Feu El Hadj Hamadoun Daou Alias El Hadj Kola Bocar Daou dit "Bakola" : Une vie de labeur, de foi et de générosité qui continue de vivre dans les cœurs du Bélédougou
Il avait les moyens de chercher la richesse, mais surtout le cœur de la partager
Nous sommes tous de passage sur terre. Mais il y a des hommes qui partent physiquement, certes, mais continuent d'habiter dans les cœurs et les esprits. Ils laissent un souvenir qui dépasse le cercle familial pour s'inscrire dans les routes, les villages, les marchés, les rencontres et les gestes de solidarité. Feu El hadj Hamadoun Daou alias El hadj Kola Bocar Daou dit "Bakola", appartient à cette génération d'hommes dont la vie professionnelle, la foi et la générosité ont laissé une empreinte dans le Bélédougou. Sa mémoire rayonne comme celle d'un bâtisseur généreux, d'un repère moral et d'une fierté durable pour le Bélédougou.
Parti pour le dernier et très long voyage, le voyage sans retour, Kola Bocar N'Daou dit Ba Kola laisse aux jeunes générations en général et à sa famille en particulier "un héritage qui ne se dévalue pas : l'exemple d'une réussite accompagnée du sens profond de la responsabilité. Travailler, entreprendre, posséder, mais ne pas oublier celui qui traverse une difficulté".
En plus, "il croyait en Dieu, restait humble, respectait les autres et conservait le sourire", témoigne sa famille, qui rappelle que "la meilleure manière de raconter Ba Kola est peut-être de recueillir les nombreux témoignages de ceux qui l'ont connu. Un chauffeur peut se souvenir d'un service rendu ; un villageois, d'une aide reçue ; un commerçant, de son honnêteté ; un proche, de sa douceur ; un jeune, d'un conseil. Ces récits, mis bout à bout, constituent une biographie vivante et profondément humaine", dit la famille dans un hommage écrit dont une copie nous est parvenue.
Rappelons qu'à l'aube de l'indépendance du Mali, alors que les échanges et les infrastructures se mettaient progressivement en place, Kola Bocar N'Daou, entrepreneur, s'était déjà illustré comme pétrolier. Son activité l'a conduit à sillonner une vaste partie du Bélédougou et des zones qui lui étaient reliées.
Lorsqu'on parle de Kola Bocar N'Daou, tout le monde pense à l'essencerie qu'il a implantée en plein cœur de Kolokani, occupant une position stratégique sur un axe de circulation important.
Kolokani était un point de passage pour les voyageurs en direction de Nioro, Kayes et Nara. Dans ce contexte, la distribution de carburant répondait à un besoin crucial des transporteurs. Les commerces qui se formaient tout autour permettaient également l'approvisionnement des voyageurs en eau et autres denrées alimentaires.
Son nom faisait référence à un grand opérateur d'une économie de proximité
Seulement, les activités professionnelles de Ba Kola, diverses et variées, dépassaient la vente de produits pétroliers. Ses nombreux déplacements, ajoutés aux relations de confiance qu'il avait nouées avec les villages, avaient contribué à une solide connaissance du territoire. C'est ainsi que, de Koulikoroni à Kayes, en passant par Kolokani et Nioro et en allant jusqu'à Nara, ainsi que sur les axes qui reliaient le Bélédougou aux autres régions, son nom faisait référence à un grand opérateur d'une économie de proximité où les relations personnelles comptaient autant que le commerce.
Autant dire qu'à une époque où les moyens de transport et les infrastructures étaient encore limités, approvisionner régulièrement les populations en produits pétroliers exigeait organisation, courage, disponibilité et connaissance des routes. Ba Kola faisait partie de ces opérateurs qui contribuaient concrètement au fonctionnement quotidien des localités : transport, éclairage, activités commerciales et déplacements dépendaient largement de ces produits. Cette persévérance faisait de lui un artisan discret, mais essentiel, du progrès local.
Il était propriétaire d'importants troupeaux à Koulikoroni, au cœur du Bélédougou
Mais il faut surtout souligner que Ba Kola avait un amour et un engagement particuliers pour l'élevage. C'est pourquoi il était propriétaire d'importants troupeaux à Koulikoroni, au cœur du Bélédougou. Cet attachement à l'élevage rappelle une autre dimension de son identité : celle d'un homme profondément lié au monde rural, à la terre, aux communautés et aux réalités quotidiennes de sa région.
