixte de concertation et le comité technique, pour permettre à tous les partenaires de mieux collaborer et de s’atteler à la résolution des questions urgentes, pour apporter une réponse adéquate aux besoins des plus démunis.
Andrzej Bielecki a annoncé que l’UE a prévu un budget de 16 milliards de FCFA, qui sera mis à la disposition du gouvernement pour appuyer la mise en œuvre de la reforme.
Rappelant que la prévention et la gestion des crises alimentaires et nutritionnelles demeurent un défi du Mali, le responsable européen a souligné l’impératif d’une meilleure coordination entre tous les partenaires aussi bien du côté du gouvernement que des PTF pour atteindre les objectifs et prendre en compte le caractère multisectoriel de la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

Pour la coordinatrice du sous-groupe Sécurité alimentaire et nutritionnelle des PTF, l’organisation d’un tel forum vient à point nommé pour enrichir les processus en cours visant à rEformer en profondeur le Dispositif national de sécurité alimentaire et nutritionnelle du Mali sur la base de l’audit réalisé avec l’appui de l’UE et l’accompagnement dynamique de tous les partenaires membres du sous-groupe.
Soulignant que la planète devrait compter 9 milliards d’habitants ; que la population du seul continent africain atteindre 2 milliards d’habitants ; et que le Mali comptera de 50 à 60 millions d’habitants en 2050 contre 14,5 millions en 2009, Mme Fatima Seïd a averti que la pression qui s’exercera sur les ressources naturelles et alimentaires sera considérable et fortement exacerbée par toute crise et catastrophe survenant dans ce contexte. Il faut donc relever au plus vite les nombreux défis dont les crises et difficultés alimentaires qui touchent aujourd’hui aussi bien le milieu rural que le milieu urbain et périurbain.
Fatima Seïd a félicité le commissaire à la sécurité alimentaire pour le démarrage effectif du processus d’élaboration de la politique nationale de sécurité alimentaire et a assuré de l’engagement des PTF pour l’aboutissement de ce chantier.
Elle a également souligné l’importance de concevoir des politiques et stratégies appropriées et de définir les priorités qui vont concourir à renforcer la résilience des moyens d’existence des populations les plus vulnérables et à éradiquer la faim et la pauvreté dans le monde

Le Forum a permis d’ouvrir un très large débat autour des modalités et de la qualité de la réponse aux crises alimentaires et nutritionnelles conjoncturelles, tout en réfléchissant à leurs liens avec les enjeux liés au renforcement de la résilience des populations et communautés vulnérables, à la réduction de la pauvreté et de la vulnérabilité et à leur inscription dans une trajectoire de développement.

Les quatre jours de débats ont permis de parvenir à des principales conclusions de réforme du dispositif d’interventions qui se résument :

Les crises alimentaires et nutritionnelles se sont diversifiées et complexifiées. Les outils et modalités du Dispositif, essentiellement pensés dans les années 80 en réponse aux crises de disponibilité en milieu rural ne sont plus adaptés à ces nouvelles formes de crise, et doivent être révisés.

La vulnérabilité d’une part importante des ménages urbains, dans des villes qui s’accroissent très rapidement constitue un des nouveaux enjeux, particulièrement crucial à intégrer. Dans le monde rural, c’est la différenciation socio-économique, avec des formes de marginalisation de près de la moitié des ménages (les pauvres et très pauvres) qui constituent la toile de fond de la réflexion sur les modalités d’intervention du dispositif.

L’évolution du contexte démographique, économique, environnemental et sécuritaire constitue le cadre d’ensemble pour la réflexion sur la réforme des interventions du dispositif, et plus largement de l’ensemble des politiques publiques qui concourent aux différentes dimensions de la SAN. Tout en restant centré sur la gestion des crises conjoncturelles, le CNSA doit parvenir à mieux articuler ses appuis aux populations victimes de crises, avec un ensemble de politiques. C’est particulièrement le cas de la politique de protection sociale, de la politique agricole et d’élevage, mais aussi de la politique en matière de santé et de nutrition, d’éducation, de commerce, etc.

