Crise sociale et syndicalisme : Les vérités du doyen Issaga Traoré

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Réagissant à titre personnel sur l’actualité brûlante marquée par de fortes pressions syndicales et grèves dans divers secteurs du travail, le doyen Issaga Traoré, ancien secrétaire général adjoint du syndicat national de l’éducation  et de la culture (synec) et ancien secrétaire à l’éducation de l’UNTM jusqu’en 1994, interpelle le gouvernement d’aller aux sources et de se démarquer du jeu des promesses. L’enseignant à la retraite, déconseille le pouvoir de ne plus recourir surtout aux leaders religieux musulmans pour sortir le pays des crises sociales. Lisez plutôt son analyse sur la situation !   

La Lettre du Peuple : Quelle analyse faites-vous du syndicalisme hier et aujourd’hui ?

Issaga Traoré :

A chaque période, ses réalités syndicales. Pendant la colonisation, c’était des revendications et des grèves que je peux qualifiées des luttes sauvages. Car, le partenaire qui dirigeait à l’époque était un étranger. Il a fallu l’implication des dirigeants syndicaux pour que le Mali aille à l’indépendance le 22 septembre 1960. La centrale syndicale, l’UNTM, a joué un rôle très important dans ce processus. C’est le syndicat qui a presque imposé le socialisme et qui a fait en sorte que la jeune République puisse avoir une monnaie nationale. Le syndicat pour la réussite du socialisme et le renforcement de notre économie avait un rôle historique à jouer. Quand ce régime a été renversé, beaucoup de syndicalistes ont payé les frais, certains ont même perdu la vie. Historiquement, moralement, nous ne devons absolument rien au régime militaire de Moussa Traoré. Par conséquent, il fallait se battre pour faire le syndicalisme classique, sans aucune influence politique. Mais, en réalité, les hommes politiques ont toujours pu infiltrer  les organisations syndicales pour avoir ce qu’ils veulent. Malheureusement, les dirigeants syndicaux n’ont pas pu infiltrer les partis politiques pour les amener à prendre en compte les besoins réels des travailleurs. D’ailleurs souvent, sous Moussa, beaucoup sont venus pour se servir le mouvement syndical afin de renverser le régime militaire.  On a constaté à la chute de ce régime, que ce sont ces mêmes personnes qui ont tout mis en œuvre pour affaiblir le mouvement syndical afin qu’il n’y ait plus de grève. Malheureusement, il y a plusieurs partis. Ceux de l’opposition sont aussi en droit de se servir du mouvement syndical pour créer des problèmes à ceux qui sont aux affaires. Aujourd’hui, le pouvoir doit se poser la question de savoir pourquoi les organisations syndicales sont de plus en plus exigeantes. Le pouvoir actuel a un comportement  très arrogant.  C’est l’incarnation de la bourgeoisie. Quand, on les voit, on ne sent que de l’opulence. Pendant ce temps là, le peuple dans sa grande majorité tire le diable par la queue. Beaucoup de gens accusent les syndicats, mais c’est le pouvoir qui crée l’incident. Malheureusement, il n’y a personne à coté d’eux pour  leur dire faites attention. Le coup est déjà parti. Ceux qui ont vécu dans le syndicalisme aux temps Modibo Keïta et Moussa Traoré ne peuvent pas agir de la même manière que les jeunes d’aujourd’hui.

La Lettre du Peuple : Que doit faire gouvernement pour face aux exigences des organisations syndicales ?

Issaga Traoré :

C’est très difficile. Que le gouvernement croit ou pas, c’est qu’il y a une rupture de confiance entre les mouvements syndicaux et le pouvoir. Quand on arrive à ce stade, c’est très dangereux pour le pays. Les gens que nous avions vu depuis 199o et qui se trouvent aujourd’hui dans le gouvernement ne peuvent rien nous prouver. Ils sont dans les situations dramatiques dans lesquelles le pays s’est retrouvé. Les gens ont vu leur train de vie hier et aujourd’hui. Ils sont hors jeu. Pour l’instauration de ce climat de confiance, il faut recourir à des personnes étrangères au système actuel. Je demanderai de ne plus impliquer aux négociations des gens qui sont toujours sollicités, qu’on a assez vus et qui ont montré leur limite. Ceux qui sont en train de s’entredéchirer ont également perdu toute confiance des gens honnêtes. Au Mali, il y a encore des gens anonymes, très cachés que le gouvernement doit découvrir. Eux seuls sont capables de restaurer sur la scène la confiance entre les parties. Je suis persuadé qu’il reste encore ces personnes anonymes capables de résoudre ce problème, par ce qu’ils ont fait  leur preuve dans ce pays. En tout état de cause, il est impératif  de laisser les religieux en paix, surtout les musulmans. Pour moi, ils ne peuvent plus résoudre un problème. Même si on doit faire appel à eux, ce n’est pas les grandes têtes. Il faut faire appel à des chefs religieux qui ne sont pas folkloriques et qu’on ne voit pas toujours à la télé. Il ne faudrait pas que le gouvernement ayant le couteau à la gorge fasse des promesses qu’il ne pourra jamais tenir. Le gouvernement doit sortir du jeu des promesses. Il doit vrai aux parties. Le gouvernement ne doit pas aller au-delà des capacités économiques réelles et actuelles  du pays. Le gouvernement doit aussi pourvoir amener les documents officiels de ces capacités.

Propos recueillis par Jean Goïta

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