Feu Kola Bocar Daou, que l'on surnommait affectueusement Ba Kola, "avait les moyens de chercher la richesse, mais il avait surtout le cœur de la partager", affirme le témoignage familial. C'est pour rappeler que ceux qui l'ont connu gardent de lui le souvenir d'un homme généreux. Ils insistent sur un fait essentiel : sa vocation ne semblait pas se limiter à la recherche de l'argent. "Ce qu'il possédait pouvait devenir un moyen d'aider. Son commerce, ses relations et ses ressources étaient aussi des instruments de solidarité. Aider quelqu'un en difficulté, écouter une personne, soutenir une famille ou accueillir un visiteur faisaient partie de sa manière de vivre", recueille-t-on parmi les témoignages faits en sa mémoire.
Il savait donner sans humilier…
Ba Kola était décrit comme un homme accessible, bienveillant et généreux. "Sa grandeur se trouvait moins dans l'ostentation que dans la disponibilité", disent ses proches, qui ajoutent : "Il savait donner sans humilier, aider sans faire sentir à l'autre qu'il était redevable, et accueillir avec une simplicité qui marquait les esprits. Sa bonté, son élégance de cœur et sa parole rassurante lui valaient l'estime sincère de tous ceux qui l'approchaient". Malgré les affaires qui faisaient florès, Ba Kola est resté enraciné dans ses valeurs culturelles. Pour lui, son identité de Diawanbé s'inscrivait dans cet ensemble de valeurs comprenant la dignité, l'hospitalité, le respect de la parole donnée, la solidarité, le sens de la responsabilité et la considération pour autrui.
"La noblesse véritable ne se proclame pas, elle se reconnaît dans la manière de traiter les autres", rappelle l'hommage familial, qui précise : "Chez Ba Kola, cette noblesse se lisait dans la simplicité, la générosité et la bienveillance. Il en portait les valeurs avec une droiture rare et une noblesse qui inspirait naturellement le respect".
Un homme souvent accompagné de son chapelet
Jusqu'à ses derniers jours, ceux qui l'ont approché gardent le souvenir d'un homme qui conservait son sourire. Même face aux épreuves et au poids des ans, "il continuait d'accueillir les autres avec cette expression qui semblait dire que la sérénité vaut mieux que la rancœur. Son sourire devient ainsi l'un des symboles les plus doux de sa mémoire. Ce sourire, empreint de sagesse, demeure le visage d'une vie vécue avec dignité et confiance en Dieu".
Oui, c'était un homme de foi et c'est tellement vrai que, parmi les images qui restent de lui, il y a celle d'un homme souvent accompagné de son chapelet. "Ce geste discret témoignait de son attachement à la religion et au rappel de Dieu. Son chapelet semblait rappeler une conviction profonde : les biens de ce monde sont passagers, tandis que les bonnes œuvres et la mémoire laissée aux autres peuvent continuer à vivre", rappelle sa famille.
Ba Kola, pour qui la paix n'était pas un vain mot ou un vernis oratoire, mais une règle de vie, savait l'entretenir dans sa famille, mais aussi par le respect du voisin et l'écoute des anciens. La réconciliation et la solidarité étaient des valeurs fondamentales auxquelles il tenait tant.
Son existence témoigne avec force qu'une grande fortune est d'abord celle du cœur et des bienfaits accomplis
"Dans le contexte du Bélédougou, où différentes communautés et activités partagent le même espace, cette culture de la paix revêt une importance particulière. Sa présence apaisante et son sens de la réconciliation faisaient de lui un véritable rassembleur", déclare sa famille dans l'hommage posthume qui lui a été rendu.
En tout cas, Ba Kola laisse une leçon qui dépasse son époque : la richesse n'a de sens que lorsqu'elle peut servir. Une entreprise peut faire vivre une famille ; la générosité peut faire vivre une communauté. Un troupeau peut représenter un patrimoine ; une bonne action peut devenir un héritage moral. C'est cette seconde richesse que sa mémoire met aujourd'hui en lumière. "Son existence témoigne avec force qu'une grande fortune est d'abord celle du cœur et des bienfaits accomplis", déclare-t-on dans l'hommage familial.
Un jour, même les hommes qui ont parcouru les plus longues routes doivent prendre le chemin du dernier voyage. Ba Kola a quitté les routes du Bélédougou, ses activités, son élevage, ses proches et ceux qu'il aimait. Mais certains départs ne signifient pas l'effacement. La présence laisse la place à une mémoire vivante, expressive.
Il revient à ses enfants, ses petits-enfants, ses proches et à toute sa famille la mission de préserver ce qu'il y a de plus précieux dans son legs : la dignité, la foi, la générosité, la paix et le sens du service. "Son nom peut continuer à vivre non seulement dans les récits, mais dans les actes de ceux qui portent sa mémoire", déclare la famille dans l'hommage post-mortem.
K.T