Au cours des dernières années et particulièrement depuis la crise de 2005, les instruments mobilisés en appui aux populations victimes des crises alimentaires ont considérablement évolué, principalement à l’initiative des organisations internationales et des ONG. La capitalisation de ces expériences tant au Mali, que dans les pays voisins, ont permis à l’atelier de tirer les enseignements de ces nouveaux outils, et d’en évaluer le potentiel pour améliorer la qualité de la réponse malienne aux crises alimentaires et nutritionnelles.

Les transferts sociaux, principalement les transferts monétaires et les coupons, mais aussi les appuis productifs, voire la combinaison entre ces différents instruments apparaissent comme des modalités précieuses pour élargir la palette d’intervention du DNSA, et surtout, pour répondre de façon plus adéquate à la diversité des situations locales induite par les spécificités de chaque zone de moyens d’existence, par la diversité de l’exposition aux risques, par la diversité des capacités des différentes catégories de ménages pour affronter ces crises. Les distributions gratuites, principale modalité d’intervention permise par le SNS s’avèrent rigides et coûteuses au regard de la flexibilité nécessaire pour améliorer l’efficience des réponses aux crises.  D’une façon générale, le Forum a mis en exergue l’importance de développer fortement les dispositifs d’évaluation de façon à fonder la sélection des modalités d’intervention sur des analyses les moins subjectives possibles, les mieux informées.

La réflexion sur les actions de prévention permettent de ramener durablement ces pics aux niveaux observés en phase de post-récolte (<8%)

La gouvernance a été constamment au cœur des débats du Forum. Elle conduit l’Etat à se pencher sur la fonctionnalité de l’architecture institutionnelle globale, et particulièrement les prérogatives du triptyque « action humanitaire », « protection sociale » et « prévention-gestion des crises alimentaires » et les articulations opérationnelles entre les trois domaines d’intervention.

Huit chantiers importants de travail, en lien avec l’évolution des outils de prévention-gestion des crises nécessitent un suivi, un approfondissement de la réflexion, l’élaboration de projets de réforme : l’Adaptation des systèmes d’information, pierre angulaire de l’aide à la décision dans la prévention-gestion des crises, la promotion des programmes résilience et la politique agricole et d’élevage : Au niveau du SAP, Extension des profils HEA dans toutes les zones de Moyens d’existence ; poursuite des travaux expérimentaux sur l’analyse de la vulnérabilité urbaine et mise au point d’une méthodologie reconnue et opérationnelle ; Validation d’une méthode de suivi de la vulnérabilité urbaine et intégration dans le dispositif SAP ; Poursuivre la révision du cadre d’analyse et des outils de collecte du SAP pour mieux intégrer la question du pouvoir d’achat et les disparités entre les ménages, dans le cadre de la mise en œuvre de la méthodologie Cadre Harmonisé ; améliorer la connexion avec les dispositifs d’information des pays voisins et avec les systèmes régionaux pour améliorer la prise en compte des facteurs régionaux dans les analyses de risques ; au niveau du suivi des marchés : Poursuivre l’extension de la couverture géographique des marchés, Extension progressive du suivi des prix aux principales spéculations alimentaires Renforcement de la coopération régionale dans le domaine du suivi des flux régionaux (cf. CILSS/CEDEAO)

Procéder à une analyse des expériences de ciblage communautaire menées au Mali, en vue de la préparation d’outils communs. ainsi il s’agit entre autre d’élaborer une révision des outils et modalités d’intervention du DNSA, Financements innovants en matière de lutte contre la malnutrition et de financement des transferts sociaux ciblés sur la SAN, des instruments de gestion des risques, de la politique de SAN en cours d’élaboration, de la gouvernance Inciter les partenaires investis dans le domaine de la SAN et de la n des crises à adhérer au dispositif entre l’Etat et les partenaires, et le renforcement des capacités.

Alassane Cissé

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