RDC : climat électrique

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Les Congolais de la République Démocratique du Congo (ex Zaire) se rendent aux urnes ce 28 novembre, pour élire à la fois leur président de la République et les 500 députés qui doivent siéger à l’Assemblée Nationale. Faut-il le rappeler, c’est la deuxième fois depuis l’accession du pays à l’indépendance et la fin de la guerre civile (1998-2003) qu’ils votent.

On note onze candidatures pour le poste suprême et 18 500 pour siéger à l’Hémicycle qui compte 500 députés.  Sur les 417 partis référencés en RDC, 347 ont présenté des candidats aux élections législatives. Le paysage politique congolais ressemble selon des analystes à une jungle électorale : difficile donc d’y voir clair.

L’échéance présidentielle de ce jour oppose deux générations donc deux figures différentes de la scène politique nationale : le président sortant et l’opposant historique. Joseph Kabila, actuel locataire du Palais présidentiel, âgé de 40 ans, taciturne, swahilophone et anglophone, est vénéré à l’Est du pays, mais beaucoup moins apprécié dans l’Ouest et à Kinshasa (la capitale) où le lingala qu’il maîtrise mal est couramment parlé. Considéré par ses détracteurs comme étranger (sans preuve), certainement à cause de sa naissance hors du territoire national (en Tanzanie), il a été propulsé à la tête de la RDC aux lendemains de l’assassinat de son père, Laurent Désiré Kabila en 2001. A l’époque, il n’a que  29 ans. Joseph Kabila remporte l’élection présidentielle de 2006 dont les résultats sont contestés par ses adversaires notamment son rival Jean-Pierre Bemba.

En face du président sortant, il y a dix autres candidats dont le plus emblématique est sans doute Etienne Tshisékédi, célèbre avocat, opposant de longue date au régime de Mobutu, mais aussi à celui de Kabila père. Presque octogénaire, il est considéré dans ce scrutin présidentiel à un tour comme celui qui pourrait battre le sortant, grand favori. La campagne électorale a été émaillée d’incidents parfois violents et graves, entre ses partisans et ceux de son rival encore aux affaires. Le dernier jour de la campagne, le climat était électrique dans la capitale congolaise où les candidats ont été obligés de surseoir à leurs meeting de clôture. Le vote d’aujourd’hui a eu lieu donc dans un climat de vives tensions, avec morts d’hommes, annulations de réunions ou meeting, blocages ou arrestations de leaders candidats.

L’organisation de ces scrutins a constitué un défi logistique majeur, tous les bulletins n’ayant pas été acheminés à temps dans les 60 000 bureaux de vote de ce vaste pays de l’Afrique centrale qui compte près de 70 millions d’âmes.  Les votes ont tout de même lieu.

L’on est toutefois en droit de s’interroger si ce pays, très grand mais aussi très fragile, considéré comme un scandale géologique, ne retombera pas une fois de plus dans l’anarchie et la guerre civile, après l’annonce des résultats des différents scrutins dans les jours à venir. A l’heure actuelle, tous les ingrédients sont réunis. Surtout quand on sait que, par mesure de sécurité, les institutions des Nations Unies, de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international ont procédé à l’évacuation discrète de leurs personnels civils.

Précisons que la République démocratique du Congo qui est située dans la forêt équatoriale dans sa majeure partie, se trouve au 187ème rang sur 187, selon le classement 2011 de l’ONU, en raison d’une pauvreté endémique et d’une corruption très répandue.

Par Gaoussou M. Traoré

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